jeudi 20 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2301510 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge Unique |
| Avocat requérant | PICARD-TEKIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 14 avril 2023, M. A F demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 13 avril 2023 par lequel le préfet du Finistère lui a refusé l'admission au séjour au titre de l'asile et l'a maintenu en rétention administrative.
Il soutient que :
- la décision a été adoptée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 avril 2023, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. F ne sont pas fondés.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du Tribunal administratif de Rouen a désigné M. B comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter et VII quater du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 20 avril 2023, ont été entendus :
- le rapport de M. B ;
- les observations de Me Picard-Tekin, pour M. F, qui reprend et développe les conclusions et moyens soulevés dans la requête ;
- les observations de M. F, assisté de Mme D, interprète en arabe.
Le préfet du Finistère n'était ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. F ressortissant tunisien né le 6 août 2000, a été condamné, le 6 décembre 2022, par le tribunal correctionnel de Brest (29), à une peine de 12 mois d'emprisonnement, dont six mois avec sursis, pour des faits de vol avec violence aggravé. Le juge pénal a assorti cette condamnation d'une peine complémentaire d'interdiction du territoire français pour une durée de trois ans. Par arrêté du 7 avril 2023, le préfet du Finistère a fixé le pays de destination de cette interdiction judiciaire du territoire. Par arrêté du même jour, l'intéressé a été placé en rétention. Ayant sollicité son admission au séjour au titre de l'asile le 13 avril 2023, alors qu'il se trouvait en rétention, M. F a fait l'objet, le même jour, d'un arrêté lui refusant l'admission au séjour au titre de l'asile et prononçant son maintien en rétention administrative. M. F demande l'annulation de cet arrêté. L'OFPRA a rejeté sa demande d'asile comme infondée par une décision du 18 avril 2023.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. En premier lieu, Mme C E, cheffe du service de l'immigration et de l'intégration à la préfecture du Finistère était bien compétente, en vertu d'un arrêté régulièrement publié en date du 27 janvier 2023 du préfet de ce département, pour signer la décision en litige. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté litigieux manque donc en fait.
3. En deuxième lieu, la décision attaquée mentionne avec suffisamment de précision les considérations de fait et de droit sur lesquelles elle se fonde pour mettre utilement M. F en mesure d'en apprécier la valeur et d'en discuter la légalité. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté litigieux doit, dès lors, être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 754-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'un étranger placé ou maintenu en rétention présente une demande d'asile, l'autorité administrative peut procéder, pendant la rétention, à la détermination de l'État responsable de l'examen de cette demande conformément à l'article L. 571-1 et, le cas échéant, à l'exécution d'office du transfert dans les conditions prévues à l'article L. 751-13. ". Aux termes de l'article L. 754-3 de ce code : " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ. (). ". Aux termes de l'article L. 754-4 du même code : " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif l'annulation de la décision de maintien en rétention prévue à l'article L. 754-3 dans les quarante-huit heures suivant sa notification afin de contester les motifs retenus par l'autorité administrative pour estimer que sa demande d'asile a été présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement. Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il désigne à cette fin parmi les membres de sa juridiction, ou les magistrats honoraires inscrits sur la liste mentionnée à l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative, statue après la notification de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides relative au demandeur, dans un délai qui ne peut excéder quatre-vingt-seize heures à compter de l'expiration du délai de recours, dans les conditions prévues aux articles L. 614-7 à L. 614-13. (). En cas d'annulation de la décision de maintien en rétention, il est immédiatement mis fin à la rétention et l'autorité administrative compétente délivre à l'intéressé l'attestation mentionnée à l'article L. 521-7. Dans ce cas l'étranger peut être assigné à résidence en application de l'article L. 731-3. ". La décision par laquelle l'autorité administrative décide, lorsqu'un ressortissant étranger a formulé une demande d'asile lors de sa rétention, du maintien de l'intéressé en rétention, implique nécessairement un refus de séjour au titre de la formulation d'une demande d'asile et relève, en totalité, du régime prévu par les dispositions des articles L. 614-7 à L. 614-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
5. M. F, célibataire, sans enfants, qui déclare être entré pour la première fois en France en 2021, à une date non spécifiée, se dit menacé en Tunisie en raison du contexte politique prévalant dans ce pays et en raison d'une vengeance dont il risque d'être la cible, émanant de la famille d'une femme avec laquelle il a été lié, par le passé, et qui dit avoir donné naissance à un enfant dont il serait le père. L'intéressé ne fait état d'aucun élément précis, tant dans ses écritures que lors de ses déclarations à l'audience, sur les circonstances l'ayant conduit à ne pas présenter de demande d'asile avant le 13 avril 2023, soit cinq jours après son placement en rétention administrative, intervenu le 8 avril 2023. Il ressort à cet égard des pièces du dossier que le requérant a été auditionné par les services du Commissariat de Brest, le 4 décembre 2023, en marge de la procédure judiciaire pour vol avec violence aggravé ayant abouti à sa condamnation, et spécifiquement interrogé sur son parcours migratoire, sa situation administrative et personnelle, tant en France que dans son pays d'origine, la Tunisie. Il a de nouveau été entendu sur ces points, le 30 mars 2023, par la Sûreté Départementale de Brest, dans le cadre de la procédure contradictoire engagée préalablement à l'édiction de la décision fixant le pays de destination de l'interdiction judiciaire du territoire à laquelle il avait été condamné. Il n'a, lors de ces auditions, pas plus qu'au cours de son séjour en France, jamais fait état des craintes qu'il éprouverait à retourner dans son pays d'origine et n'a pas davantage indiqué souhaiter déposer une demande d'asile en France, notamment pas depuis sa condamnation à la peine d'interdiction du territoire français prononcée à son encontre par le tribunal correctionnel de Brest, le 6 décembre 2022, en sus de la peine principale d'emprisonnement précitée. Au surplus, l'intéressé n'a fait état d'aucun risque particulier pesant sur sa personne, en Tunisie, lors de ses déclarations à l'audience, se bornant à indiquer qu'il n'a " pas d'avenir là-bas ". Au regard de l'ensemble de ces éléments, c'est à bon droit que le préfet du Finistère a regardé la demande d'asile formée par M. F après qu'il ait été informé de la mise à exécution de la mesure d'interdiction judiciaire du territoire français prononcée à son encontre - demande qui a été rejetée par l'OFPRA, le 18 avril 2023 - comme présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de cette mesure d'éloignement et a, pour ce motif, décidé son maintien en rétention. Le moyen tiré de l'erreur de droit dans l'application des dispositions de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doivent, par conséquent, être écartés.
6. Il résulte de tout ce qui précède que M. F n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 13 avril 2023 du préfet du Finistère. Sa requête doit dès lors être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. F est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A F et au préfet du Finistère.
Prononcé en audience publique le 20 avril 2023.
Le magistrat désigné,
C. B
La greffière,
A. LENFANT
La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Conseil d'État — N° 516229
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de M. B... qui demandait la suspension de l'exécution de la loi du pays n° 2026-4 du 15 mai 2026 portant création du code des douanes de Polynésie française. Le requérant invoquait une atteinte grave à plusieurs libertés fondamentales, mais le juge a estimé qu'il n'apportait aucun élément caractérisant une situation d'urgence justifiant une mesure de sauvegarde à très bref délai. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, en application de la procédure simplifiée prévue à l'article L. 522-3 du même code.
01/06/2026
Conseil d'État — N° 515333
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de Mme A..., magistrate, qui demandait le report et l'encadrement de ses auditions par l'inspection générale de la justice (IGJ) dans le cadre d'une enquête administrative. La requérante invoquait une atteinte grave à ses droits de la défense, à sa dignité et à l'indépendance juridictionnelle. Le juge a estimé que l'audition prévue du 4 au 7 mai 2026, qui ne préjugeait pas de l'issue de l'enquête ni d'éventuelles poursuites disciplinaires, n'était pas susceptible de porter une atteinte manifestement disproportionnée à ses droits. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la condition d'urgence n'étant pas retenue comme caractérisant une illégalité grave.
03/05/2026
Conseil d'État — N° 509298
Le Conseil d'État rejette la requête de M. A... pour défaut d'intérêt à agir, les circonstances invoquées (qualité de citoyen, d'usager ou de professionnel) n'étant pas suffisamment directes et certaines pour contester la nomination du président du conseil d'administration de l'OFII. La portée de cette décision est de rappeler la rigueur du contrôle de l'intérêt à agir en matière de nominations aux emplois publics.
09/04/2026
Conseil d'État — N° 507528
Le Conseil d'État refuse d'admettre le pourvoi de La Poste contre l'ordonnance ayant suspendu la révocation de M. B..., estimant qu'aucun moyen sérieux n'est soulevé.
09/04/2026