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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2302078

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2302078

mercredi 16 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2302078
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJuge Unique 2
Avocat requérantSCP THEMIS AVOCATS & ASSOCIES

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rouen a examiné la requête de M. A, détenu au centre de détention de Val-de-Reuil, contestant le refus implicite de communication de plusieurs décisions de fouilles à nu. Le tribunal a rejeté la fin de non-recevoir soulevée par le ministre de la justice, qui soutenait que les documents avaient déjà été communiqués. Sur le fond, le tribunal a fait droit à la demande, en application des articles L. 311-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration, considérant que les décisions de fouille constituent des documents administratifs communicables. Il a enjoint au directeur du centre de détention de communiquer les documents manquants dans un délai de quinze jours, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et a mis à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre des frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 26 mai 2023 et le 29 août 2023, M. B A, représenté par la SCP Themis avocats et associés, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le directeur du centre de détention de Val-de-Reuil a refusé de lui communiquer des décisions ayant ordonné des fouilles à nu aux dates suivantes : le 7 septembre 2022 après la promenade, le 8 septembre 2022 après la promenade du matin et après celle de l'après-midi, le 9 septembre 2022 après la promenade du matin, après celle de l'après-midi, et à l'occasion de sa conduite à l'infirmerie, le 10 septembre 2022 après la promenade du matin et après celle de l'après-midi et le 11 septembre 2022 après la promenade du matin et après celle de l'après-midi ;

2°) d'enjoindre au directeur du centre de détention de Val-de-Reuil de lui communiquer ces documents, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, au bénéfice de son conseil, une somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les documents en cause sont des documents administratifs communicables ;

- la décision de refus de communication méconnaît la législation sur l'accès aux documents administratifs ;

- la requête est recevable dès lors que si, par courriel du 11 octobre 2022, certaines décisions de fouille lui ont été communiquées en réponse à sa demande du 22 septembre 2022, ne lui ont en revanche pas été communiquées les décisions relatives aux fouilles du 7 septembre 2022 après la promenade, du 8 septembre 2022 après la promenade du matin et après celle de l'après-midi, du 9 septembre 2022 après la promenade du matin, après celle de l'après-midi, et à l'occasion de sa conduite à l'infirmerie, du 10 septembre 2022 après la promenade du matin et après celle de l'après-midi et du 11 septembre 2022 après la promenade du matin et après celle de l'après-midi.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juin 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la requête est irrecevable dès lors que les documents demandés par M. A lui ont été communiqués.

Par ordonnance du 18 février 2025, la clôture d'instruction a été fixée au 5 mars 2025.

Par une décision du 25 mars 2024, le bureau d'aide juridictionnelle a rejeté la demande d'aide juridictionnelle présentée par M. A. Par une décision du 8 avril 2025, la présidente de la cour administrative d'appel de Douai a rejeté le recours de M. A contre cette décision.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code pénitentiaire ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Galle en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 20 mars 2025 :

- le rapport de Mme Galle, magistrate désignée ;

- et les conclusions de Mme Thielleux, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A est incarcéré au centre de détention de Val-de-Reuil. Par télécopie du 22 septembre 2022, son avocat a sollicité pour lui auprès du directeur du centre de détention de Val-de-Reuil la communication des décisions ayant ordonné la fouille intégrale de M. A le 5 septembre 2022 après la commission de discipline, le 7 septembre 2022 après la promenade, le 8 septembre 2022 après la promenade du matin et après celle de l'après-midi, le 9 septembre 2022 après la promenade du matin, après celle de l'après-midi, et à l'occasion de sa conduite à l'infirmerie, le 10 septembre 2022 après la promenade du matin et après celle de l'après-midi et le 11 septembre 2022 après la promenade du matin et après celle de l'après-midi. Par un courriel du 11 octobre 2022, le centre de détention a indiqué au conseil de M. A qu'il lui faisait parvenir en pièce jointe les décisions de fouille à nu ordonnées à l'encontre de son client. Estimant n'avoir pas reçu l'intégralité des documents demandés, M. A a saisi le 27 octobre 2022 la commission d'accès aux documents administratif (CADA) qui, le 7 décembre 2022, a rendu un avis déclarant sans objet la demande d'avis de M. A, au motif que les documents demandés ont été communiqués à l'avocat de M. A par le courriel du 11 octobre 2022. Le 13 décembre 2022, le conseil de M. A a réitéré sa demande de communication, en indiquant qu'à l'appui du courriel du 11 octobre 2022, certaines décisions de fouille lui avaient été communiquées, mais que d'autres décisions de fouilles sollicitées le 22 septembre 2022 ne lui avaient en revanche pas été communiquées en pièce jointe à ce courriel. Le silence de l'administration a fait naître une décision implicite qui s'est substituée au premier refus.

2. Par une requête enregistrée le 26 mai 2023, le requérant demande au tribunal d'annuler les refus de communication des décisions du directeur du centre de détention de Val-de-Reuil ordonnant qu'il soit fouillé intégralement le 7 septembre 2022 après la promenade, le 8 septembre 2022 après la promenade du matin et après celle de l'après-midi, le 9 septembre 2022 après la promenade du matin, après celle de l'après-midi, et à l'occasion de sa conduite à l'infirmerie, le 10 septembre 2022 après la promenade du matin et après celle de l'après-midi et le 11 septembre 2022 après la promenade du matin et après celle de l'après-midi.

Sur la fin de non-recevoir soulevée en défense :

3. Il ressort des pièces du dossier que le centre de détention de Val-de-Reuil a communiqué au conseil du requérant, en pièce jointe à un courriel du 11 octobre 2022, la copie d'une décision individuelle de fouille datée du 11 septembre 2022 prescrivant la réalisation d'une fouille intégrale sur M. A " lors des sorties de promenades " le 11 septembre 2022. Cette décision, que le requérant produit d'ailleurs à l'appui de sa requête, constitue la décision par laquelle l'administration a ordonné la réalisation d'une fouille intégrale sur M. A après la promenade du matin et après la promenade de l'après-midi le 11 septembre 2022. Par suite, le ministre de la justice est fondé à soutenir qu'aucune décision de refus de communication de documents administratifs n'existe en ce qui concerne la demande de communication des décisions ordonnant les deux fouilles du 11 septembre 2022, et que les conclusions tendant à l'annulation de telles décisions, étant privées d'objet dès leur introduction, sont irrecevables.

4. En revanche, contrairement à ce que soutient en défense le garde des sceaux, ministre de la justice, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que les autres décisions ordonnant la fouille intégrale de M. A et dont le requérant demande l'annulation dans la présente requête auraient déjà été communiquées à l'intéressé en pièce jointe du courriel du 11 octobre 2022. A cet égard, le requérant conteste expressément en réplique avoir reçu avant ou après l'introduction de sa requête les décisions de fouille concernant les fouilles des 7 septembre 2022 après la promenade, du 8 septembre 2022 après la promenade du matin et après celle de l'après-midi, du 9 septembre 2022 après la promenade du matin, après celle de l'après-midi, et à l'occasion de sa conduite à l'infirmerie, et du 10 septembre 2022 après la promenade du matin et après celle de l'après-midi. A l'appui de cette contestation, M. A produit à l'instance le courriel du 11 octobre 2022 ainsi que les pièces jointes annexées à ce courriel, qui comportent d'autres décisions de fouille individuelles et une décision de mise en œuvre d'un régime exorbitant de fouilles pour la période du 3 au 17 août 2022 - qui ne peut donc valablement servir de base juridique à des fouilles réalisées en septembre 2022-, mais ne comportent aucune des décisions concernant des fouilles réalisées les 7, 8, 9 et 10 septembre 2022. Le ministre de la justice n'allègue pas que le requérant aurait produit de manière incomplète les pièces jointes au courriel du 11 octobre 2022 et ne produit d'ailleurs pas lui-même ces pièces jointes. Par suite, il n'est pas établi que ces décisions ont été communiquées au requérant avant l'introduction de la requête, et les conclusions de la requête tendant à l'annulation des décisions de fouille relatives aux fouilles réalisées sur M. A les 7, 8, 9 et 10 septembre 2022 telles que détaillées au point 1, ne sont pas irrecevables. La fin de non-recevoir soulevée par le ministre de la justice doit, dans cette mesure, être écartée.

Sur les conclusions à fins d'annulation :

5. D'une part, aux termes de l'article L. 300-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Le droit de toute personne à l'information est précisé et garanti par les dispositions des titres Ier, III et IV du présent livre en ce qui concerne la liberté d'accès aux documents administratifs ". Aux termes de l'article L. 300-2 du même code : " Sont considérés comme documents administratifs, (), quels que soient leur date, leur lieu de conservation, leur forme et leur support, les documents produits ou reçus, dans le cadre de leur mission de service public, par l'Etat, les collectivités territoriales ainsi que par les autres personnes de droit public ". L'article L.311-1 du code des relations entre le public et l'administration dispose : " Sous réserve des dispositions des articles L. 311-5 et L. 311-6, les administrations mentionnées à l'article L. 300-2 sont tenues de publier en ligne ou de communiquer les documents administratifs qu'elles détiennent aux personnes qui en font la demande, dans les conditions prévues par le présent livre ".

6. D'autre part, aux termes de l'article 57 de la loi pénitentiaire du 24 novembre 2009, dont les dispositions sont désormais reprises à l'article L. 225-1 du code pénitentiaire : " Hors les cas où les personnes détenues accèdent à l'établissement sans être restées sous la surveillance constante de l'administration pénitentiaire ou des forces de police ou de gendarmerie, les fouilles intégrales des personnes détenues doivent être justifiées par la présomption d'une infraction ou par les risques que leur comportement fait courir à la sécurité des personnes et au maintien du bon ordre dans l'établissement. Leur nature et leur fréquence sont strictement adaptées à ces nécessités et à la personnalité des personnes détenues () Les fouilles intégrales ne sont possibles que si les fouilles par palpation ou l'utilisation des moyens de détection électronique sont insuffisantes () ". Aux termes de l'article R. 225-1 du code pénitentiaire : " Les mesures de fouilles des personnes détenues, intégrales ou par palpation, sont mises en œuvre sur décision du chef d'établissement pour prévenir les risques mentionnés au premier alinéa de l'article 57 de la loi n° 2009-1436 du 24 novembre 2009. () "

7. Il résulte des dispositions qui précèdent que les décisions ayant ordonné les fouilles à nu d'un détenu durant son incarcération dans un établissement pénitentiaire revêtent, en application des dispositions des articles L. 300-1 et L. 300-2 du code des relations entre le public et l'administration, le caractère de documents administratifs, communicables à la personne intéressée.

8. En l'espèce, le garde de sceaux, ministre de la justice, ne conteste pas, d'une part, que des fouilles individuelles intégrales de M. A ont été effectivement réalisées le 7 septembre 2022 après la promenade, le 8 septembre 2022 après la promenade du matin et après celle de l'après-midi, le 9 septembre 2022 après la promenade du matin, après celle de l'après-midi, et à l'occasion de sa conduite à l'infirmerie, et le 10 septembre 2022 après la promenade du matin et après celle de l'après-midi. Le ministre de la justice ne soutient pas, d'autre part, que ces fouilles auraient été réalisées sans avoir fait l'objet de décisions formalisées du chef d'établissement, conformément à l'article R. 225-1 du code pénitentiaire. Par suite, en l'état du dossier, l'existence matérielle des décisions de fouilles individuelles précitées doit être tenue pour établie. Le refus de les communiquer à M. A méconnait l'article L. 300-1 du code des relations entre le public et l'administration. Le requérant est par suite fondé à demander l'annulation de ces décisions de refus.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

9. Le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au garde des sceaux, ministre de la justice, de communiquer à M. A les décisions du chef d'établissement du centre de détention de Val-de-Reuil ayant conduit à la réalisation des fouilles intégrales sur sa personne le 7 septembre 2022 après la promenade, le 8 septembre 2022 après la promenade du matin et après celle de l'après-midi, le 9 septembre 2022 après la promenade du matin, après celle de l'après-midi, et à l'occasion de sa conduite à l'infirmerie, et le 10 septembre 2022 après la promenade du matin et après celle de l'après-midi. Il y a lieu d'enjoindre à l'administration de procéder à cette communication dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

10. M. A n'a pas été admis à l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat ne peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Les conclusions présentées en ce sens doivent par suite être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite refusant de communiquer à M. A les décisions du chef d'établissement du centre de détention de Val-de-Reuil ayant conduit à la réalisation des fouilles intégrales sur M. A le 7 septembre 2022 après la promenade, le 8 septembre 2022 après la promenade du matin et après celle de l'après-midi, le 9 septembre 2022 après la promenade du matin, après celle de l'après-midi, et à l'occasion de sa conduite à l'infirmerie, et le 10 septembre 2022 après la promenade du matin et après celle de l'après-midi, est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au garde des sceaux, ministre de la justice, de communiquer à M. A, les décisions du chef d'établissement du centre de détention de Val-de-Reuil ayant conduit à la réalisation des fouilles intégrales sur sa personne le 7 septembre 2022 après la promenade, le 8 septembre 2022 après la promenade du matin et après celle de l'après-midi, le 9 septembre 2022 après la promenade du matin, après celle de l'après-midi, et à l'occasion de sa conduite à l'infirmerie, et le 10 septembre 2022 après la promenade du matin et après celle de l'après-midi. Cette communication devra intervenir dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Ciaudo (SCP Themis Avocats et associés) et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 avril 2025

La magistrate désignée,

Signé :

C. Galle La greffière,

Signé :

A. Hussein

La République mande et ordonne au garde de sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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