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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2302734

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2302734

jeudi 9 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2302734
TypeDécision
PublicationC
Formation2 ème Chambre
Avocat requérantMUKENDI NDONKI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 juillet 2023, M. B A, représenté par Me Mukendi Ndonki, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 mai 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de cinquante jours, et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime, en cas de reconnaissance du bien-fondé de la requête, de lui délivrer une carte de séjour temporaire, valable un an, et portant la mention " étudiant ", " stagiaire ", ou " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

3°) dans l'hypothèse où seul un moyen d'illégalité externe serait retenu, d'enjoindre au préfet de lui délivrer, dans le délai de huit jours à compter du jugement à intervenir, une autorisation provisoire de séjour, dans l'attente du réexamen de sa situation, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat, représenté par le préfet de la Seine-Maritime, une somme de 1 200 euros au profit de Me Joseph Mukendi Ndonki, au titre de l'article 37 alinéa 2 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

Il soutient que :

la décision portant refus de séjour :

- est entachée d'un défaut de motivation ;

- a été prise en violation des stipulations de l'article 9 de la convention franco-gabonaise ;

- est entachée d'une erreur de droit dès lors que les dispositions de l'article L. 426-23 et R. 426-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne lui sont pas applicables ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle.

la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale eu égard à l'illégalité de la décision de refus d'admission au séjour qui lui sert de fondement ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et procède d'une erreur manifeste d'appréciation.

la décision fixant le pays de destination :

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale eu égard à l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français qui lui sert de fondement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 juillet 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Par une décision du 14 juin 2023, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention franco-gabonaise du 2 décembre 1992 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et son décret d'application ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Le Duff, rapporteur,

- et les observations de Me Mukendi Ndonki, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant gabonais, né le 29 avril 1991 à Port-Gentil, est entré en France le 5 septembre 2020, muni d'un visa long séjour délivré par les autorités consulaires françaises valant titre de séjour du 19 août 2020 au 19 août 2021, renouvelé jusqu'au 19 février 2022. Le 9 mars 2022, M. A a sollicité le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article 9 de la convention franco-gabonaise. Par l'arrêté attaqué du 6 mai 2023, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de cinquante jours et a fixé le pays de renvoi.

Sur la décision portant refus de renouvellement du titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. Le refus de séjour, opposé à M. A comporte, contrairement à ce que soutient le requérant, l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il vise les textes dont il fait application, notamment la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'article 9 de la convention franco-gabonaise, ainsi que l'article L. 426-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il mentionne également les motifs pour lesquels la demande de M. A ne peut être accueillie. Il précise notamment que l'intéressé ne peut se voir renouveler son titre " étudiant " dès lors qu'il ne justifie pas de la poursuite d'études supérieures ou d'un stage de formation de niveau supérieur. Il ajoute que M. A est célibataire et sans enfant, et qu'il n'établit pas être dépourvu de tout lien dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 29 ans. Il suit de là que le moyen tiré de l'insuffisante motivation du refus du séjour n'est pas fondé et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 9 de la convention franco-gabonaise du 2 décembre 1992 : " Les ressortissants de chacune des Parties contractantes désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation de niveau supérieur sur le territoire de l'autre doivent, outre le visa de long séjour prévu à l'article 4, justifier d'une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement où s'effectue le stage, ainsi que, dans tous les cas, de moyens d'existence suffisants () ". Aux termes de l'article 12 de cette convention : " Les dispositions de la présente convention ne font pas obstacle à l'application des législations respectives des deux Parties contractantes sur l'entrée et le séjour des étrangers sur tous les points non traités par la convention. " Aux termes de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable à défaut de dispositions particulières aux cartes de séjour en qualité d'étudiant prévues dans l'accord franco-gabonais susvisé : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. ". Aux termes de l'article L. 422-1 du même code : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / () ".

5. Pour l'application de ces dispositions, il appartient à l'administration, saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant ", d'apprécier, sous le contrôle du juge administratif de l'excès de pouvoir, la réalité et le sérieux des études poursuivies. A cet égard, le caractère réel et sérieux de ces études est subordonné à une progression régulière de l'étudiant et à la cohérence de son parcours.

6. Le préfet de la Seine-Maritime a fondé sa décision de refus de renouvellement du titre de séjour de M. A sur les dispositions de l'article 9 de la convention franco-gabonaise et sur les dispositions des articles L. 426-23 et R. 426-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables à la délivrance de la carte de séjour temporaire portant la mention " stagiaire " délivrée dans le cadre du suivi d'une formation professionnelle à vocation médicale.

7. Il ressort des pièces que M. A a bénéficié d'un titre de séjour mention " étudiant ", valable du 19 août 2020 au 19 août 2021, alors qu'il était inscrit en première année de licence " STAPS " puis s'est vu accorder le renouvellement de son titre de séjour jusqu'au 19 février 2022. Au titre de cette même année universitaire, M. A s'est réorienté vers une formation modulaire d'éducateur Handball dispensée au sein de l'institut territorial de formation et de l'emploi de la ligue de Normandie de Handball, en vue d'obtenir le titre à finalité professionnelle de niveau 4 " éducateur de handball ". Au soutien de sa demande de renouvellement de titre de séjour, M. A a présenté pour l'année 2022-2023 cette inscription au titre de cette formation professionnelle de niveau 4, diplôme d'Etat de " niveau bac ", la période globale de formation étant du 11 décembre 2022 au 4 juin 2023, pour un volume horaire de formation total de 90 heures dont 63 heures en présentiel et 27 heures en distanciel asynchrone. Dans ces conditions, et malgré la cohérence de son parcours, en relevant que M. A ne justifiait pas de la poursuite d'études supérieures, le préfet de la Seine-Maritime, n'a pas méconnu les dispositions de l'article 9 de la convention franco-gabonaise. Si M. A fait valoir que le refus de renouvellement de titre de séjour ne pouvait être légalement fondé sur les dispositions des articles L. 426-23 et R. 426-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, le préfet de la Seine-Maritime qui s'est également fondé sur l'absence de progression des études supérieures, a légalement justifié la décision attaquée, dès lors qu'il résulte de l'instruction qu'il aurait pris la même décision s'il avait entendu se fonder sur cet unique motif pour édicter la mesure d'éloignement en litige. Il suit de là que le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

8. En troisième lieu, au regard de l'ensemble des éléments précédemment évoqués, et alors même que l'intéressé aurait désormais obtenu la certification " jeunes ", qu'il présentera la certification " adulte " en 2024 et que son objectif est à terme de bénéficier des titres V et VI d'entraineur national puis d'entraineur professionnel et même si son frère et sa sœur sont présents sur le territoire français, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle.

9. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant refus de renouvellement de son titre de séjour.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ".

11. Il résulte de ce qui a été dit au point 3 que la décision de refus de séjour est suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté par application des dispositions précitées de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

12. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.

13. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () "

14. Si M. A fait état de ce qu'il est entré régulièrement sur le territoire français, et qu'il poursuit ses études pour devenir entraineur de handball, qu'il a été recruté en qualité d'assistant éducation depuis le 1er septembre 2021, contrat régulièrement renouvelé, et que son frère et sa sœur sont présents sur le territoire, il ressort des pièces du dossier que le requérant est célibataire et sans enfant et ne réside en France que depuis septembre 2020. Il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que M. A serait isolé en cas de retour dans son pays d'origine où il n'établit pas ne pas pouvoir poursuivre ses études. Dans ces conditions, au regard de la durée et des conditions de son séjour en France, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

15. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Sur la décision fixant le pays de destination :

16. En premier lieu, la décision vise le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et indique notamment que l'intéressé n'établit pas être soumis à des peines ou des traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme en cas de retour dans son pays d'origine. La décision comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait sur le fondement desquels elle a été prise. Ainsi, et alors même que ces motifs ne font pas une référence expresse à l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ils constituent une motivation suffisante pour la décision fixant le pays de destination.

17. En second lieu, il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

18. Il suit de là que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision fixant le pays de destination.

19. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. A aux fins d'annulation de l'arrêté du préfet la Seine-Maritime du 16 mai 2023 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de la Seine-Maritime et à Me Mukendi Ndonki.

Délibéré après l'audience du 19 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Bailly, présidente,

M. Le Duff, premier conseiller et Mme Esnol, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 novembre 2023.

Le rapporteur,

V. Le DuffLa présidente,

P. BaillyLa greffière,

A. Hussein

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2302734

ah

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