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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2401481

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2401481

jeudi 12 février 2026

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2401481
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationPOLE URGENCES

Résumé IA

La décision concerne une demande de remise totale d'un indu de prime d'activité. Le Tribunal Administratif de Rouen, statuant en plein contentieux, rejette la requête de la demanderesse. Il applique les articles L. 845-3 du code de la sécurité sociale, relatif aux conditions de remise d'un indu, et estime que la situation de précarité alléguée ne justifie pas, en l'espèce, l'octroi de cette remise gracieuse.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :


Par une requête et des pièces, enregistrées les 16 et 26 avril 2024, Mme B... A... demande la remise totale d’un indu de prime d’activité.

Elle soutient qu’elle a reçu la prime d’activité par erreur alors qu’elle était en arrêt pour accident de travail, qu’elle est surendettée, qu’elle a un jeune enfant à charge et n’est pas en mesure de rembourser cette dette.


Par un mémoire en défense, enregistré le 6 septembre 2024, la caisse d’allocations familiales de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme A... ne sont pas fondés.


Vu les autres pièces du dossier.


Vu :
le code de la sécurité sociale ;
le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.



Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.


Le rapport de Mme Grenier, présidente, a été entendu au cours de l’audience publique.


À l’issue de l’audience, l’instruction a été clôturée en application de l’article R. 772-9 du code de justice administrative.






Considérant ce qui suit :


Par un courrier du 2 février 2024, la caisse d’allocations familiales de la Seine-Maritime a notifié à Mme A... un indu de prime d’activité d’un montant de 2 841,48 euros pour la période du 1er mai 2022 au 30 avril 2023. Mme A... a demandé la remise totale de sa dette. Par une décision du 15 mars 2024, la caisse d’allocations familiales de la Seine-Maritime a refusé de lui accorder une remise de dette. Mme A..., qui ne conteste ni le principe, ni le montant de l’indu, demande au tribunal la remise totale de cette dette.

Aux termes de l’article L. 842-1 du code de la sécurité sociale : « Toute personne résidant en France de manière stable et effective qui perçoit des revenus tirés d'une activité a droit à une prime d'activité, dans les conditions définies au présent titre. ». Selon l’article L. 842-3 du même code : « La prime d'activité est égale à la différence entre : / 1° Un montant forfaitaire dont le niveau varie en fonction de la composition du foyer et du nombre d'enfants à charge, augmenté d'une fraction des revenus professionnels des membres du foyer, et qui peut faire l'objet d'une ou de plusieurs bonifications ; / 2° Les ressources du foyer, qui sont réputées être au moins égales au montant forfaitaire mentionné au 1°. / Les bonifications mentionnées au 1° sont établies pour chaque travailleur, membre du foyer, compte tenu de ses revenus professionnels. / Le montant forfaitaire, la fraction des revenus professionnels des membres du foyer, les modalités de calcul et le montant maximal des bonifications sont fixés par décret. ». En vertu de l’article L. 842-4 de ce code : « Les ressources mentionnées à l'article L. 842-3 prises en compte pour le calcul de la prime d'activité sont : / 1° Les ressources ayant le caractère de revenus professionnels ou qui en tiennent lieu ; / 2° Les revenus de remplacement des revenus professionnels ; / 3° L'avantage en nature que constitue la disposition d'un logement à titre gratuit, déterminé de manière forfaitaire ; / 4° Les prestations et les aides sociales, à l'exception de certaines d'entre elles en raison de leur finalité sociale particulière ; / 5° Les autres revenus soumis à l'impôt sur le revenu. ». L’article R. 843-1 du même code précise les modalités de prise en compte des ressources. Selon l’article R. 844-2 de ce code : « Ont le caractère de revenus de remplacement en application du 2° de l'article L. 842-4 : (…) / 4° Les indemnités journalières de sécurité sociale de base et complémentaires, perçues au-delà de trois mois après l'arrêt de travail en cas d'incapacité physique médicalement constatée de continuer ou de reprendre le travail, d'accident du travail ou de maladie professionnelle (…). ». Aux termes de l’article R. 846-5 de ce code : « Le bénéficiaire de la prime d'activité est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations nécessaires à l'établissement et au calcul des droits, relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer. Il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. ». L’article L. 845-3 du même code dispose que : « Tout paiement indu de prime d'activité est récupéré par l'organisme chargé de son service (…). / La créance peut être remise ou réduite par l'organisme mentionné au premier alinéa du présent article, en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration (…). ».

Lorsqu’il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d’un indu d’une prestation ou d’une allocation versée au titre de l'aide ou de l'action sociale, du logement ou en faveur des travailleurs privés d'emploi, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu’à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d’examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est susceptible d’être accordée, en se prononçant lui-même sur la demande au regard des dispositions applicables et des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision. En particulier, lorsqu’il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d’un indu de prime d’activité, il appartient au juge administratif de rechercher si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise.

Lorsque l’indu résulte de ce que l’allocataire a manqué à ses obligations déclaratives, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l’intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l’inverse, portent sur des éléments dépourvus d’incidence sur le droit de à cette aide ou sur son montant, de tenir compte de la nature des éléments ainsi omis, de l’information reçue et notamment, le cas échéant, de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l’omission, des justifications données par l’intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l’allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu’il était tenu de déclarer les éléments omis.

Il résulte de l’instruction que Mme A... a omis de déclarer, dans ses déclarations de ressources trimestrielles, les indemnités journalières qu’elle a perçues au titre d’un accident du travail du 1er décembre 2021 au 30 juin 2022 et n’a ainsi pas déclaré l’ensemble de ses revenus, ce qui a donné lieu à un trop-perçu d’un montant de 2 841,48 euros au titre de la prime d’activité.

Eu égard au manquement à l’obligation déclarative lui incombant, et qu’elle ne pouvait ignorer dès lors qu’elle percevait la prime d’activité depuis le 1er novembre 2019, Mme A... ne peut être regardée comme ayant de bonne foi ignoré qu’elle était tenue de déclarer les indemnités journalières perçues.


Il résulte de ce qui précède que l’une des deux conditions cumulatives pour une remise de dette n’étant pas satisfaite et sans qu’il soit besoin d’examiner la situation de précarité de la requérante, ses conclusions tendant à la remise de l’indu de prime d’activité restant à sa charge doivent être rejetées.


DECIDE :


Article 1er : La requête de Mme A... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... A..., au ministre du travail et des solidarités et à la caisse d’allocations familiale de la Seine-Maritime.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 février 2026.



La présidente,
Signé :
C. GRENIER
La greffière,
Signé :
P. HIS



La République mande et ordonne au ministre du travail et des solidarités en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.



Pour expédition conforme,
La greffière

Signé :

P. HIS

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