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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2401699

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2401699

vendredi 20 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2401699
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationPOLE URGENCES

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rouen, statuant en plein contentieux, a rejeté la demande de Mme B... visant à obtenir la Carte Mobilité Inclusion (CMI) avec la mention « stationnement ». Le juge a estimé que la requérante n'apportait pas la preuve que son état de santé nécessitait systématiquement une aide humaine ou technique pour tous ses déplacements extérieurs, condition posée par l'article L. 241-3 du code de l'action sociale et des familles et l'arrêté du 3 janvier 2017. La décision applique donc les critères stricts d'attribution de cette prestation.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :


Par une requête enregistrée le 25 avril 2024, Mme A... B... demande au tribunal de lui accorder le bénéfice de la carte mobilité inclusion (CMI) mention « stationnement ».

Elle soutient que ses déplacements extérieurs sont limités par son état de santé et nécessitent l’assistance et l’accompagnement de proches.


Par un mémoire en défense, enregistré le 26 juin 2024, le département de l’Eure, représenté par le président du conseil départemental, conclut au rejet de la requête.


Il soutient que les moyens soulevés par Mme B... ne sont pas fondés.


Vu :
la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné M. Deflinne en application de l’article R. 222-13 du code de justice administrative ;
la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience ;
les autres pièces du dossier.


Vu :
le code de l’action sociale et des familles ;
le code de la sécurité sociale ;
l’arrêté du 3 janvier 2017 relatif aux modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel, prévues aux articles R. 241-12-1 et R. 241-20-1 du code de l'action sociale et des familles ;
le code de justice administrative.




Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.




Le rapport de M. Deflinne, magistrat désigné, ayant été entendu au cours de l’audience publique.


À l’issue de l’audience, l’instruction a été clôturée en application de l’article R. 772-9 du code de justice administrative.






Considérant ce qui suit :


Mme B... a sollicité le bénéfice d’une CMI mention « stationnement » à son profit le 30 juillet 2023. Par décision du 11 décembre 2023, le département de l’Eure refusait de faire droit à sa demande. Elle a contesté ce refus par courrier du 24 décembre 2023. Son recours a été rejeté par décision du 12 mars 2024. Mme B... demande que lui soit attribué le bénéfice de la carte sollicitée.

D’une part, aux termes de l’article L. 241-3 du code de l’action sociale et des familles, dans sa rédaction applicable au litige : « I.- La carte "mobilité inclusion" destinée aux personnes physiques est délivrée par le président du conseil départemental au vu de l'appréciation, sur le fondement du 3° du I de l'article L. 241-6, de la commission mentionnée à l'article L. 146-9. Elle peut porter une ou plusieurs des mentions prévues aux 1° à 3° du présent I, à titre définitif ou pour une durée déterminée. (…) 3° La mention "stationnement pour personnes handicapée" est attribuée à toute personne atteinte d'un handicap qui réduit de manière importante et durable sa capacité et son autonomie de déplacement à pied ou qui impose qu'elle soit accompagnée par une tierce personne dans ses déplacements. (…) ». Aux termes de l’article L. 241-6 du même code : « I.- La commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées est compétente pour : (…) 3° Apprécier : a) Si l'état ou le taux d'incapacité de la personne handicapée justifie l'attribution, pour l'enfant ou l'adolescent, (…) de la carte “mobilité inclusion” mentionnée à l'article L. 241-3 du présent code et, pour l'adulte, de l'allocation prévue aux articles L. 821-1et L. 821-2 du code de la sécurité sociale ainsi que de la carte “mobilité inclusion” mentionnée à l'article L. 241-3 du présent code ; (…) ».

D’autre part, aux termes de l’article R. 241-12-1 du code de l’action sociale et des familles : « (…) IV.- Pour l'attribution de la mention “ stationnement pour personnes handicapées ”, un arrêté des ministres chargés des personnes handicapées, des personnes âgées et des anciens combattants définit les modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel, en tenant compte notamment de la limitation du périmètre de marche de la personne ou de la nécessité pour celle-ci de recourir systématiquement à certaines aides techniques ou à une aide humaine lors de tous ses déplacements à l'extérieur. (…) ». Aux termes de l’annexe à l’arrêté du 3 l’arrêté du 3 janvier 2017 relatif aux modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel, prévues aux articles R. 241-12-1 et R. 241-20-1 du code de l'action sociale et des familles : « 1. Critère relatif à la réduction importante de la capacité et de l'autonomie de déplacement à pied : La capacité et l'autonomie de déplacement à pied s'apprécient à partir de l'activité relative aux déplacements à l'extérieur. Une réduction importante de la capacité et de l'autonomie de déplacement à pied correspond à une difficulté grave dans la réalisation de cette activité et peut se retrouver chez des personnes présentant notamment un handicap lié à des déficiences motrices ou viscérales (exemple : insuffisance cardiaque ou respiratoire). Ce critère est rempli dans les situations suivantes : (…) - la personne a systématiquement recours à l'une des aides suivantes pour ses déplacements extérieurs : - une aide humaine ; (…) ».

Lorsqu’il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant la délivrance d’une carte de stationnement pour personnes handicapées ou d’une CMI portant la mention « stationnement pour personnes handicapées », il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu’à sa qualité de juge de plein contentieux de l’aide et de l’action sociale, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d’examiner si cette délivrance est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, le handicap du demandeur justifie que lui soit délivrée une telle carte.

La synthèse de l’évaluation de la demande de Mme B..., établie le 12 juin 2024 par le médecin de la maison départementale des personnes handicapées (MDPH) de l’Eure à la suite du certificat médical établi le 16 mai 2024, indique que les déplacements en extérieurs de Mme B..., côtés C, sont réalisés avec une aide humaine. La circonstance qu’une aide humaine soit nécessaire pour la réalisation des déplacements de l’intéressée doit faire regarder le critère de réduction importante de la capacité et de l’autonomie de déplacement à pied exigé par les dispositions citées du point 3 comme rempli.

Il résulte de ce qui a été dit au point précédent qu’il y a lieu, d’une part, d’annuler la décision du département de l’Eure du 12 mars 2024 et, d’autre part, d’attribuer à Mme B... une carte mobilité inclusion portant la mention « stationnement pour personnes handicapées » pour une durée qu’il convient, dans les circonstances de l’espèce, de fixer à un an. La délivrance de la carte devra intervenir dans un délai d’un mois à compter de la notification du présent jugement.


DECIDE :



Article 1er : La décision du 12 mars 2024 par laquelle le département de l’Eure a rejeté le recours de Mme B... dirigé contre le refus de lui accorder une CMI mention « stationnement » est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au département de l’Eure de délivrer une CMI mention « stationnement » valable un an à Mme B... dans un délai d’un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A... B... et au département de l’Eure.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 mars 2026.



Le magistrat désigné,
Signé :
T. DEFLINNE
La greffière,
Signé :
P. HIS





La République mande et ordonne au préfet de l’Eure en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.


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