jeudi 10 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2403233 |
| Type | Décision |
| Formation | Juge Unique 2 |
Vu les procédures suivantes :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 6 août et 27 septembre 2024, Mme A E, représentée par Me Boyle, demande au Tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 25 juin 2024 par lequel le préfet de l'Eure a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Eure de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " ou subsidiairement une autorisation provisoire de séjour et de procéder au réexamen de sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, ladite condamnation valant renonciation au versement de l'aide juridictionnelle ou, à titre subsidiaire, la même somme en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;
- il est insuffisamment motivé ;
- l'arrêté a été signé alors que la décision de la cour nationale du droit d'asile n'a pas été lue en séance publique ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les articles L. 542-4 et L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'ayant pas vérifié si elle pouvait bénéficier d'un autre titre de séjour ;
- la décision méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français méconnaît l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle n'a pas été informée par le préfet qu'elle pouvait déposer une autre demande de titre de séjour en méconnaissance de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision fixant le pays de destination méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales car elle est malade et il n'y a pas de traitement dans son pays d'origine ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 octobre 2024 à 8h55, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Vu :
- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. D comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 8 octobre 2024, ont été entendus :
- le rapport de M. D ;
- les observations orales de Me Niakate, substituant Me Boyle, représentant Mme E, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens.
Le préfet de l'Eure n'étant ni présent, ni représenté.
Le magistrat désigné a informé les parties présentes à l'audience de ce que le jugement est susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre une décision d'interdiction de retour sur le territoire français, une telle décision n'existant pas en l'espèce.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E née le 15 octobre 1981, de nationalité nigériane est entrée sur le territoire français le 27 septembre 2023. Elle a sollicité l'asile le 6 octobre 2023. L'office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande le 23 février 2024 confirmé par la cour nationale du droit d'asile le 6 juin 2024. Par l'arrêté contesté du 25 juin 2024, le préfet de l'Eure a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre la requérante au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions :
4. En premier lieu, par un décret du 20 juillet 2022, publié au Journal officiel de la République française le 21 juillet 2022, M. C B a été nommé préfet de l'Eure à compter du 23 août 2022. M. B était donc compétent pour signer l'arrêté litigieux. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte attaqué manque en fait.
5. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, qui n'a pas à faire référence à l'ensemble des éléments caractérisant la situation de l'intéressée, vise les dispositions dont il fait application et relève que Mme E ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français. Il fait également état de sa situation personnelle et familiale et indique qu'elle n'est pas exposée, en cas de retour, à un risque de subir des peines ou traitements inhumains ou dégradants. Il comporte ainsi les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
6. L'arrêté en cause a été signé le 25 juin 2024 par le préfet de l'Eure et la décision de la cour nationale du doit d'asile a été rendu le 6 juin 2024. Dès lors la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté a été signé alors que la décision de la cour nationale du droit d'asile n'avait pas été lue en séance publique.
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
7. En premier lieu, Mme E n'ayant pas déposé de demande de titre de séjour sur un fondement autre que l'asile et le préfet de l'Eure n'ayant pas examiné une autre demande que celle déposée, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui est inopérant, ne peut qu'être écarté.
8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'un étranger a présenté une demande d'asile qui relève de la compétence de la France, l'autorité administrative, après l'avoir informé des motifs pour lesquels une autorisation de séjour peut être délivrée et des conséquences de l'absence de demande sur d'autres fondements à ce stade, l'invite à indiquer s'il estime pouvoir prétendre à une admission au séjour à un autre titre et, dans l'affirmative, à déposer sa demande dans un délai fixé par décret. Il est informé que, sous réserve de circonstances nouvelles, notamment pour des raisons de santé, et sans préjudice de l'article L. 611-3, il ne pourra, à l'expiration de ce délai, solliciter son admission au séjour. () ". Aux termes de l'article R. 521-16 du même code : " Il est remis au demandeur d'asile un document d'information sur la procédure de demande d'asile, sur ses droits et sur les obligations qu'il doit respecter au cours de la procédure, sur les conséquences que pourrait avoir le non-respect de ses obligations ou le refus de coopérer avec les autorités et sur les moyens dont il dispose pour l'aider à introduire sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. / Ce document l'informe également sur ses droits et sur les obligations au regard des conditions d'accueil, ainsi que sur les organisations qui assurent une assistance aux demandeurs d'asile. / Cette information se fait dans une langue que le demandeur d'asile comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend. ".
9. Il ressort des pièces du dossier que Mme E s'est vue remettre, à l'occasion du dépôt de sa demande d'examen, le 6 octobre 2023, le guide du demandeur d'asile, qui comporte l'information mentionnée au point précédent, en langue française, dont elle a déclaré avoir une connaissance suffisante. Dès lors, la requérante a été informée par le préfet qu'elle pouvait déposer une autre demande de titre de séjour. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
10. Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. () ".
11. Ces dispositions sont issues en dernier lieu, dans leur rédaction applicable au litige, de l'article 37 de la loi du 26 janvier 2024 susvisée pour contrôler l'immigration, améliorer l'intégration. Il ressort des travaux parlementaires ayant précédé son adoption que le législateur a notamment entendu codifier le principe selon lequel un étranger devant se voir attribuer de plein droit un titre de séjour ne peut faire l'objet d'une mesure d'éloignement. Il a ainsi entendu imposer au préfet, avant l'édiction d'une obligation de quitter le territoire français, de vérifier, compte tenu des informations en sa possession, si un étranger peut prétendre à se voir délivrer de plein droit un titre de séjour et, dans le cas contraire, si la durée de sa présence en France et la nature et l'ancienneté des liens qu'il y entretient ou des circonstances humanitaires justifient qu'il se voit délivrer un tel titre.
12. En l'espèce, si l'arrêté attaqué ne mentionne pas expressément que l'autorité préfectorale aurait procédé à la vérification mentionnée au point précédent, la décision portant obligation de quitter le territoire français a néanmoins été prise après un examen de l'atteinte qu'elle était susceptible de porter au droit de Mme E au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 613-1 doit être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
13. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".
14. Mme E, fait valoir qu'elle a des problèmes de santé et produit des ordonnances de prescriptions médicales datées de juillet, août et septembre 2024 et une attestation de suivi psychologique du 1er février 2022. Elle produit également un certificat médical du 24 septembre 2024 indiquant qu'elle " est sous traitement à base d'anti dépresseur non substituable ". Toutefois, elle ne démontre pas ne pouvoir accéder effectivement à une prise en charge médicale adaptée dans son pays d'origine ni que son départ entraînerait, par lui-même, un risque réel d'une aggravation significative et irrémédiable de son état de santé. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
15. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que, après avoir cité les dispositions de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoyant que lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour, le préfet de l'Eure a précisé, dans les motifs de l'arrêté attaqué comme dans son dispositif, que si Mme E n'a pas quitté le territoire à l'expiration du délai de 30 jours, une interdiction de retour d'une durée d'un an " s'appliquera d'office ". Cette mention, qui constitue le simple rappel de la législation applicable, ne constitue pas une décision d'interdiction de retour sur le territoire ni une décision administrative faisant grief à l'intéressée. Aucune décision d'interdiction de retour n'étant ainsi édictée dans l'arrêté attaqué, les conclusions tendant à l'annulation d'une telle décision doivent être rejetées comme irrecevables.
16. Il résulte de tout ce qui précède que Mme E n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 25 juin 2024 du préfet de l'Eure. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles relatives aux frais de l'instance.
D E C I D E:
Article 1er : Mme E est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de Mme E est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A E et au préfet de l'Eure.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024.
Copie en sera transmise au bureau d'aide juridictionnelle.
Le magistrat désigné,
C. D
La greffière
N. Drouilhet
La République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
nd
Tribunal Administratif de Rouen — N° TA76-2502306
Le Tribunal Administratif de Rouen, statuant en juge unique, a été saisi par un syndicat contestant le refus implicite du préfet de communiquer des documents relatifs à l'instruction d'une demande de classement en zone touristique. Le tribunal a jugé irrecevable la demande d'annulation concernant les justificatifs d'envoi, faute de saisine préalable obligatoire de la CADA. Sur le fond, il a rejeté la requête, considérant que les autres documents sollicités avaient été communiqués ou n'existaient pas, en application des articles L. 311-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Rouen — N° TA76-2502305
Le Tribunal Administratif de Rouen, statuant en juge unique, a été saisi par une fédération syndicale contestant le refus implicite du préfet de Normandie de communiquer des documents relatifs à l'instruction d'un classement en zone touristique. Le tribunal a jugé la requête partiellement irrecevable, pour les conclusions concernant les justificatifs d'envoi, faute de saisine préalable de la CADA, et partiellement infondée, considérant que les autres documents demandés avaient été communiqués ou n'existaient pas. La décision s'appuie sur les dispositions du code des relations entre le public et l'administration (CRPA) relatives à l'accès aux documents administratifs.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Rouen — N° TA76-2404406
Le Tribunal Administratif de Rouen, statuant en juge unique, rejette la requête en annulation d'un classement sans suite d'une demande de naturalisation. Le juge estime que la décision du préfet de la Seine-Maritime, fondée sur l'article 40 du décret n°93-1362 du 30 décembre 1993, est légale car le demandeur n'a pas produit dans les délais les pièces complémentaires exigées, notamment concernant les suites d'une procédure judiciaire. Les moyens soulevés, notamment le défaut de motivation ou l'erreur de droit, sont écartés.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Rouen — N° TA76-2400201
Le Tribunal Administratif de Rouen, statuant en juge unique, a rejeté la demande d'indemnisation d'un détenu contestant une sanction disciplinaire de privation de cantine. Le tribunal a jugé que l'interception et l'enregistrement de sa conversation téléphonique par l'administration pénitentiaire étaient légaux, et que les propos tenus, insultants envers des agents, constituaient bien une faute disciplinaire au sens de l'article R. 232-4 du code pénitentiaire. La sanction n'a pas été considérée comme disproportionnée, et la responsabilité de l'État n'a pas été retenue.
19/03/2026