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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2403396

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2403396

jeudi 22 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2403396
TypeDécision
Avocat requérantELATRASSI-DIOME

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rouen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l'arrêté du 20 novembre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de délivrer un certificat de résidence algérien à Mme B. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, la décision attaquée ne modifiant pas la situation de la requérante, qui était déjà en situation irrégulière, et cette dernière n'ayant pas justifié de circonstances particulières nécessitant une mesure provisoire immédiate. La requête a donc été rejetée sans qu'il soit besoin d'examiner les moyens soulevés, par application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 août 2024, Mme A B, représentée par Me Elatrassi demande au juge des référés, statuant par application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1) de lui accorder, à titre provisoire, le bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 20 novembre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande de délivrance d'un certificat de résidence algérien ;

3) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de réexaminer sa demande et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai d'un mois à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

4) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou à défaut la somme de 1 000 euros à son profit.

Elle soutient que :

Sur l'urgence :

- la décision la maintient illégalement sur le territoire français ;

- cette décision la met dans l'impossibilité d'exercer une activité professionnelle alors qu'elle dispose d'une promesse d'embauche ;

- elle souffre de graves problèmes de santé ;

Sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision :

- le signataire de la décision attaquée ne justifie pas de sa compétence ;

- cette décision a été prise en méconnaissance de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- le préfet a commis une erreur de droit en s'estimant en situation de compétence liée pour rejeter sa demande ;

- la décision a été prise sans un examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle porte atteinte aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- elle porte atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant, garanti par les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu :

- la requête n°2402705, par laquelle Mme B demande l'annulation de la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Mulot, premier conseiller, en qualité de juge des référés sur le fondement de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Il résulte des énonciations de la requête que Mme B, ressortissante de la république algérienne démocratique et populaire née en 1995, entrée en France en 2016 puis en 2018 selon ses déclarations, a sollicité le 3 novembre 2023 la délivrance d'un certificat de résidence algérien, en se prévalant notamment de son mariage avec un compatriote titulaire d'un certificat de résidence algérien de dix ans et de la naissance, en 2021, d'un enfant issu de leur union. Par une décision du 20 novembre 2023, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté cette demande. Par la présente requête, Mme B, qui a par ailleurs saisi le juge de l'excès de pouvoir d'une requête tendant à l'annulation de cette décision, demande au juge des référés d'en suspendre l'exécution.

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ", et aux termes de l'article R. 552-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ". Enfin, l'article L. 522-3 de ce code prévoit que " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

3. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

4. A l'appui de sa requête en référé, Mme B se borne à faire état de la nécessité pour elle d'exercer un emploi salarié et de ce que la décision la maintient en situation irrégulière. Toutefois, la décision, qui n'est ni un refus de renouvellement de titre ni un retrait, ne modifie pas la situation de la requérante qui, compte-tenu de sa demande tendant à régulariser sa situation, pouvait s'attendre à un rejet de celle-ci. La seule circonstance qu'elle dispose d'une promesse d'embauche et qu'elle élève un enfant, alors que son époux est en situation régulière et occuperait un emploi, ne permet pas de plus de caractériser des circonstances particulières au sens de la règle ci-dessus rappelée. En outre, elle a attendu plus de neuf mois pour saisir le juge des référés, sans justifier de ce délai. Par suite, en l'absence de tout autre élément de nature à justifier que Mme B puisse bénéficier d'une mesure provisoire à bref délai sans attendre que le juge du fond ne se prononce, celle-ci ne peut être regardée comme justifiant d'une situation d'urgence.

5. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme B ne présente pas un caractère d'urgence ; par suite, cette requête doit être rejetée en toutes ses conclusions, selon la procédure prévue par l'article L. 522-3 du code de justice administrative, sans qu'il y ait lieu de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

O R D O N N E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu d'admettre Mme B, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de Mme B est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et à Me Elatrassi.

Fait à Rouen, le 22 août 2024.

Le juge des référés,

Signé : R. Mulot

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

C. HENRY

N°2403396

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