mercredi 18 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2403727 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | URGENCES JU |
| Avocat requérant | ACTIS AVOCATS |
Vu :
- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme E comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'Etat responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des Etats membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience fixée au 17 septembre 2024 à 15 heures 15.
L'audience a été suspendue pour permettre à l'avocat du requérant de prendre connaissance des pièces transmises par la préfecture du Pas-de-Calais le 17 septembre 2024 à 15 heures 40, soit au cours de l'audience.
Après avoir, au cours de l'audience publique, présenté son rapport et entendu :
- les observations de Me Mukendi Ndonki, pour M. D, qui :
* précise que l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle n'est pas sollicitée,
*dépose une pièce en allemand censée montrer que la demande d'asile de son client a été rejetée et qu'il va être renvoyé en Iran,
* développe les moyens tirés de l'insuffisance de motivation en raison de l'absence de mention de la date de l'acceptation de la reprise par les autorités allemandes, de la méconnaissance par le préfet de ses obligations d'informations issues de l'article 4 du règlement UE n°604/2013, de la méconnaissance de l'article 5 de ce règlement, du défaut de base légale en raison de l'absence d'accord de reprise de charge des autorités allemandes, de la violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de la possibilité pour le préfet de choisir une autre procédure,
- les observations de M. D, assisté de M. A, interprète en farsi,
- les observations de Me Kao, pour le préfet du Pas-de-Calais.
Considérant ce qui suit :
1. M. F D, ressortissant iranien, a présenté une demande d'asile en Allemagne. Il a été découvert, le 10 septembre 2024, dans la remorque d'un poids lourd en partance pour l'Angleterre dans la zone d'accès restreint du port de Calais. Par l'arrêté contesté du 13 septembre 2024, le préfet du Pas-de-Calais a décidé son transfert aux autorités allemandes.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2..En premier lieu, M B C, chef du bureau de l'éloignement, avait reçu délégation du préfet du Pas-de-Calais, par arrêté du 30 octobre 2023 régulièrement publié, pour signer la décision attaquée. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit donc être attaqué.
3.. En deuxième lieu, l'arrêté litigieux vise le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013. Il précise que M. D a demandé l'asile en Allemagne et que les autorités allemandes, saisies par la France sur le fondement du paragraphe d) du 1 de l'article 18 de ce règlement, ont expressément accepté de la reprendre en charge. Dès lors, l'arrêté en litige énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde avec une précision suffisante pour permettre au requérant de comprendre les motifs de la décision - peu important à cet égard que l'auteur de l'arrêté n'ait pas cru devoir mentionner la date à laquelle la reprise en charge a été acceptée -, et, le cas échéant, d'exercer utilement son recours. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté contesté doit être écarté.
4.. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. D a reçu, le 11 septembre 2024, les brochures destinées à lui fournir l'information prévue par l'article 4 du règlement (UE) 604/ 2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 dans une langue qu'il a attestée comprendre. Au demeurant, M. D n'ayant pas sollicité de protection internationale en France, les autorités françaises n'y étaient pas tenues, par application des dispositions du même article du règlement précité.
5.. En quatrième lieu, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'Etat membre responsable, l'Etat membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. () 3. L'entretien individuel a lieu en temps utile et en tout cas avant qu'une décision de transfert du demandeur vers l'Etat membre responsable soit prise (). 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer (). 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national ".
6.. En l'espèce, M. D a bénéficié d'un entretien le 11 septembre 2024 mené par un officier de police judiciaire au cours duquel il a pu faire état de sa situation personnelle, de son parcours depuis son départ d'Iran, de son souhait de se rendre au Royaume Uni, de son refus d'être renvoyé en Allemagne ou en Iran. Si l'entretien a été conduit par le truchement d'un interprète en kurde et non en farsi, il ne ressort pas du compte rendu de cet entretien que M. D, qui a indiqué lors de l'audience être kurde, ait éprouvé de ce fait des difficultés de communication. Il ne ressort pas non plus de ce compte-rendu que M. D n'était pas seul avec l'interprète et le policier, ni que celui-ci ait posé des questions démontrant qu'il n'était pas qualifié pour mener l'entretien. Dans ces conditions, et eu égard à la double circonstance que l'entretien dont s'agit a normalement pour seule finalité, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, de faciliter le processus de détermination de l'Etat membre responsable, et que l'administration disposait par d'autres voies d'information sur ce que l'Allemagne était cet Etat responsable, l'entretient dont a pu bénéficier le requérant ne l'a privé d'aucune garantie et n'a pas été susceptible d'exercer une influence sur l'acte attaqué, de sorte que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 5 du règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ne peut être accueilli.
7.. En cinquième lieu, le préfet du Pas-de-Calais a apporté la preuve, par l'une des pièces versées à la procédure au cours de l'audience, que les autorités allemandes avaient effectivement accepté, le 13 septembre 2024, la reprise en charge de M. D. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté en litige serait dépourvu de base légale pour avoir été pris avant l'intervention de cet accord et méconnaîtrait de ce fait l'article 26 du règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, ainsi que l'article L 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
8.. En sixième lieu, le moyen tiré de ce qu'en l'absence de mention de la date d'acceptation de la reprise en charge de M. D par les autorités allemandes, il y a lieu de considérer que la France est devenue responsable de l'examen de sa demande d'asile par application de l'article 29 du règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 doit, en tout état de cause, être écarté.
9.. En septième lieu, il n'est pas contesté que l'Allemagne a rejeté la demande d'asile de M. D. Toutefois, il n'est pas démontré que l'intéressé fasse l'objet d'une obligation de rejoindre l'Iran, ni qu'il ne pourrait solliciter un réexamen de sa demande d'asile par les autorités allemandes. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision en litige aurait pour conséquence nécessaire que M. D soit reconduit en Iran par les autorités allemandes et serait, de ce fait, constitutive d'une violation des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
10.. En dernier lieu, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation, de la méconnaissance de la situation personnelle de M. D et de ce que le préfet du Pas-de-Calais aurait pu choisir une autre procédure ne sont pas assortis des précisions permettant d'en apprécier la portée et la pertinence et doivent donc être rejetés.
11.. Les conclusions de M. D aux fins d'annulation de l'arrêté du 13 septembre 2024 du préfet du Pas-de-Calais doivent donc être rejetées.
Sur le surplus des conclusions :
12.. Le présent jugement n'appelle aucune mesure nécessaire d'exécution, de sorte que l'ensemble des conclusions à fins d'injonction doit être rejeté.
13.. M. D a la qualité de partie perdante dans la présente instance, de sorte que ses conclusions aux fins qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat au titre des frais de justice doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : la requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F D et au préfet du Pas -de- Calais.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 septembre 2024 .
La magistrate désignée,
Signé :
A. ELa greffière,
Signé :
P. HIS
La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Tribunal Administratif de Rouen — N° TA76-2503285
Le Tribunal Administratif de Rouen, statuant en urgence, a rejeté la requête de M. A, ressortissant ivoirien, qui contestait l'arrêté du préfet de la Seine-Maritime du 5 juillet 2025 l'assignant à résidence pour 45 jours. Le tribunal a jugé que le préfet était territorialement compétent pour prendre cette mesure sur le département de la Seine-Maritime. Il a estimé que la circonstance que M. A soit sans domicile fixe à Rouen mais ait des attaches à Charleval n'entachait pas la décision d'une erreur d'appréciation. La solution s'appuie sur les articles L. 731-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que sur l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme.
22/07/2025
Tribunal Administratif de Rouen — N° TA76-2503286
Le Tribunal Administratif de Rouen, statuant en urgence, a rejeté la requête de M. A, ressortissant tunisien, qui demandait l'annulation de l'arrêté du 7 juillet 2025 du préfet de l'Eure l'assignant à résidence pour 45 jours. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la condition de perspective raisonnable d'éloignement, prévue à l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), était remplie. Il a également écarté les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'erreur manifeste d'appréciation. En conséquence, la décision préfectorale a été validée.
22/07/2025
Tribunal Administratif de Rouen — N° TA76-2502933
Le Tribunal Administratif de Rouen, statuant en urgence, a rejeté la requête de M. B, ressortissant algérien, qui contestait l'arrêté préfectoral du 5 mars 2025 refusant son admission au séjour et l'obligeant à quitter le territoire. Le juge a estimé que la décision de refus de titre de séjour était suffisamment motivée et ne méconnaissait pas les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme ni l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant, compte tenu de l'absence de communauté de vie avec son enfant français et de ses antécédents judiciaires. La solution retenue s'appuie notamment sur l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
22/07/2025