vendredi 14 mars 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2403814 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | NORMAND & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 19 septembre 2024, Mme C D et M. E D, représentés par Me Leroux, demandent au tribunal de prescrire une expertise, sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, portant sur les conditions de la prise en charge de la grossesse, à compter du 23 février 2023, de Mme D par le centre hospitalier intercommunal (CHI) Elbeuf Louviers Val-de-Reuil et la cause du décès de leur enfant A mort-né le 18 octobre 2023.
Par un mémoire, enregistré le 11 octobre 2024, la caisse primaire d'assurance maladie du Calvados indique qu'elle n'est pas en mesure de fournir un décompte définitif et se réserve le droit de le faire ultérieurement, lorsque l'expertise aura eu lieu.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 octobre 2024, le CHI Elbeuf Louviers Val-de-Reuil, représenté par Me Cariou, ne s'oppose pas à la mesure d'expertise sollicitée dont il demande qu'elle soit confiée à un spécialiste en gynécologie-obstétrique.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1.Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ".
2.Les mesures d'expertise demandées par M. et Mme D entrent dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a donc lieu de faire droit à leur demande et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.
O R D O N N E :
Article 1er : Le Dr F B, élisant domicile au centre hospitalier Duchenne, allée Jacques Monod à Boulogne-sur-Mer (62321), est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission :
1°) de convoquer l'ensemble des parties ;
2°) de se faire communiquer l'ensemble des éléments qu'il estimera utiles au bon accomplissement de sa mission et d'entendre tout sachant ;
3°) de procéder à l'examen médical de Mme C D et de décrire son état de santé ;
4°) de décrire les soins qui lui ont été prodigués, à compter du 23 février 2023 par le CHI Elbeuf Louviers Val-de-Reuil, notamment la prescription de Tractocile, et de dire s'ils ont été consciencieux, attentifs et conformes aux données acquises de la science médicale ;
5°) de dire si une césarienne ou un déclenchement entre le 10 et le 17 octobre 2023 aurait pu permettre d'éviter la mort in utero du fœtus ;
6°) de dire si Mme C D a bénéficié d'une information claire, loyale et appropriée ;
7°) de dire si, le cas échéant, des manquements ont été commis lors de cette prise en charge médicale ;
8°) de donner son avis sur l'origine du décès de l'enfant A ;
9°) de fournir l'ensemble des éléments de nature à permettre de déterminer les responsabilités encourues ;
10°) de déterminer, le cas échéant, l'existence d'une perte de chances pour l'intéressée d'avoir échappé aux complications en cause et de chiffrer cet éventuel taux de perte de chances lié notamment aux manquements invoqués ;
11°) d'évaluer les chefs de préjudices de Mme C D :
a. Préjudices patrimoniaux temporaires :
- Dépenses de santé actuelles ;
- Pertes de gains professionnels actuels ;
- Frais divers ;
b. Préjudices patrimoniaux permanents :
- Dépenses de santé futures ;
- Frais de logement adapté ;
- Frais de véhicule adapté ;
- Assistance par tierce personne ;
- Pertes de gains professionnels futurs ;
- Incidence professionnelle ;
- Préjudice scolaire, universitaire ou de formation ;
c. Préjudices extrapatrimoniaux temporaires :
- Déficit fonctionnel temporaire ;
- Souffrances endurées ;
- Préjudice esthétique temporaire ;
d. Préjudices extrapatrimoniaux permanents :
- Déficit fonctionnel permanent ;
- Préjudice d'agrément ;
- Préjudice esthétique permanent ;
- Préjudice sexuel ;
- Préjudice d'établissement ;
- Préjudices permanents exceptionnels.
12°) de décrire et d'évaluer le préjudice moral subi par M. E D du fait du décès in utero de son enfant ;
13°) de se faire communiquer le relevé des débours de l'organisme social et d'indiquer si les frais qui y sont inclus sont en relation directe avec l'éventuel manquement relevé.
Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative.
Article 3 : Le rapport d'expertise sera déposé au greffe par voie électronique, via la plateforme TransfertPro (https://send.transfertpro.com/'c=TA76) à l'adresse suivante : expertises.ta-rouen@juradm.fr, dans le délai de six mois suivant la notification de la présente ordonnance. En application des dispositions de l'article R. 621-9 du code de justice administrative, des copies du rapport seront notifiées aux parties par l'expert. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique.
Article 4 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C D, à M. E D, à la caisse primaire d'assurance maladie de Rouen Elbeuf Dieppe Seine-Maritime, à la caisse primaire d'assurance maladie du Calvados, au centre hospitalier intercommunal Elbeuf - Louviers - Val-de-Reuil et au Dr F B, expert désigné.
Fait à Rouen, le 14 mars 2025.
La juge des référés,
A. GAILLARD