mercredi 4 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2404482 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | URGENCES JU |
| Avocat requérant | MARY-INQUIMBERT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 7 novembre 2024, M. A B, représenté par la SELARL Mary et Inquimbert, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 1er novembre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an ;
3°) d'annuler l'arrêté du 1er novembre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a assigné à résidence ;
4°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de réexaminer sans délai sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente de ce réexamen ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle a été prise en méconnaissance du droit d'être entendu ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de son droit au séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est contraire aux stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :
- la décision attaquée a été prise en méconnaissance du droit d'être entendu ;
- elle est illégale dès lors que la décision l'obligeant à quitter le territoire français est elle-même illégale ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- la décision attaquée a été prise en méconnaissance du droit d'être entendu ;
- elle est illégale dès lors que la décision l'obligeant à quitter le territoire français est elle-même illégale ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- la décision attaquée a été prise en méconnaissance du droit d'être entendu ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale dès lors que la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire est illégale ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est contraire aux stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :
- l'arrêté attaqué a été pris en méconnaissance du droit d'être entendu ;
- il est illégal dès lors que la décision l'obligeant à quitter le territoire français sans délai est illégale ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 novembre 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Delacour comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter, VII quater du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Delacour, magistrate désignée ;
- les observations de Me Lechevalier, représentant M. B, présent, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens, et soutient en outre que l'arrêté portant assignation à résidence, notifiée antérieurement à l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai alors non encore opposable, est dépourvue de base légale.
Le préfet de la Seine-Maritime n'était ni présent, ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, né le 11 juillet 1993 à Tbilissi, de nationalité géorgienne, déclare être entré sur le territoire français accompagné de son épouse au cours du mois de mars 2018. Le 24 août 2018, il a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile. L'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande d'asile par une décision du 31 août 2018, confirmée le 26 août 2019 par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Par un arrêté du 31 décembre 2019, le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination. Par un jugement du 5 mars 2020, le tribunal administratif de Rouen a rejeté le recours présenté à l'encontre de cet arrêté. Le 5 mars 2021, l'intéressé a sollicité l'admission exceptionnelle au séjour. Par arrêté du 16 juin 2021, le préfet de la Seine-Maritime lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé son pays de destination. Par un jugement du 31 mars 2022, le tribunal administratif de Rouen a rejeté la requête tendant à l'annulation de cet arrêté. A la suite d'un contrôle de l'intéressé par les services de police en date du 1er novembre 2024, le préfet de la Seine-Maritime a, par arrêtés du même jour, a obligé ce dernier à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination, lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an, et l'a assigné à résidence.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président / () ". En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :
3. Il ressort des termes du procès-verbal d'audition en date du 1er novembre 2024 que M. B a été entendu par les services de police sur ses conditions d'entrée et de séjour sur le territoire français, ainsi que sur sa situation professionnelle, et a été invité à s'exprimer notamment sur sa situation administrative et familiale ainsi que sur la perspective d'une mesure d'éloignement, éventuellement assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français et d'une assignation à résidence. Par suite, le moyen tiré de la violation du droit d'être entendu doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
4. En premier lieu, la décision attaquée, qui mentionne les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application, ainsi que les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, fait état de la situation administrative, personnelle et professionnelle de l'intéressé. Par suite, la décision attaquée, dont la motivation n'apparaît pas stéréotypée, énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. Il suit de là que le moyen ainsi soulevé manque en fait et doit être écarté.
5. En deuxième lieu, si la décision attaquée ne mentionne pas que le préfet ait examiné le droit au séjour de M. B, il ressort de ses termes qu'il a apprécié ses conséquences sur la vie privée et familiale de ce dernier. L'intéressé ne fait état d'aucune circonstance portée à la connaissance du préfet justifiant que lui soit délivré un titre de séjour de plein droit, ni d'aucun motif humanitaire ou exceptionnel. Le préfet doit ainsi être regardé comme ayant vérifié de manière suffisante, au vu des informations en sa possession, son droit au séjour préalablement à l'intervention de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré du défaut de vérification du droit au séjour de M. B, en méconnaissance de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
7. Si M. B se prévaut d'une durée de présence en France de plus de cinq années, de la présence en France de son épouse et de ses deux enfants, ainsi que de la résidence régulière de sa mère, chez laquelle il réside, et de deux de ses sœurs titulaires de cartes de résident en France, il ne ressort pas des pièces du dossier, ni même allégué que son épouse, de nationalité géorgienne, avec laquelle il a eu deux enfants nés sur le territoire français le 26 août 2018 et le 26 novembre 2023, se trouverait en situation régulière. En outre, aucun élément du dossier ne fait apparaître qu'il serait impossible pour son fils aîné de suivre ses parents et de poursuivre sa scolarité en Géorgie. Si le requérant invoque la nécessité d'apporter un soutien à sa mère depuis le décès de son père le 14 septembre 2024, il n'établit ni même n'allègue la nécessité pour elle de bénéficier d'une assistance à tierce personne. Il ressort par ailleurs de ses propres déclarations lors de son audition par les services de police qu'il dispose encore d'attaches familiales dans son pays d'origine, dans lequel il a vécu jusqu'à l'âge de 24 ans. Enfin, s'il a été employé en qualité d'ouvrier au sein de la société Kerdallan depuis le 1er novembre 2023, et a été recruté par la voie d'un contrat à durée indéterminée à compter du 1er juillet 2024, il ne justifie pas d'une insertion professionnelle suffisamment stable et durable. Dès lors et alors qu'il n'établit pas avoir constitué le centre de ses intérêts privés et familiaux sur le territoire français, il n'est pas fondé à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français a porté au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
8. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
9. Ainsi qu'il a été dit au point 7, il ne ressort pas des pièces du dossier, ni même allégué que son épouse, de nationalité géorgienne, avec laquelle il a eu deux enfants nés sur le territoire français le 26 août 2018 et le 26 novembre 2023, se trouverait en situation régulière. Il en résulte que la décision n'aura pas nécessairement pour effet de séparer
M. B de ses enfants. Il ne ressort pas plus des pièces du dossier que son fils aîné, âgé de six ans, ne pourrait pas poursuivre sa scolarité en Géorgie. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :
10. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français. Dès lors, il n'est pas fondé à s'en prévaloir à l'encontre de la décision lui refusant un délai de départ volontaire.
11. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / () ". Selon l'article L. 612-2 du code précité : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".
12. Si M. B est en possession d'un passeport en cours de validité, Il n'établit, ni même n'allègue avoir en outre exécuté spontanément les mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Dès lors et alors qu'il n'apporte aucun élément permettant de caractériser l'existence de circonstances particulières faisant obstacle à l'édiction de la décision contestée, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté, ainsi que celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
13. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français. Dès lors, il n'est pas fondé à s'en prévaloir à l'encontre de la décision fixant son pays de destination.
14. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".
15. D'une part, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait omis d'examiner les risques et menaces pour sa vie et liberté que l'intéressé allègue encourir en cas de retour dans son pays d'origine au regard des dispositions précitées de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'il a demeurant visé, ni qu'il se serait cru en situation de compétence liée par le rejet de sa demande d'asile par l'OFPRA et la CNDA.
16. D'autre part, si M. B soutient que sa vie et sa liberté seraient menacées en cas de retour en Géorgie, il n'apporte toutefois au soutien de ses allégations aucun commencement de preuve permettant d'en justifier de leur bien-fondé. Ainsi, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée aurait été adoptée en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dès lors, le requérant, dont la demande d'asile a été définitivement rejetée la Cour nationale du droit d'asile n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée aurait été adoptée en méconnaissance des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pas plus qu'il n'est fondé à soutenir que celle-ci procède d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
17. En premier lieu, la décision contestée, qui mentionne les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, fait référence à la durée et aux conditions de séjour de l'intéressé ainsi qu'à sa situation personnelle et familiale, et relève l'absence de circonstance humanitaire. Dès lors, elle comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivée.
18. M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision lui refusant un délai de départ volontaire. Par suite, il n'est pas fondé à se prévaloir de l'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.
19. En deuxième lieu, selon l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ".
20. M. B, qui s'est vu refuser un délai de départ volontaire, n'établit ni même ne se prévaut de circonstance humanitaire susceptible de faire obstacle au prononcé d'une interdiction de retour sur le territoire français. En outre, si sa présence ne constitue pas une menace pour l'ordre public, il ressort des éléments énoncés au point 6 que l'intéressé, dont il n'est pas établi, ni même allégué que l'épouse et mère de ses deux enfants serait en situation régulière, ne démontre pas avoir fixé le centre de ses intérêts privés et familiaux sur le territoire français, ni ne justifie d'une insertion professionnelle stable, continue et inscrite dans la durée. Dès lors, le préfet a pu, sans méconnaître les dispositions précitées, ni entacher sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation, interdire à l'intéressé de retour sur le territoire français, et en fixer la durée à une année.
21. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 6 et 8, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que de celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.
22. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 1er novembre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an.
En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :
23. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de justice administrative : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".
24. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté du 1er novembre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a obligé M. B à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an lui a été notifié le 1er novembre 2024 à 16h13, alors que l'arrêté du 1er novembre 2024 par lequel ce même préfet l'a assigné à résidence a été notifié le même jour à 16h10. Il s'ensuit que, nonobstant le faible écarte de temps entre la notification de ces deux arrêtés, la décision d'assignation à résidence a été prononcée sur le fondement d'une décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai qui n'était pas encore opposable à l'intéressé et qui ne pouvait en constituer la base légale. Par suite, le moyen tiré du défaut de base légale de l'assignation à résidence doit être accueilli.
25. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examen les autres moyens dirigés contre la décision portant assignation à résidence que M. B est seulement fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 1er novembre 2024 l'assignant à résidence.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
26. L'exécution du présent jugement implique uniquement, en application de l'article L. 614-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'il soit mis fin immédiatement aux mesures de surveillance de M. B.
Sur les frais liés au litige :
27. Il y a lieu d'admettre provisoirement M. B à l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que la SELARL Mary et Inquimbert, conseil de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à la SELARL Mary et Inquimbert d'une somme de 1 000 euros.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est provisoirement admis à l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'arrêté du 1er novembre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a assigné
M. B à résidence est annulé.
Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de M. B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que la SELARL Mary et Inquimbert renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à la SELARL Mary et Inquimbert, conseil de M. B, une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de la Seine-Maritime, et à la SELARL Mary et Inquimbert.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 décembre 2024.
La magistrate désignée,
Signé :
L. DELACOUR
La greffière,
Signé :
S. LECONTE
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Rouen — N° TA76-2503285
Le Tribunal Administratif de Rouen, statuant en urgence, a rejeté la requête de M. A, ressortissant ivoirien, qui contestait l'arrêté du préfet de la Seine-Maritime du 5 juillet 2025 l'assignant à résidence pour 45 jours. Le tribunal a jugé que le préfet était territorialement compétent pour prendre cette mesure sur le département de la Seine-Maritime. Il a estimé que la circonstance que M. A soit sans domicile fixe à Rouen mais ait des attaches à Charleval n'entachait pas la décision d'une erreur d'appréciation. La solution s'appuie sur les articles L. 731-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que sur l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme.
22/07/2025
Tribunal Administratif de Rouen — N° TA76-2503286
Le Tribunal Administratif de Rouen, statuant en urgence, a rejeté la requête de M. A, ressortissant tunisien, qui demandait l'annulation de l'arrêté du 7 juillet 2025 du préfet de l'Eure l'assignant à résidence pour 45 jours. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la condition de perspective raisonnable d'éloignement, prévue à l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), était remplie. Il a également écarté les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'erreur manifeste d'appréciation. En conséquence, la décision préfectorale a été validée.
22/07/2025
Tribunal Administratif de Rouen — N° TA76-2502933
Le Tribunal Administratif de Rouen, statuant en urgence, a rejeté la requête de M. B, ressortissant algérien, qui contestait l'arrêté préfectoral du 5 mars 2025 refusant son admission au séjour et l'obligeant à quitter le territoire. Le juge a estimé que la décision de refus de titre de séjour était suffisamment motivée et ne méconnaissait pas les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme ni l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant, compte tenu de l'absence de communauté de vie avec son enfant français et de ses antécédents judiciaires. La solution retenue s'appuie notamment sur l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
22/07/2025