vendredi 14 mars 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2404696 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | TAMBURINI-BONNEFOY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires, enregistrés le 20 novembre 2024, le 10 décembre 2024 et le 17 décembre 2024, Mme A C, représentée par Me Coubris, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'ordonner une expertise, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, portant sur les conditions de sa prise en charge médicale, à compter du 14 mars 2024, par le centre hospitalier (CH) de Bernay ;
2°) de mettre à la charge du CH de Bernay une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 décembre 2024, le CH de Bernay, représenté par Me Tamburini-Bonnefoy :
1°) formule protestations et réserves quant à sa responsabilité sans toutefois s'opposer à la mesure d'expertise sollicitée dont il demande qu'elle soit confiée à un collège d'experts ;
2°) conclut au rejet des conclusions de la requête présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par un mémoire enregistré le 5 décembre 2024, la caisse primaire d'assurance maladie du Calvados indique qu'elle n'est pas en mesure de fournir un décompte définitif et se réserve le droit de le faire ultérieurement, lorsque l'expertise aura eu lieu.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 décembre 2024, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), représenté par Me Roquelle-Meyer :
1°) à titre principal, conclut à sa mise hors de cause ;
2°) à titre subsidiaire, formule protestations et réserves quant au bien-fondé de sa mise en cause et demande que la mission confiée à l'expert soit complétée suivant les termes de son mémoire ;
3°) conclut au rejet des conclusions de la requête présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ".
2. Les mesures d'expertise demandées par Mme A C entrent dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a donc lieu de faire droit à sa demande et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.
3. En l'état de l'instruction, il n'apparaît pas manifeste que l'ensemble des séquelles dont fait état Mme C soit ne présente aucun lien avec les interventions pratiquées au CH de Bernay, soit découle exclusivement de la présence d'un champ opératoire découvert lors de la seconde intervention, à l'exclusion de tout accident médical non fautif ou de toute infection nosocomiale. Dès lors, en l'état de l'instruction, la présence de l'ONIAM aux opérations d'expertise n'est pas manifestement dépourvue d'utilité et il n'y a pas lieu de faire droit à sa demande de mise hors de cause.
4. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par Mme C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : Le Dr D B, élisant domicile au centre hospitalier Duchenne, allée Jacques Monod à Boulogne-sur-Mer (62321), est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission :
1°) de convoquer l'ensemble des parties ;
2°) de se faire communiquer l'ensemble des éléments qu'il estimera utiles au bon accomplissement de sa mission et d'entendre tout sachant ;
3°) de procéder à l'examen médical de Mme A C et de décrire son état de santé ;
4°) de décrire les soins qui lui ont été prodigués à compter du 14 mars 2024 par le CH de Bernay ;
5°) de dire si l'ensemble des soins qui lui ont été prodigués durant ses séjours dans cet établissement ont été consciencieux, attentifs et conformes aux règles de l'art et aux données acquises de la science médicale à l'époque des faits ;
6°) de dire si des manquements ont été commis lors de la prise en charge médicale de l'intéressée ;
7°) de préciser si ces éventuels manquements ont été à l'origine pour l'intéressée d'une perte de chance d'éviter les conséquences dommageables et de chiffrer cet éventuel taux de perte de chance ;
8°) dans l'hypothèse où l'expert n'aurait pas relevé de manquement ou si ceux-ci ne sont pas à l'origine de l'intégralité des dommages de la victime, de donner son avis sur le point de savoir si l'acte médical a entraîné des conséquences notablement plus graves que celles auxquelles Mme C aurait été exposé en l'absence d'intervention ; si tel n'est pas le cas, de donner son avis sur le point de savoir si la survenance du dommage présentait en l'espèce une probabilité faible (à exprimer, si possible, en pourcentage) ;
9°) de dire si Mme C a été victime d'une infection et de donner tous les éléments permettant de déterminer si elle est nosocomiale ;
10°) de donner tous les éléments utiles d'appréciation sur les responsabilités encourues ;
11°) de fixer, si possible, la date de consolidation de Mme A C ;
12°) d'évaluer les chefs de préjudices de Mme A C :
a. Préjudices patrimoniaux temporaires :
- Dépenses de santé actuelles ;
- Pertes de gains professionnels actuels ;
- Frais divers ;
b. Préjudices patrimoniaux permanents :
- Dépenses de santé futures ;
- Frais de logement adapté ;
- Frais de véhicule adapté ;
- Assistance par tierce personne ;
- Pertes de gains professionnels futurs ;
- Incidence professionnelle ;
- Préjudice scolaire, universitaire ou de formation ;
c. Préjudices extrapatrimoniaux temporaires :
- Déficit fonctionnel temporaire ;
- Souffrances endurées ;
- Préjudice esthétique temporaire ;
d. Préjudices extrapatrimoniaux permanents :
- Déficit fonctionnel permanent ;
- Préjudice d'agrément ;
- Préjudice esthétique permanent ;
- Préjudice sexuel ;
- Préjudice d'établissement ;
- Préjudices permanents exceptionnels.
13°) de se faire communiquer le relevé des débours de l'organisme social et d'indiquer si les frais qui y sont inclus sont en relation directe avec l'éventuel manquement relevé.
Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative.
Article 3 : Le rapport d'expertise sera déposé au greffe par voie électronique, via la plateforme TransfertPro (https://send.transfertpro.com/'c=TA76) à l'adresse suivante : expertises.ta-rouen@juradm.fr, dans les six mois suivant la notification de la présente ordonnance. En application des dispositions de l'article R. 621-9 du code de justice administrative, des copies du rapport seront notifiées aux parties par l'expert. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique.
Article 4 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Les conclusions de l'ONIAM tendant à sa mise hors de cause sont rejetées.
Article 7 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A C, à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Eure, à la caisse primaire d'assurance maladie du Calvados, au centre hospitalier de Bernay, à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales et au Dr D B, expert désigné.
Fait à Rouen, le 14 mars 2025.
La juge des référés,
A. GAILLARD