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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2500767

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2500767

jeudi 13 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2500767
TypeDécision
PublicationC
FormationURGENCES JU
Avocat requérantFRANCE TERRE D'ASILE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 février 2025 et un mémoire complémentaire enregistré le 24 février 2025, M. C A, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 février 2025 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans à son encontre et, en conséquence, de supprimer son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 152,45 euros par jour de retard et de procéder à un nouvel examen de sa situation.

Il soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle a été adoptée par une autorité dont il n'est pas justifié de la compétence ;

- le recours en annulation introduit contre l'obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet est toujours pendant et faisait obstacle à l'adoption d'une interdiction de retour sur le territoire français

- la décision est fondée sur une obligation de quitter le territoire français illégale ;

- la décision méconnaît les dispositions des articles L. 612-7 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision procède d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de son parcours, de son intégration en France et de son état de santé.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 mars 2025, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Bouvet, premier conseiller, comme juge du contentieux des décisions relatives à l'éloignement et à la rétention des étrangers.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bouvet ;

- les observations de Me Vincent, avocat commis d'office, pour M. A, qui reprend et développe les moyens soulevés dans la requête et précise que le caractère pendant du recours contentieux formé contre l'obligation de quitter le territoire français, qui n'est pas définitive, faisait obstacle à l'édiction d'une interdiction de retour sur le territoire français.

M. A n'était pas présent.

Le préfet de la Seine-Maritime n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant guinéen né le 15 août 2005, déclare être entré irrégulièrement en France en décembre 2021 alors qu'il était mineur et avoir été pris en charge par l'ASE de l'Ain. Il a fait l'objet, le 21 juin 2024, d'un arrêté portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français sous trente jours, édicté par le préfet de l'Ain. M. A a introduit un recours en annulation contre cet arrêté d'éloignement, le 21 octobre 2024. L'intéressé a été interpellé, le 15 février 2025, au Havre, pour, violences volontaires à l'encontre d'une personne chargée d'une mission de service public, rébellion, menaces de mort, puis placé en garde à vue. Par un arrêté du 17 février 2025, le préfet de la Seine-Maritime a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la décision d'interdiction de retour sur le territoire français en litige a été signée par Mme B, qui disposait, en qualité de chargée de mission auprès de la cheffe du bureau de l'éloignement, d'une délégation de signature du préfet de la Seine-Maritime par arrêté n° 25-012 du 23 janvier 2025, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 76-2025-018 du 23 janvier 2025, en cas d'absence ou d'empêchement du directeur des migrations et de l'intégration de la préfecture de la Seine-Maritime, de son adjointe, de la cheffe du bureau de l'éloignement et de son adjointe. Il n'est nullement établi que les personnes précitées n'étaient pas absentes ou empêchées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué manque en fait.

3. En deuxième lieu, la décision en litige mentionne avec suffisamment de précision les considérations de fait et de droit sur lesquelles elle se fonde pour mettre utilement le requérant en mesure d'en apprécier la valeur et d'en discuter la légalité. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision contestée doit, dès lors, être écarté.

4. En troisième lieu, la circonstance que le recours en annulation introduit auprès du tribunal administratif de Lyon contre l'obligation de quitter le territoire français édictée à l'encontre de M. A par la préfète de l'Ain, le 4 juin 2024, soit toujours pendant, si elle est de nature à faire obstacle à l'exécution d'office de cette mesure d'éloignement, est, par elle-même, sans effet sur le délai de départ volontaire de trente jours octroyé à l'intéressé, qui n'est ni suspendu, ni prorogé par l'exercice du recours. Par suite, le préfet de la Seine-Maritime pouvait valablement retenir, au 17 février 2025, date d'adoption de la décision contestée, que M. A s'était maintenu en France au-delà du délai de départ volontaire de trente jours qui lui avait été accordé, pour fonder la décision d'interdiction de retour sur le territoire français litigieuse. A le supposer ainsi soulevé, le moyen doit être écarté.

5. En quatrième lieu, le moyen tiré de ce que l'interdiction de retour sur le territoire français litigieuse est fondée sur une obligation de quitter le territoire français illégale, n'est pas assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. Ce moyen doit, par suite, être écarté.

6. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

7. Au cas d'espèce, d'une part, M. A a fait l'objet, le 4 juin 2024, d'une mesure d'éloignement avec délai de départ volontaire de trente jours à laquelle il n'a pas déféré. S'il justifie de problèmes de santé, de nature psychiatrique, ayant motivé deux hospitalisations, en juin 2022, à Nîmes (Gard), et en octobre 2024, au Havre, et si son état de santé justifie " un suivi régulier ", selon le certificat médical en date du 18 juin 2024 qu'il verse aux débats, les éléments qu'il produit ne font pas apparaître une situation de gravité telle qu'elle pourrait être regardée comme constitutive de circonstances humanitaires, au sens de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de nature à faire obstacle à l'édiction de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français contestée.

8. D'autre part, l'intéressé, qui réside en France depuis moins de quatre ans, est célibataire, dépourvu de charge de famille et ne justifie d'aucune véritable insertion professionnelle. M. A a été interpellé, le 14 février 2025, pour avoir porté des coups et proféré des menaces à l'encontre d'agents du foyer de l'Armée du Salut du Havre, où il était accueilli. En outre, il s'est rebellé lors de son interpellation, ce qu'il a d'ailleurs reconnu, dans l'audition du 15 février 2021, versée aux débats par l'administration, en déclarant " je reconnais que je ne me suis pas laissé faire lorsqu'ils m'ont mis les menottes ".

9. Dans ces conditions, le préfet de la Seine-Maritime a pu, sans méconnaître les dispositions citées au point n° 6, ni entacher sa décision d'erreur manifeste d'appréciation, prononcer à l'encontre du requérant, une interdiction de retour sur le territoire français et fixer la durée de cette mesure à deux ans, laquelle ne présente pas, dans les circonstances de l'espèce, de caractère disproportionné.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation formées par M. A doivent être rejetées de même que ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 mars 2025.

Le magistrat désigné,

signé

C. BOUVET

Le greffier,

signé

J-L. MICHEL

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2500767

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