jeudi 13 mars 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2500876 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | URGENCES JU |
| Avocat requérant | YOUSFI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 25 février 2025, M. A B, représenté par Me Yousfi, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 23 février 2025 du préfet de la Seine-Maritime portant prolongation d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de six mois ;
3°) d'annuler l'arrêté du même jour par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 ; à titre subsidiaire de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
La décision portant prolongation d'interdiction de retour sur le territoire français :
- est insuffisamment motivée ;
- a été adoptée par une autorité dont il n'est pas justifié de la compétence ;
- a été édictée en méconnaissance de son droit d'être entendu ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- n'a pas été précédée d'un examen sérieux de sa situation personnelle ;
L'assignation à résidence :
- est insuffisamment motivée ;
- procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- est fondée sur une décision portant refus d'octroi de délai de départ volontaire illégale.
La requête de M. B a été communiquée au préfet de la Seine-Maritime qui n'a produit aucunes observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Bouvet, premier conseiller, comme juge du contentieux des décisions relatives à l'éloignement et à la rétention des étrangers.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bouvet ;
- les observations de Me Yousfi, pour M. B, qui reprend et développe les moyens soulevés dans la requête et fait valoir, en outre, que la mesure de prolongation d'interdiction de retour sur le territoire français et la mesure d'assignation à résidence sont dépourvues de base légale, en l'absence de tout élément établissant que M. B fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français exécutoire ; que la décision portant prolongation d'interdiction de retour sur le territoire français et la décision portant assignation à résidence sont entachées d'erreur de fait dès lors que l'obligation de quitter le territoire français qui constitue leur base légale, n'existe pas ;
- les observations de M. B.
Le préfet de la Seine-Maritime n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant algérien né le 8 mars 1995, déclare être entré en France en 2022, sans plus de précisions. L'intéressé demande, à titre principal, l'annulation de l'arrêté du 23 février 2025 portant prolongation d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de six mois, ainsi que l'annulation de l'arrêté du même jour par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée, d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté portant prolongation d'interdiction de retour sur le territoire français :
3. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. () ". Aux termes de l'article L. 612-11 du même code : " L'autorité administrative peut prolonger l'interdiction de retour pour une durée maximale de deux ans dans les cas suivants : () 2° L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français au-delà du délai de départ volontaire qui lui avait été accordé ; () ".
4. M. B fait valoir que l'arrêté portant prolongation d'interdiction de retour sur le territoire français dont il fait l'objet est dépourvu de base légale. L'intéressé soutient, en particulier, que l'arrêté qui lui aurait été notifiée le 23 octobre 2023 portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois, visé par l'arrêté litigieux et qui n'est pas versé aux débats, n'existe pas. Le préfet de la Seine-Maritime, qui n'a pas produit de mémoire en défense malgré la communication de la requête, ni de bordereau de pièces et qui n'était ni présent, ni représenté à l'audience, ne justifie pas de l'existence de cet arrêté. Dans ces conditions, M. B est fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'un défaut de base légale. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens soulevés à son encontre, la décision portant prolongation d'interdiction de retour sur le territoire français litigieuse encourt l'annulation.
En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :
5. M. B fait valoir que la décision d'assignation à résidence qui lui a été notifiée est entachée d'un défaut de base légale au regard des dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur lequel se fonde l'arrêté contesté, aux termes desquelles : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ". Le requérant soutient, en particulier, que l'arrêté qui lui aurait été notifié le 23 octobre 2023 portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois, visé par l'arrêté litigieux et qui n'est pas versé aux débats, n'existe pas. Le préfet de la Seine-Maritime, qui n'a pas produit de mémoire en défense malgré la communication de la requête, ni de bordereau de pièces et qui n'était ni présent, ni représenté à l'audience, ne justifie pas de l'existence de cet arrêté. Dans ces conditions, M. B est fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'un défaut de base légale. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens soulevés à son encontre, la décision portant assignation à résidence litigieuse doit être annulée.
Sur l'injonction :
6. Eu égard aux motifs précédemment exposés, l'exécution du présent jugement implique qu'il soit mis fin à la mesure d'assignation à résidence, en application de l'article L. 614-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Sur les frais liés au litige :
7. M. B ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve de son admission définitive au bénéfice de l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Yousfi, avocat du requérant, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Yousfi de la somme de 1 000 euros au titre du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans l'hypothèse où M. B ne serait pas admis définitivement à l'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros lui sera versée directement au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : M. B est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'arrêté du 23 février 2025 du préfet de la Seine-Maritime portant prolongation d'interdiction de retour sur le territoire français est annulé.
Article 3 : L'arrêté du 23 février 2025 du préfet de la Seine-Maritime assignant M. B à résidence est annulé.
Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Yousfi renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Yousfi, conseil du requérant, une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B par le bureau d'aide juridictionnelle, une somme de 1 000 euros sera versée directement à M. B en application dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Yousfi et au préfet de la Seine-Maritime.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 mars 2025.
Le magistrat désigné,
signé
C. BOUVET
Le greffier,
signé
J-L. MICHEL
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2500876
Tribunal Administratif de Rouen — N° TA76-2503285
Le Tribunal Administratif de Rouen, statuant en urgence, a rejeté la requête de M. A, ressortissant ivoirien, qui contestait l'arrêté du préfet de la Seine-Maritime du 5 juillet 2025 l'assignant à résidence pour 45 jours. Le tribunal a jugé que le préfet était territorialement compétent pour prendre cette mesure sur le département de la Seine-Maritime. Il a estimé que la circonstance que M. A soit sans domicile fixe à Rouen mais ait des attaches à Charleval n'entachait pas la décision d'une erreur d'appréciation. La solution s'appuie sur les articles L. 731-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que sur l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme.
22/07/2025
Tribunal Administratif de Rouen — N° TA76-2503286
Le Tribunal Administratif de Rouen, statuant en urgence, a rejeté la requête de M. A, ressortissant tunisien, qui demandait l'annulation de l'arrêté du 7 juillet 2025 du préfet de l'Eure l'assignant à résidence pour 45 jours. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la condition de perspective raisonnable d'éloignement, prévue à l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), était remplie. Il a également écarté les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'erreur manifeste d'appréciation. En conséquence, la décision préfectorale a été validée.
22/07/2025
Tribunal Administratif de Rouen — N° TA76-2502933
Le Tribunal Administratif de Rouen, statuant en urgence, a rejeté la requête de M. B, ressortissant algérien, qui contestait l'arrêté préfectoral du 5 mars 2025 refusant son admission au séjour et l'obligeant à quitter le territoire. Le juge a estimé que la décision de refus de titre de séjour était suffisamment motivée et ne méconnaissait pas les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme ni l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant, compte tenu de l'absence de communauté de vie avec son enfant français et de ses antécédents judiciaires. La solution retenue s'appuie notamment sur l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
22/07/2025