jeudi 27 mars 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2500973 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | URGENCES JU |
| Avocat requérant | ALLIX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 3 mars 2025, M. B E, représenté par Me Allix, demande au tribunal :
1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 23 février 2025 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a prolongé d'un an la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à son encontre ;
2°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 23 février 2025 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a assigné à résidence ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de réexaminer sa situation dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
L'arrêté portant prolongation de l'interdiction de retour sur le territoire français :
- a été signé par une personne ne disposant pas d'une délégation de signature ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
L'arrêté portant assignation à résidence :
- a été signé par une personne ne disposant pas d'une délégation de signature ;
- méconnaît les dispositions des articles L. 731-1 et L. 732-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 18 mars 2025, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
Par une décision du 2 janvier 2025, le président du tribunal a désigné M. D pour statuer sur les requêtes régies par les procédures visées au chapitre Ier du titre II du livre IX du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 19 mars 2025, après avoir présenté son rapport, le magistrat désigné a entendu les observations de Me Allix, représentant M. E, qui a repris les conclusions et moyens exposés dans la requête.
Le préfet de la Seine-Maritime n'était pas présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, à 11 h 23, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Considérant ce qui suit :
1. M. B E, ressortissant algérien né le 7 juillet 1998, déclare être entré le 14 septembre 2022 sur le territoire français. Par suite d'un placement en retenue administrative, le 1er août 2023, ayant donné lieu à vérification du droit au séjour de l'intéressé, et par un arrêté du même jour, le préfet de la Seine-Maritime lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a prononcé une interdiction de retour d'une durée d'un an. Par suite d'un contrôle d'identité, le 23 février 2025, ayant donné lieu à vérification du droit au séjour de M. E, et par le premier arrêté attaqué du même jour, le préfet de la Seine-Maritime a prolongé d'un an la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à son encontre. Par le second arrêté attaqué du même jour, le préfet de la Seine-Maritime a assigné l'intéressé à résidence.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire en application des dispositions précitées.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les deux arrêtés attaqués :
4. Par arrêté du 17 janvier 2025, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, Mme A C, sous-préfète du Havre, a reçu délégation du préfet de la Seine-Maritime à l'effet de signer tous arrêtés relevant de ses attributions dans les limites de l'arrondissement du Havre. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
En ce qui concerne l'arrêté portant prolongation de l'interdiction de retour :
5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut prolonger l'interdiction de retour pour une durée maximale de deux ans dans les cas suivants : / 1° L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français alors qu'il était obligé de le quitter sans délai ; () / Compte tenu des prolongations éventuellement décidées, la durée totale de l'interdiction de retour ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, sauf menace grave pour l'ordre public ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".
6. Il est constant que M. E n'a pas exécuté l'obligation de quitter le territoire français sans délai édictée par l'arrêté du 1er août 2023 du préfet de la Seine-Maritime. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que la présence en France de M. E est récente. En dehors de son frère et d'un oncle, à propos desquels aucune pièce n'est versée, il ne dispose pas d'attache familiale significative. L'intéressé ne justifie pas de l'activité professionnelle alléguée, ni, en dehors de sa pratique sportive, d'une insertion sociale particulière. Dans ces conditions et alors au demeurant que M. E n'établit, ni même n'allègue, avoir engagé de démarche en vue de la régularisation de sa situation administrative, le préfet n'a pas, en usant de la faculté de porter à deux ans la durée de l'interdiction de retour édictée à son encontre, méconnu les dispositions précitées. Ce moyen doit par suite être écarté.
7. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
8. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, le moyen, soulevé dans les mêmes termes, tiré de la méconnaissance des stipulations précitées, doit être écarté. Il en va de même, pour les mêmes motifs, du moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de l'arrêté attaqué sur la situation personnelle de M. E.
En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :
9. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ". Aux termes de l'article L. 732-4 du même code : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. / Elle est renouvelable deux fois dans la même limite de durée ".
10. Ainsi qu'il a été dit au point 6, M. E a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire sans délai. En se bornant à soutenir que " l'assignation à résidence n'est pas automatique " et qu'" aucun élément ne justifiait la prise d'une telle mesure ", l'intéressé n'assortit pas le moyen des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé, alors en outre que le préfet, qui verse à l'instance des pièces concernant ses diligences accomplies auprès des autorités consulaires algériennes, démontre que son éloignement demeure une perspective raisonnable. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté. Il en va de même, pour les mêmes motifs, du moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de l'arrêté attaqué sur la situation personnelle de M. E.
11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des deux arrêtés du 23 février 2025 du préfet de la Seine-Maritime doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles présentées au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : M. E est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de M. E est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B E, à Me Allix et au préfet de la Seine-Maritime.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 27 mars 2025.
Le magistrat désigné,
J. DLa greffière,
A. Lenfant
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Rouen — N° TA76-2503285
Le Tribunal Administratif de Rouen, statuant en urgence, a rejeté la requête de M. A, ressortissant ivoirien, qui contestait l'arrêté du préfet de la Seine-Maritime du 5 juillet 2025 l'assignant à résidence pour 45 jours. Le tribunal a jugé que le préfet était territorialement compétent pour prendre cette mesure sur le département de la Seine-Maritime. Il a estimé que la circonstance que M. A soit sans domicile fixe à Rouen mais ait des attaches à Charleval n'entachait pas la décision d'une erreur d'appréciation. La solution s'appuie sur les articles L. 731-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que sur l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme.
22/07/2025
Tribunal Administratif de Rouen — N° TA76-2503286
Le Tribunal Administratif de Rouen, statuant en urgence, a rejeté la requête de M. A, ressortissant tunisien, qui demandait l'annulation de l'arrêté du 7 juillet 2025 du préfet de l'Eure l'assignant à résidence pour 45 jours. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la condition de perspective raisonnable d'éloignement, prévue à l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), était remplie. Il a également écarté les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'erreur manifeste d'appréciation. En conséquence, la décision préfectorale a été validée.
22/07/2025
Tribunal Administratif de Rouen — N° TA76-2502933
Le Tribunal Administratif de Rouen, statuant en urgence, a rejeté la requête de M. B, ressortissant algérien, qui contestait l'arrêté préfectoral du 5 mars 2025 refusant son admission au séjour et l'obligeant à quitter le territoire. Le juge a estimé que la décision de refus de titre de séjour était suffisamment motivée et ne méconnaissait pas les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme ni l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant, compte tenu de l'absence de communauté de vie avec son enfant français et de ses antécédents judiciaires. La solution retenue s'appuie notamment sur l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
22/07/2025