vendredi 14 mars 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2501079 |
| Type | Décision |
| Formation | URGENCES JU |
| Avocat requérant | SIFFERT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique enregistrés le 8 mars 2025 et le 14 mars 2025, M. D A C, représenté par Me Siffert, demande au tribunal :
1) d'annuler l'arrêté du 19 février 2025 par lequel le préfet de le Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ;
2) d'enjoindre au préfet de le Seine-Maritime de réexaminer sa situation et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire sous astreinte de 152,45 euros par jour de retard.
M. A C soutient que :
* Sa requête est recevable car la notification qui lui a été remise faisait état d'un délai de recours de trente jours.
* Les décisions :
ont été adoptées par une autorité incompétente ;
sont insuffisamment motivées ;
procèdent d'une erreur manifeste d'appréciation.
* La décision de refus de titre de séjour :
a été adoptée à la suite d'une procédure irrégulière car la convocation à la commission du titre de séjour ne lui a pas été notifiée et qu'il n'a pas pu se rendre à la réunion de cette commission ;
la décision repose sur des faits inexacts car il est diplômé de plusieurs universités françaises ;
il a tissé des relations sociales en France où vivent ses frères.
Par des pièces et deux mémoires en défense, enregistrés le 8 mars, le 13 mars et le 14 mars 2025, le préfet de le Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A C ne sont pas fondés.
Vu :
la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. B comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;
les autres pièces du dossier.
Vu :
la Constitution ;
la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir au cours de l'audience publique du 14 mars 2025, présenté son rapport et entendu les observations orales de M. A C, dont l'avocat, Me Siffert, ne s'est pas présenté à l'audience, qui soutient que :
* il a été incarcéré entre avril 2024 et mars 2025 ;
* il résidait et réside toujours à la même adresse ;
* il est tombé malade durant ses études et devait se reposer ce qui explique son insuccès ;
* deux de ses frères résident en France et ses parents vivent au Canada.
L'instruction étant close à l'issue de l'audience à 14 heures 50, en application de l'article R.922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C, ressortissant de République démocratique du Congo, né le 31 mai 1987, est entré sur le territoire français le 1er septembre 2013 sous couvert d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant ". Il a bénéficié de titres en cette qualité jusqu'au 31 décembre 2021. Suite à sa demande de renouvellement de son droit au séjour, le 5 novembre 2021, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui accorder le titre sollicité et a adopté à son encontre une obligation de quitter le territoire français à laquelle il n'a pas déféré. Le 13 mai 2022, il a fait l'objet d'une interdiction de retour sur le territoire français et d'une assignation à résidence. Le 4 mars 2023, une nouvelle obligation de quitter le territoire français assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans ont été adoptées à son encontre, auxquelles il n'a pas déféré. Le 14 novembre 2023, M. A C a sollicité son admission exceptionnelle au séjour. Par arrêté du 21 février 2025, le préfet de le Seine-Maritime a refusé de faire droit à sa demande et a pris à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai, une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans aux motifs que ses liens avec la France ne sont pas intenses, anciens et stables, qu'il ne travaille pas, qu'il n'a pas obtenu son master pour lequel il a été inscrit à compter de 2015, que condamné le 20 décembre 2022 pour des faits de dégradations ou détérioration de biens et interpelé plusieurs fois pour des faits de violence sur personne dépositaire de l'autorité publique et rébellion, il présente une menace pour l'ordre public, que la commission du titre de séjour a rendu un avis défavorable, qu'il a fait l'objet de deux mesures d'éloignement, qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et que M. A C n'allègue pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. M. A C, placé en rétention administrative, demande l'annulation de ces décisions.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. () ". Aux termes de l'article L. 432-15 du même code : " L'étranger est convoqué par écrit au moins quinze jours avant la date de la réunion de la commission qui doit avoir lieu dans les trois mois qui suivent sa saisine ; il peut être assisté d'un conseil ou de toute personne de son choix et être entendu avec l'assistance d'un interprète. / () ". Enfin aux termes de l'article R. 432-14 du même code : " Devant la commission du titre de séjour, l'étranger fait valoir les motifs qu'il invoque à l'appui de sa demande d'octroi ou de renouvellement d'un titre de séjour. Un procès-verbal enregistrant ses explications est transmis au préfet avec l'avis motivé de la commission. L'avis de la commission est également communiqué à l'intéressé ".
3. Il résulte de ces dispositions que la convocation, par écrit, de l'étranger devant la commission prévue à l'article L. 432-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile constitue une garantie instituée au profit de l'étranger qui doit lui permettre de faire valoir les motifs invoqués à l'appui de sa demande de titre de séjour. M. A C soutient ne pas avoir reçu la convocation à la réunion de la commission du titre de séjour. En défense, le préfet de la Seine-Maritime produit la copie de l'enveloppe, dont il n'est pas contesté qu'elle contenait la convocation en litige du 24 octobre 2024, adressée en courrier recommandé avec avis de réception comportant la mention " destinataire inconnu à l'adresse ". Il ressort toutefois des pièces du dossier que, si ledit courrier a été adressé au " 8 rue Bonvoisin " au Havre, le conseil de M. A C avait, par courrier du 9 août 2024 adressé en recommandé avec avis de réception, indiqué au préfet de la Seine-Maritime que l'intéressé avait élu domicile à son office pour toutes correspondances liées à sa situation administrative. Par suite, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas adressé le courrier de convocation devant la commission du titre de séjour à la dernière adresse connu de M. A C alors, au surplus, que l'autorité préfectorale ne pouvait raisonnablement ignorer que le requérant était incarcéré durant cette période, comme cela ressort notamment de la notification de l'arrêté contesté. Par suite, le préfet de la Seine-Maritime n'ayant pas régulièrement convoqué M. A C, ce dernier est fondé à soutenir qu'il a été privé d'une garantie et, pour ce motif, à demander l'annulation de la décision portant refus de séjour ainsi, par voie de conséquence, que l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai, de la décision fixant le pays de son renvoi et de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
4. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. " Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. "
5. Le présent jugement implique nécessairement, outre la fin de la rétention administrative, que le préfet territorialement compétent statue à nouveau sur le cas de M. A C, dans le délai de deux mois à compter de sa notification. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 19 février 2025 par lequel le préfet de le Seine-Maritime a refusé de délivrer à M. A C un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet territorialement compétent de procéder au réexamen de la demande de M. A C dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le surplus de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D A C et au préfet de le Seine-Maritime.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mars 2025.
Le magistrat désigné,
Signé :
T. B
La greffière,
Signé :
P. HIS
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Rouen — N° TA76-2503285
Le Tribunal Administratif de Rouen, statuant en urgence, a rejeté la requête de M. A, ressortissant ivoirien, qui contestait l'arrêté du préfet de la Seine-Maritime du 5 juillet 2025 l'assignant à résidence pour 45 jours. Le tribunal a jugé que le préfet était territorialement compétent pour prendre cette mesure sur le département de la Seine-Maritime. Il a estimé que la circonstance que M. A soit sans domicile fixe à Rouen mais ait des attaches à Charleval n'entachait pas la décision d'une erreur d'appréciation. La solution s'appuie sur les articles L. 731-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que sur l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme.
22/07/2025
Tribunal Administratif de Rouen — N° TA76-2503286
Le Tribunal Administratif de Rouen, statuant en urgence, a rejeté la requête de M. A, ressortissant tunisien, qui demandait l'annulation de l'arrêté du 7 juillet 2025 du préfet de l'Eure l'assignant à résidence pour 45 jours. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la condition de perspective raisonnable d'éloignement, prévue à l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), était remplie. Il a également écarté les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'erreur manifeste d'appréciation. En conséquence, la décision préfectorale a été validée.
22/07/2025
Tribunal Administratif de Rouen — N° TA76-2502933
Le Tribunal Administratif de Rouen, statuant en urgence, a rejeté la requête de M. B, ressortissant algérien, qui contestait l'arrêté préfectoral du 5 mars 2025 refusant son admission au séjour et l'obligeant à quitter le territoire. Le juge a estimé que la décision de refus de titre de séjour était suffisamment motivée et ne méconnaissait pas les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme ni l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant, compte tenu de l'absence de communauté de vie avec son enfant français et de ses antécédents judiciaires. La solution retenue s'appuie notamment sur l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
22/07/2025