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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2501261

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2501261

lundi 24 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2501261
TypeDécision
PublicationC
FormationURGENCES JU
Avocat requérantLANGUIL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 mars 2025 et un mémoire complémentaire enregistré le 20 mars 2025, Mme D demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 mars 2025 par lequel le préfet du Nord lui a fait obligation de quitter le territoire français, sans délai, a fixé son pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'un an et, en conséquence, de supprimer son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 152,45 euros par jour de retard et de réexaminer sa situation.

Mme A soutient que :

L'obligation de quitter le territoire français :

- a été adoptée par une autorité incompétente ;

- a été adoptée en méconnaissance de son droit d'être entendue ;

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- est entachée d'erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'erreur de droit au regard des dispositions de l'article 21 de la convention d'application de l'accord de Schengen ;

- méconnaît sa situation personnelle et familiale ;

- procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Le refus d'octroi de délai de départ volontaire :

- a été adopté par une autorité incompétente ;

- est insuffisamment motivé ;

- est fondé sur une obligation de quitter le territoire français illégale ;

- méconnaît sa situation personnelle et familiale ;

- procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;

La décision fixant son pays de destination :

- a été adoptée par une autorité incompétente ;

- est insuffisamment motivée ;

- est fondée sur une obligation de quitter le territoire français illégale ;

- est entachée d'erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 621-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît sa situation personnelle et familiale ;

- procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;

L'interdiction de retour sur le territoire français :

- a été adoptée par une autorité incompétente ;

- est insuffisamment motivée ;

- est fondée sur une obligation de quitter le territoire français illégale ;

- méconnaît sa situation personnelle et familiale ;

- procède d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 612-7 et L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 mars 2025, le préfet du Nord, représenté par la SELARL Centaure Avocats conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal administratif de Rouen a désigné M. Bouvet comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter et VII quater du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 24 mars 2025, à 14 heures, ont été entendus :

- le rapport de M. Bouvet, magistrat désigné ;

- les observations de Me Languil, avocat commis d'office, pour Mme A, qui reprend et développe les conclusions et moyens soulevés dans la requête et précise, en outre, que la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à l'encontre de la requérante est disproportionnée.

- les observations de Mme A, assistée de Mme B, interprète en chinois.

Le préfet du Nord n'était ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante chinoise née le 12 février 1972 a été interpellée, le 17 mars 2025, dans le secteur de la gare de Lille Flandres, dans le cadre d'une opération de contrôle d'identité effectuée sur réquisition du Procureur de la République de Lille. Elle a fait l'objet, le 18 mars 2025, d'un arrêté d'éloignement du préfet du Nord et a été placée en rétention administrative. Par la présente instance, Mme A demande l'annulation de l'arrêté d'éloignement.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions litigieuses :

2. En premier lieu, Mme C, chef du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière à la préfecture du Nord, était compétente pour signer les décisions en litige, en vertu d'un arrêté du préfet de ce département du 4 mars 2025, publié le même jour au recueil spécial des actes administratifs n° 2025-07, versé aux débats par l'administration. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté litigieux manque donc en fait.

3. En second lieu, l'arrêté attaqué mentionne avec suffisamment de précision les considérations de fait et de droit sur lesquelles sont fondées les décisions qu'il comporte pour mettre utilement la requérante en mesure d'en apprécier la valeur et d'en discuter la légalité. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté litigieux doit, dès lors, être écarté.

4. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Nord aurait manqué à son obligation de procéder à un examen particulier de la situation personnelle de Mme A avant d'édicter l'arrêté en litige. Le moyen soulevé en ce sens doit, par conséquent, être écarté.

En ce qui concerne la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme A a été entendue, le 17 mars 2025, par la Police aux Frontières de Lille (Nord), sur son parcours migratoire et sur la perspective de l'adoption d'une mesure d'éloignement à son encontre. Dans ce cadre, l'intéressée a été mise à même de faire valoir toutes observations qu'elle jugeait utiles sur sa situation personnelle. Elle n'est ainsi pas fondée à soutenir que son droit à être entendue protégé, notamment, par les dispositions de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, a été méconnu.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation () à la décision portant obligation de quitter le territoire français prévue à l'article L. 611-1 et à la mise en œuvre des décisions prises par un autre État prévue à l'article L. 615-1, l'étranger peut être remis, en application des conventions internationales ou du droit de l'Union européenne, aux autorités compétentes d'un autre État, lorsqu'il se trouve dans l'un des cas prévus aux articles L. 621-2 à L. 621-7. () ". Aux termes de l'article L. 621-2 du même code : " Peut faire l'objet d'une décision de remise aux autorités compétentes d'un Etat membre de l'Union européenne, de la République d'Islande, de la Principauté du Liechtenstein, du Royaume de Norvège ou de la Confédération suisse l'étranger qui, admis à entrer ou à séjourner sur le territoire de cet Etat, a pénétré ou séjourné en France sans se conformer aux dispositions des articles L. 311-1, L. 311-2 et L. 411-1, en application des dispositions des conventions internationales conclues à cet effet avec cet État, en vigueur au 13 janvier 2009. ".

7. Mme A fait valoir que le préfet a entaché sa décision d'erreur de droit au regard des dispositions précitées en n'examinant pas la possibilité de sa réadmission vers l'Espagne. Toutefois, l'intéressée ne dispose d'aucun titre l'autorisant à séjourner sur le territoire de cet Etat, ni d'aucun autre Etat listé par les dispositions citées au point précédent, ainsi qu'elle l'a elle-même indiqué dans son audition du 17 mars 2025 et confirmé, par ses déclarations à l'audience. Par suite, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est entachée d'aucune erreur de droit. Pour les mêmes motifs, la décision ne méconnaît pas les dispositions de l'article 21 de la convention d'application de l'accord Schengen.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

9. Ainsi qu'il a été exposé, Mme A a été interpellée, le 17 mars 2025 dans le secteur de la gare de Lille Flandres. Selon ses déclarations, consignées sur procès-verbal du même jour, elle était arrivée sur le territoire national le jour de son interpellation. Il ne ressort pas des pièces du dossier et il n'est pas allégué que la requérante n'aurait jamais envisagé de s'installer en France, pays où elle ne soutient d'ailleurs pas disposer d'attaches personnelles ou familiales. Dans ces conditions, le préfet du Nord n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme A en l'obligeant à quitter le territoire français.

10. En dernier lieu, au regard de l'ensemble des éléments précédemment exposés, l'erreur manifeste d'appréciation invoquée par la requérante, n'est pas établie.

En ce qui concerne la décision de refus d'octroi de délai de départ volontaire :

11. En premier lieu, les moyens soulevés à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français ayant tous été écartés, Mme A n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de cette décision, au soutien de ses conclusions dirigées contre la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire. Ce moyen doit, par conséquent, être écarté.

12. En second lieu, pour les motifs exposés aux points n° 9 et 10, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation, doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

13. En premier lieu, les moyens soulevés à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français ayant tous été écartés, Mme A n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de cette décision, au soutien de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination de cette mesure d'éloignement. Ce moyen doit, par conséquent, être écarté.

14. En deuxième lieu, pour les motifs exposés au point n° 7, le moyen tiré de l'erreur de droit dans l'application des dispositions de l'article L. 621-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit être écarté.

15. En dernier lieu, pour les motifs exposés aux points précédents, le moyen tiré de l'atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme A et le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation, doivent être écartés.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

16. En premier lieu, les moyens soulevés à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français ayant tous été écartés, Mme A n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de cette décision, au soutien de ses conclusions dirigées contre la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'un an à son encontre. Ce moyen doit, par conséquent, être écarté.

17. En deuxième lieu, Mme A, qui fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai, ne se prévaut d'aucune circonstance humanitaire faisant obstacle à l'édiction d'une interdiction de retour sur le territoire français. En outre, pour les motifs exposés au point n° 9, nonobstant la double circonstance que Mme A n'a jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement et qu'elle ne représente pas une menace pour l'ordre public, le préfet du Nord n'a pas entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

18. En dernier lieu, pour les motifs exposés aux points précédents, le moyen tiré de l'atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme A et le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation, doivent être écartés.

19. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 18 mars 2025 du préfet du Nord. Sa requête doit dès lors être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E A et au préfet du Nord.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 mars 2025.

Le magistrat désigné,

Signé :

C. BOUVET

La greffière,

Signé :

A. LENFANT

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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