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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2501310

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2501310

jeudi 10 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2501310
TypeDécision
PublicationC
FormationURGENCES JU
Avocat requérantSEYREK

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rouen, statuant en urgence, a annulé l'arrêté du 14 mars 2025 par lequel le préfet de la Seine-Maritime obligeait M. A, ressortissant ivoirien, à quitter le territoire français sans délai, fixait le pays de destination et prononçait une interdiction de retour d'un an, ainsi que l'arrêté d'assignation à résidence. La juridiction a estimé que la mesure d'éloignement portait une atteinte disproportionnée au droit à la vie privée et familiale de M. A, garanti par l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, compte tenu de sa relation de concubinage avec une ressortissante française et de sa contribution à l'entretien de ses deux enfants mineurs nés en France. En conséquence, le tribunal a fait droit à la demande d'annulation du requérant.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 mars 2025, M. B A, représenté par Me Seyrek, demande au Tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 14 mars 2025 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) d'annuler l'arrêté du 14 mars 2025 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

4°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de renonciation de son conseil eu versement de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- son interpellation et son placement en retenue sont irréguliers.

- la décision portant obligation de quitter le territoire français :

*a été prise par une autorité incompétente ;

*est insuffisamment motivée ;

*a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendu ;

*méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

*est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

- la décision refusant un délai de départ volontaire :

*est insuffisamment motivée ;

*a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendu ;

*est dépourvue de base légale eu égard à l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français qui lui sert de fondement ;

*méconnaît la directive retour ;

*méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

*est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

- la décision fixant le pays de destination :

*est insuffisamment motivée ;

*a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendu ;

*est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle.

- la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

*a été prise par une autorité incompétente ;

*est insuffisamment motivée ;

*méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

- la décision d'assignation à résidence :

*a été prise par une autorité incompétente ;

*est insuffisamment motivée ;

*est dépourvue de base légale compte-tenu de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français qui lui sert de fondement ;

*est entachée d'erreur de droit ;

*est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er avril 2025, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. Armand comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;

­ les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 3 avril 2025, ont été entendus :

- le rapport de M. Armand ;

- et les observations de M. A.

Le préfet de la Seine-Maritime n'était ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant ivoirien né le 7 mai 1980, déclare être entré en France en 2020 et y être revenu après avoir fait l'objet d'un transfert aux autorités allemandes en 2021. Il demande au tribunal d'annuler, d'une part, l'arrêté du 14 mars 2025 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an et, d'autre part, l'arrêté du même jour par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Il ressort des pièces du dossier que M. A est le père de deux enfants mineurs, issus d'une précédente relation, nés le 1er avril 2019 et le 1er août 2022, dont le dernier en France, pour lesquels il contribue à l'entretien et à l'éducation, dans la mesure de ses moyens, malgré la séparation de sa conjointe. En outre, le requérant entretient une relation de concubinage effective avec une ressortissante française depuis octobre 2024. Dans ces conditions, et alors même qu'il n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident ses parents, ses frères et une de ses sœurs, M. A est fondé à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français sans délai a porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être accueilli.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision du 14 mars 2025 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a obligé M. A à quitter le territoire français sans délai doit être annulée, ainsi que, par voie de conséquence, les décisions du même jour fixant le pays de renvoi, lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée d'un an et l'assignant à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur les conclusions à fins d'injonction et d'astreinte :

6. D'une part, le présent jugement implique, en application des dispositions de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que l'administration procède au réexamen de la situation administrative de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et qu'elle le munisse, dans l'attente d'une nouvelle décision, d'une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

7. D'autre part, en application de l'article R. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il appartient au préfet de la Seine-Maritime ou à tout préfet territorialement compétent de procéder à la suppression du signalement de M. A aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Sur les frais d'instance :

8. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Par suite, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Seyrek, avocate de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Seyrek de la somme de 1 000 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros lui sera versée directement.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Les arrêtés du préfet de la Seine-Maritime du 14 mars 2025 sont annulés.

Article 3 : Il est enjoint au préfet territorialement compétent de procéder au réexamen de la situation de M. A dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente d'une nouvelle décision, une autorisation provisoire de séjour.

Article 4 : L'État versera la somme de 1 000 euros à Me Seyrek, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve de l'admission définitive de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle et que Me Seyrek renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros lui sera versée directement.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Seyrek et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2025.

Le magistrat désigné,

G. ARMANDLa greffière,

A. LENFANT

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2501310

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