jeudi 10 avril 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2501621 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | URGENCES JU |
| Avocat requérant | MARY-INQUIMBERT |
Vu :
- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Esnol comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention de Genève du 28 juillet 1951 et le protocole signé à New York le 31 janvier 1967 relatifs au statut des réfugiés ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Esnol, magistrate désignée,
- les observations de Me Piaud Perez, avocate commise d'office, représentant M. B qui abandonne le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte dirigé à l'encontre de l'ensemble des décisions attaquées, qui maintient les autres moyens de la requête et soulève, en outre à l'encontre de l'arrêté attaqué, le moyen tiré du défaut d'examen de la situation personnelle du requérant pour les mêmes motifs que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation et le moyen tiré de l'erreur de fait dès lors que M. B est entrée régulièrement en accompagnant son père qui s'est vu reconnaître le statut et la qualité de réfugié, et qui insiste sur le fait que M. B a sollicité le statut d'apatride auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dès lors les autorités rwandaises qui ont été sollicitées à plusieurs reprises n'ont pas reconnues M. B comme un ressortissant rwandais et que cette demande est toujours pendante à la date de la décision attaquée ;
- et les observations de M. B, qui indique être en couple avec une ressortissante française, que son père est présent en France et qu'il a travaillé dans le domaine du " bâtiment ".
Le préfet de la Seine-Maritime n'était ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant rwandais né le 5 février 1993, déclare être entré sur le territoire français le 28 février 2002. M. B a fait l'objet d'obligations de quitter le territoire français les 23 juin 2023 et 12 juillet 2024, confirmées par les tribunaux administratifs d'Amiens et de Rouen. Le 3 avril 2025, l'intéressé a été interpellé. Par un arrêté du 4 avril 2025, dont M. B retenu au centre de rétention de Oissel, demande l'annulation, le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Aux termes des dispositions de l'article L. 582-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " () Aucune décision sur une demande de statut d'apatride ne peut naître du silence gardé par l'office. ".
3. Il ressort des pièces du dossier et des mentions mêmes de l'arrêté attaqué que la demande d'admission au séjour présentée par M. B au bénéfice de l'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 8 septembre 2022, décision confirmée par la Cour nationale du droit d'Asile le 24 mai 2023, valablement notifiée le 2 juin 2023. Toutefois M. B produit la preuve de l'enregistrement par l'OFPRA de sa demande d'admission au statut d'apatride le 8 août 2024. En application des dispositions précitées de l'article L. 582-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, aucune décision implicite n'est intervenue du fait du silence de l'Office. Or, malgré une demande adressée en ce sens, le préfet de la Seine-Maritime ne produit aucun élément de nature à établir que l'OFRPA aurait statué sur la demande de reconnaissance du statut d'apatride présentée par M. B. Par ailleurs l'intéressé a clairement mentionné lors de son audition du 4 avril 2025, préalable à l'arrêté attaqué avoir " déposer un dossier d'apatridie auprès de l'OFPRA qui est toujours en cours d'examen ". L'arrêté attaqué ne fait toutefois aucune mention de cette demande de reconnaissance du statut d'apatride en cours d'examen. Si aucune disposition législative ou réglementaire ni aucun principe du droit n'ouvre droit au séjour provisoire en cas de demande d'apatridie cette lacune dans les motifs de l'arrêté critiqué révèle un défaut d'examen particulier de la situation personnelle du requérant dès lors qu'il n'a pas été tenu compte des circonstances pouvant éventuellement faire obstacle à l'adoption d'une mesure d'éloignement. Dès lors et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, l'ensemble des décisions contenues dans l'arrêté attaqué portant obligation de quitter le territoire français, refusant un délai de départ volontaire, fixant le pays de renvoi et interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans, doivent être annulées.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
4. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. "
5. En application de ces dispositions, le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au préfet de la Seine-Maritime, ou au préfet territorialement compétent, de procéder à un nouvel examen de la situation de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et de le munir, dans cette attente, d'une autorisation provisoire de séjour.
6. Aux termes de l'article R. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les modalités de suppression du signalement d'un étranger effectué au titre d'une décision d'interdiction de retour sont celles qui s'appliquent, en vertu de l'article 7 du décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées, aux cas d'extinction du motif d'inscription dans ce traitement ".
7. L'exécution du présent jugement seulement implique, en application des dispositions précitées, la suppression du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, ainsi que, le cas échéant, de l'inscription au fichier des personnes recherchées, dans les conditions prévues à l'article 7 du décret du 28 mai 2010 susvisé, en tant qu'ils découlent de l'arrêté annulé. Il y a dès lors lieu d'enjoindre au préfet compétent de procéder à cette suppression dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.
8. Il n'y a pas lieu d'assortir ces injonctions d'une astreinte.
D E C I D E :
Article 1er : Les décisions du 4 avril 2025, par lesquelles le préfet de la Seine-Maritime a obligé M. B à quitter le territoire français, a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et lui a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans, sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Maritime ou à tout préfet territorialement compétent de réexaminer la situation de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Maritime ou à tout préfet territorialement compétent de procéder à la suppression du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen dont fait l'objet M. B, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Seine-Maritime.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 avril 2025.
La magistrate désignée,
Signé
B. ESNOL
La greffière,
Signé
C. DUPONT
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
La greffière,
Signé
C. Dupont
N°2501621
Tribunal Administratif de Rouen — N° TA76-2503285
Le Tribunal Administratif de Rouen, statuant en urgence, a rejeté la requête de M. A, ressortissant ivoirien, qui contestait l'arrêté du préfet de la Seine-Maritime du 5 juillet 2025 l'assignant à résidence pour 45 jours. Le tribunal a jugé que le préfet était territorialement compétent pour prendre cette mesure sur le département de la Seine-Maritime. Il a estimé que la circonstance que M. A soit sans domicile fixe à Rouen mais ait des attaches à Charleval n'entachait pas la décision d'une erreur d'appréciation. La solution s'appuie sur les articles L. 731-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que sur l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme.
22/07/2025
Tribunal Administratif de Rouen — N° TA76-2503286
Le Tribunal Administratif de Rouen, statuant en urgence, a rejeté la requête de M. A, ressortissant tunisien, qui demandait l'annulation de l'arrêté du 7 juillet 2025 du préfet de l'Eure l'assignant à résidence pour 45 jours. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la condition de perspective raisonnable d'éloignement, prévue à l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), était remplie. Il a également écarté les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'erreur manifeste d'appréciation. En conséquence, la décision préfectorale a été validée.
22/07/2025
Tribunal Administratif de Rouen — N° TA76-2502933
Le Tribunal Administratif de Rouen, statuant en urgence, a rejeté la requête de M. B, ressortissant algérien, qui contestait l'arrêté préfectoral du 5 mars 2025 refusant son admission au séjour et l'obligeant à quitter le territoire. Le juge a estimé que la décision de refus de titre de séjour était suffisamment motivée et ne méconnaissait pas les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme ni l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant, compte tenu de l'absence de communauté de vie avec son enfant français et de ses antécédents judiciaires. La solution retenue s'appuie notamment sur l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
22/07/2025