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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2601352

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2601352

mardi 31 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2601352
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantSTERENN LAW

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rouen, statuant en référé-suspension, rejette la demande de Mme B... visant à suspendre la décision préfectorale lui ordonnant de restituer ses titres d'identité. Le juge estime que la condition d'urgence n'est pas caractérisée, considérant que l'absence de passeport ou de carte d'identité ne constitue pas en soi un obstacle à la libre circulation. Il relève également l'absence de doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée, fondée sur un refus de certificat de nationalité française postérieur au certificat initial. La décision s'appuie sur les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 mars 2026, et un mémoire complémentaire enregistré le 26 mars 2026, Mme C... B..., représentée par Me Rooryck-Sarret, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d’ordonner la suspension de l’exécution de la décision du préfet de la Seine-Maritime du 2 avril 2025 lui demandant de restituer sa carte nationale d’identité et son passeport en cours de validité ;

2°) d’enjoindre à l’administration d’autoriser l’émission d’une carte nationale d’identité et d’un passeport dans l’attente d’un jugement au fond, de lever son inscription au fichier des personnes recherchées sous quinzaine, et de lui délivrer un passeport et une carte d’identité sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l’État une somme de 1000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- la condition relative à l’urgence est remplie, dès lors que la décision attaquée la prive de ses documents d’identité et de voyage, indispensables à sa vie familiale sociale et administrative, ce qui porte une atteinte grave et immédiate à ses droits ; qu’elle est en particulier empêchée de voyager avec ses enfants ; qu’en outre, la décision attaquée a pour effet d’entrainer son inscription au fichier des personnes recherchées institué par le décret n°2010-569 du 28 mai 2010 ; qu’enfin, son époux, qui subvient seul aux besoins de la famille composée de neuf enfants, s’est également vu enjoindre le même jour qu’elle de restituer ses propres titres d’identité au seul motif de l’intervention de la décision la concernant fondée sur un refus de certificat de nationalité française intervenu en 2016 ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige, dès lors que :
- elle méconnait l’article 31-2 du code civil dès lors que son certificat de nationalité française délivré en 2001 fait foi jusqu’à preuve du contraire, et que le refus ultérieur d’un certificat de nationalité française intervenu en 2016 ne prive pas d’effet le certificat de nationalité française obtenu en 2001 ;
- elle est illégale dès lors que l’administration ne peut pas ordonner un retrait de titre d’identité sur le seul fondement d’un refus de certificat de nationalité française sans analyse concrète et sans doute suffisant sur la nationalité ;
- en l’espèce, elle a obtenu un certificat de nationalité française en 2001, et elle prouve sa nationalité française par filiation, et du fait de sa propre naissance en France, en application de l’article 19-3 du code civil ainsi que l’établit le certificat de nationalité française qui lui a été délivré en 2001 dès lors que sa mère est née le 5 mai 1958 au Sénégal et que son père est né en 1943 au Sénégal ; que les rectifications d’erreurs matérielles ayant été réalisées sur les actes de naissance de sa mère sur le jour de naissance et le lieu de naissance n’affectent pas le lien de filiation, dès lors que sa mère est née dans une colonie française, le Sénégal n’ayant proclamé son indépendance qu’en 1960, de même que son père, et qu’elle-même est née en France en 1980 ; à titre subsidiaire, elle est en tout état de cause française du fait de sa filiation paternelle et de sa propre naissance en France en métropole, en vertu de l’article 19-3 du code civil, qui ne peut être valablement remise en cause dès lors que les actes de naissance de son père n’ont jamais été rectifiés ;
- la décision attaquée est insuffisamment motivée :
- elle a été prise au terme d’une procédure irrégulière dès lors que la procédure contradictoire n’a pas été utilement menée, en l’absence de précision des pièces ayant conduit à écarter la valeur probante du certificat de nationalité française de 2001 ;
- elle méconnait l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l’article 2 du Protocole 4 à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle affecte ses moyens de subsistance dès lors que sa situation a également motivé une décision identique vis-à-vis de son époux, qui est le seul à subvenir aux besoins de la famille ;
- la circonstance que son acte de naissance ne ferait pas mention du refus de CNF opposé en 2016 ne lui est pas imputable, l’établissement des actes d’état civil relevant de l’officier d’état-civil sous la responsabilité du Procureur de la République ;


Par un mémoire en défense, enregistré le 26 mars 2026, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :
-la condition d’urgence n’est pas remplie dès lors que le retrait des titres litigieux est légal et que l’absence de titres d’identité n’est pas un obstacle pour se déplacer ; que Mme B... aurait pu demander un titre de séjour, que la circonstance que Mme B... a présenté une nouvelle demande de titre d’identité ne permet pas d’établir l’urgence dès lors que cette nouvelle demande a été présentée en connaissant déjà la position de l’administration ;

-la condition relative au doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée n’est pas remplie car les moyens soulevés ne sont pas fondés.


Mme B... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision 28 novembre 2025.



Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 26 juillet 2025 sous le numéro 2503592 par laquelle Mme B... demande l’annulation de la décision attaquée.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code civil ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le décret n° 55-1397 du 22 octobre 1955 ;
- la loi n°73-42 du 9 janvier 1973 ;
- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;
- le décret n° 2005-1726 du 30 décembre 2005 ;
- le décret n° 2017-890 du 6 mai 2017 ;
- la convention de délégation de gestion en matière de cartes nationales d’identité et de passeports, conclue le 6 février 2017 entre les préfets de département du Calvados, de l’Eure, de la Manche, de l’Orne et de la Seine-Maritime ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.


La présidente du tribunal a désigné Mme Galle, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.


Ont été entendus au cours de l’audience :
- le rapport de Mme Galle, juge des référés ;
- les observations de M. A..., et Mme D..., représentant le préfet de la Seine-Maritime, qui reprennent les termes de leur mémoire en défense et précisent que l’urgence n’est pas établie eu égard à l’ancienneté de la décision attaquée ; qu’aucun titre de séjour n’a été demandé par la requérante alors que l’article R. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit la possibilité se voir délivrer un titre de séjour en cas de perte de la nationalité française ; qu’en cas d’injonction de restitution d’un titre d’identité, il est toujours oralement indiqué au titulaire la possibilité de demander un titre de séjour ; ils soulignent que l’intervention d’un refus de délivrance d’un certificat de nationalité française en 2016 à l’égard de Mme B... a nécessairement invalidé et rendu caduc le certificat de nationalité française qui lui a été délivré en 2001 ; que la production par Mme B..., à l’appui de la demande de carte nationale d’identité présentée en 2021, d’un certificat de nationalité française de 2001 alors qu’elle s’est vue refuser la délivrance d’un certificat de nationalité française en 2016, relève d’une démarche frauduleuse pouvant justifier l’injonction de restitution de son titre d’identité ; qu’il n’est pas établi que les parents de Mme B... auraient fait le choix de conserver leur nationalité française après l’indépendance ; ils précisent qu’aucune saisine du procureur n’est intervenue pour faire constater l’extranéité de Mme B....



La requérante n’était ni présente ni représentée.


La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.


Considérant ce qui suit :

Par un courrier du 6 mars 2025, le préfet de la Seine-Maritime a fait part à Mme B..., née le 14 août 1980 à Sainte-Adresse (Seine-Maritime), de son intention de retirer la carte nationale d’identité qui lui a été délivrée le 13 août 2021 ainsi que le passeport qui lui délivré le 27 juillet 2023, et de sa convocation à la préfecture le 2 avril 2025 pour la mise en œuvre d’une procédure contradictoire préalable. Par procès-verbal dressé le 2 avril 2025 faisant suite aux observations orales de Mme B... recueillies par un agent de la préfecture, le préfet de la Seine-Maritime doit être regardé comme ayant pris la décision de retrait des titres d’identité précédemment annoncée, et lui a demandé de restituer ces titres. Par ce même procès-verbal, il a pris acte du refus de l’intéressée de restituer immédiatement ses titres d’identité, l’a informée de l’invalidation de ces titres et de son inscription au fichier des personnes recherchées. Mme B... a formé un recours gracieux contre cette décision le 10 avril 2025. Par une décision du 4 juillet 2025, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté ce recours gracieux. Mme B... a formé une requête en annulation contre la décision du 2 avril 2025 lui demandant de restituer ses titres d’identité, enregistrée le 26 juillet 2025, et par la présente requête, elle demande au juge des référés de suspendre, sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, l’exécution de cette décision.

Sur les conclusions à fin de suspension :

Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. (…) ».

En ce qui concerne la condition d’urgence :

Pour l’application de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, l’urgence justifie que soit prononcée la suspension de l’exécution d’un acte administratif lorsque celle-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Il appartient au juge des référés d’apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l’acte contesté sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l’exécution de la décision soit suspendue. L’urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l’ensemble des circonstances de l’affaire.

En l’espèce, pour justifier de l’urgence à suspendre l’exécution de la décision attaquée, Mme B... fait valoir qu’elle se trouve privée des titres permettant son identification, ce qui porte atteinte à sa vie familiale, sociale et administrative, et qu’elle est privée de la possibilité de voyager. Elle soutient également qu’elle est inscrite au fichier des personnes recherchées. La circonstance que la décision attaquée serait légale selon le préfet de la Seine-Maritime ne permet pas d’écarter l’existence d’une situation d’urgence. Eu égard aux effets qui s’attachent de façon générale à la détention d’un titre d’identité permettant d’effectuer les actes de la vie courante et à l’inscription de Mme B... au fichier des personnes recherchées du fait de l’invalidation de ses titres d’identité, le retrait des documents d’identité et de voyage français de Mme B... est susceptible, dans les circonstances particulières de l’espèce, et alors même que Mme B..., qui soutient d’ailleurs sans être sérieusement contestée ne pas disposer d’autre nationalité que la nationalité française, n’a pas présenté de demande de titre de séjour depuis l’intervention de la décision attaquée et l’introduction de sa requête en annulation, de porter une atteinte suffisamment grave et immédiate à sa situation personnelle. Par suite, la condition d’urgence prévue par les dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne la condition relative au doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
En vertu de l’article 2 du décret du 22 octobre 1955 instituant une carte nationale d’identité et de l’article 4 du décret du 30 décembre 2005 relatif aux passeports, la carte nationale d’identité et le passeport sont délivrés, sans condition d’âge, à tout Français qui en fait la demande. Il résulte des dispositions du II de l’article 4 du décret du 22 octobre 1955 et du II de l’article 5 du décret du 30 décembre 2005 que la preuve de la nationalité française du demandeur peut être établie à partir de l'extrait d'acte de naissance portant en marge l'une des mentions prévues aux articles 28 et 28-1 du code civil ou, lorsque l'extrait d'acte de naissance ne suffit pas à établir la nationalité française du demandeur, par la production de l'une des pièces justificatives mentionnées aux articles 34 ou 52 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française, ou à défaut par la justification d’une possession d'état de Français de plus de dix ans ou, lorsque ne peut être produite aucune de ces pièces, par la production d'un certificat de nationalité française.

Pour l'application des dispositions du décret du 22 octobre 1955 instituant la carte nationale d'identité, et du décret du 30 décembre 2005 relatif aux passeports, il appartient aux autorités administratives compétentes de s'assurer, sous le contrôle du juge, que les pièces produites à l'appui d'une demande de carte nationale d'identité sont de nature à établir l'identité et la nationalité du demandeur, un doute suffisant sur l’identité ou la nationalité de l’intéressé pouvant justifier le refus de délivrance ou de renouvellement de carte d’identité ou de passeport ou une demande de restitution de ces mêmes documents.

Ainsi, l’administration ne se trouve pas en situation de compétence liée pour exiger la restitution des documents d’identité d’une personne dont la demande de certificat de nationalité française a été rejetée par le directeur des services de greffe d’un tribunal judiciaire, dès lors qu’il lui appartient d’apprécier si, au vu des justificatifs éventuellement présentés par l’intéressé, il existait un doute suffisant sur sa nationalité.

Aux termes de l’article 19-3 du code civil : « Est français l'enfant né en France lorsque l'un de ses parents au moins y est lui-même né. ». D’autre part, aux termes de l’article 30 du code civil : « La charge de la preuve, en matière de nationalité française, incombe à celui dont la nationalité est en cause. / Toutefois, cette charge incombe à celui qui conteste la qualité de Français à un individu titulaire d'un certificat de nationalité française délivré conformément aux articles 31 et suivants. » Aux termes de l’article 31-2 de ce code : « Le certificat de nationalité indique, en se référant aux chapitres II, III, IV et VII du présent titre, la disposition légale en vertu de laquelle l'intéressé a la qualité de Français, ainsi que les documents qui ont permis de l'établir. Il fait foi jusqu'à preuve du contraire. (…) ».

En premier lieu, il ressort des différentes pièces du dossier que pour demander le 2 avril 2025 à Mme B... la restitution de sa carte nationale d’identité et de son passeport français, le préfet de la Seine-Maritime s’est cru à tort en situation de compétence liée pour prendre cette décision, en raison du rejet, intervenu le 21 décembre 2016, d’une demande de certificat de nationalité française présentée par Mme B.... Par suite, en l’état de l’instruction, le moyen tiré de ce que la décision attaquée est entachée d’erreur de droit dès lors que le préfet s’est borné à constater l’existence d’un refus de certificat de nationalité française sans examiner s’il existait un doute suffisant sur sa nationalité, est de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.

En second lieu, il résulte de l’instruction que Mme C... B... est née en France le 14 août 1980, d’une mère née au Sénégal le 5 mai 1958, et d’un père né au Sénégal en 1943. Mme B... est titulaire d’un certificat de nationalité française n° 471/2001 délivré par le greffier en chef du tribunal d’instance du Havre le 27 juillet 2001, indiquant que l’intéressée est française par application de l’article 19-3 du code civil, rendu applicable par l’article 23 de la loi du 9 janvier 1973. L’article 19-3 du code civil n’impose pas que les parents de Mme B..., qui est née en France, et dont les parents sont nés au Sénégal avant l’indépendance, aient conservé la nationalité française. La circonstance que Mme B... aurait présenté, afin d’obtenir sa carte nationale d’identité et son passeport délivrés respectivement en 2021 et 2023, le certificat de nationalité française délivré le 27 juillet 2021, ou bien son acte de naissance mentionnant ce même certificat, alors qu’elle s’était vu opposer un refus de délivrance de certificat de nationalité française en 2016, ne saurait suffire à établir une fraude de l’intéressée. Enfin, si le préfet de la Seine-Maritime fait valoir en défense que le certificat de nationalité française établi en 2001 l’a été sur la base d’actes de naissance qui ne respectaient pas les « exigences du code civil », et que l’acte de naissance de Mme B... a été rectifié depuis à plusieurs reprises, il résulte de l’instruction que les irrégularités relevées, dans les actes de naissance des parents de l’intéressée, par le greffier en chef du tribunal d’instance du Havre dans sa décision du 21 décembre 2016, concernaient le non-respect du code de la famille sénégalais et non le « code civil », que la nature exacte de ces irrégularités ne ressort d’aucune pièce du dossier, et qu’il n’est pas sérieusement contesté que les rectifications apportées à l’acte de naissance de Mme C... B..., portant sur le jour et le lieu de naissance, ne peuvent venir affecter son lien de filiation, ni les conditions d’application de l’article 19-3 du code civil. Par suite, en l’état de l’instruction, compte tenu d’une part des justificatifs apportés par la requérante sur sa nationalité, et d’autre part de l’absence de toute décision juridictionnelle du juge judiciaire invalidant le certificat de nationalité délivré le 27 juillet 2021, le moyen tiré de ce qu’il n’existait pas un doute suffisant sur sa nationalité permettant au préfet d’enjoindre à Mme B... de restituer ses titres d’identité est également propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.

Il résulte de ce qui précède que les deux conditions auxquelles l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonne la suspension d'une décision administrative étant réunies, il y a lieu de suspendre l’exécution de la décision du 2 avril 2025 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a ordonné à Mme B... de restituer son passeport et sa carte nationale d’identité, et a procédé à l’invalidation de ces titres.

Sur les conclusions à fin d’injonction sous astreinte
Aux termes de l’article L. 511-1 du code de justice administrative : « Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire […]. »

La suspension, sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, de l’exécution d’une décision ordonnant la restitution de documents d’identité ne saurait, faute pour l’administration d’être tenue de prendre une nouvelle décision, s’accompagner du prononcé d’une injonction de réexamen, mais implique nécessairement, eu égard à l’objet et à la portée de la décision en cause, que l'administration rende les titres en cause à son titulaire ou, si cette remise se révèle matériellement impossible, lui en délivre de nouveaux, dans l’attente du jugement au fond. L’administration peut toutefois prendre une nouvelle décision imposant la restitution de ces titres si elle s’y croit fondée dans le respect de la chose jugée.

En l’espèce, il résulte de l’instruction que Mme B... est toujours en possession de ses titres d’identité, qu’elle avait refusé de restituer aux services de la préfecture le 2 avril 2025. Par suite, il n’y a pas lieu à ce stade d’enjoindre au préfet compétent de lui délivrer de nouveaux titres d’identité, mais seulement d’enjoindre au préfet de la Seine-Maritime, dans un délai de 15 jours à compter de la notification de la présente ordonnance, de mettre fin à l’invalidation de ces titres d’identité ou de lui en délivrer de nouveaux si cette mesure s’avérait impossible, et ce jusqu’à ce qu’il soit statué sur la requête en annulation. Il y a également lieu d’enjoindre au préfet compétent de lever l’inscription de Mme B... au fichier des personnes recherchées en tant que cette inscription découle de l’invalidation de ces titres d’identité, jusqu’à ce qu’il soit statué sur la requête en annulation dont Mme B... a par ailleurs saisi le tribunal.

Dans les circonstances de l’espèce, il n’y a pas lieu d’assortir ces injonctions d’une astreinte.

Sur les frais liés au litige :
Mme B... obtenu le bénéfice de l’aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, et sous réserve que Me Rooryck-Sarret (Selarl Sterenn-Law), conseil de Mme B..., renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État, de mettre à la charge de l’Etat le versement à Me Rooryck-Sarret (Selarl Sterenn-Law) de la somme de 500 euros.


O R D O N N E :


Article 1er : L’exécution de la décision du 2 avril 2025 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a ordonné à Mme C... B... de restituer sa carte nationale d’identité et son passeport est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Maritime ou au préfet compétent de mettre fin à l’invalidation de la carte nationalité d’identité et du passeport de Mme B..., et de lever son inscription au fichier des personnes recherchées, dans un délai de 15 jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : Sous réserve que Me Rooryck-Sarret (Selarl Sterenn-Law) renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat, ce dernier versera à Me Rooryck-Sarret (Selarl Sterenn-Law) la somme de 500 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 19991 sur l’aide juridique.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.


Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C... B..., à Me Rooryck-Sarret et au ministre de l’intérieur.

Copie en sera adressée aux préfets de la Seine-Maritime et de l’Orne.


Fait à Rouen, le 31 mars 2026.



La juge des référés,
Signé
C. Galle

La greffière,

Signé

A. Hussein




La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.






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