Le Tribunal Administratif de Rouen, statuant en référé-suspension, rejette la demande de M. A... B... visant à suspendre l'exécution de la délibération approuvant le PLUi de la communauté urbaine Le Havre Seine Métropole, en ce qu'elle institue un emplacement réservé sur sa parcelle. Le juge estime que le requérant ne démontre pas l'existence d'une urgence suffisante, car les effets de l'emplacement réservé (création d'un sentier littoral et renaturation) ne portent pas une atteinte immédiate et grave à sa situation, notamment à la valeur de son bien. La décision s'appuie sur les conditions posées par l'article L. 521-1 du code de justice administrative.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 19 mars 2026, M. A... B... demande au juge des référés :
1°) de suspendre sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, l’exécution de la délibération du 12 février 2026 par laquelle la communauté urbaine Le Havre Seine Métropole a approuvé le plan d’urbanisme intercommunal (PLUi) de la communauté urbaine Le Havre Seine Métropole en tant que le règlement de ce plan a délimité un emplacement réservé n° SJB 28 sur le territoire de la commune de Saint-Jouin-Bruneval pour la création d’un sentier littoral et la renaturation du haut de falaise ;
2°) de mettre à la charge de la communauté urbaine Le Havre Seine Métropole une somme au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de la condamner aux entiers dépens.
Il soutient que :
la condition d’urgence est remplie dès lors que le PLUi entre en vigueur le 1er avril 2026, qu’il ne pourra plus réaliser aucun aménagement ou travaux sur sa parcelle BV0199 sans être soumis aux contraintes de l’emplacement réservé SJB28 ; que la commune pourra engager toute procédure d’acquisition ou de travaux préparatoires sur le terrain du requérant et que la valeur vénale de son bien sera immédiatement et significativement dégradée ;
il est expressément renvoyé à la requête en annulation pour l’exposé des faits, et les moyens d’annulation ;
la condition relative au doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée est remplie :
le plan local d’urbanisme n’a pas été précédé d’une évaluation environnementale suffisante, en violation de l’article L 104-1 du code de l’urbanisme et de l’article L. 414-4 du code de l’environnement, dès lors que les incidences de l’emplacement réservé SJB 28 sur l’espèce Vipera berus (vipère péliade) et sur la ZNIEFF de type 1 230016050 n’ont pas été étudiées et que l’OAP nature et biodiversité ne fait pas mention de la vipère péliade ;
l’emplacement réservé a été défini en violation de l’article L. 151-41 du code de l’urbanisme eu égard à son objet, et à sa superficie disproportionnée ;
le plan local d’urbanisme est entaché d’erreur manifeste d’appréciation ;
il méconnait les prescriptions opposables de l’OAP qui imposent la préservation des milieux existants dans le corridor littoral de la TVB et la limitation de la fréquentation ;
la décision attaquée porte atteinte à son droit de propriété en méconnaissance de l’article 1er du Protocole n°1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
elle est entachée d’un détournement de procédure et inutile au regard de l’article L. 121-33 du code de l’urbanisme ;
elle a été prise au terme d’une procédure irrégulière dès lors que la référence SJB28 désignait lors des votes communaux le parking de la valleuse ;
l’enquête publique a été irrégulière.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
le code de l’urbanisme,
le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Galle, vice-présidente, en application de l’article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ». Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : « Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ».
Il résulte des dispositions citées au point 1 que l’urgence justifie que soit prononcée la suspension d’un acte administratif lorsque l’exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Il appartient au juge des référés d’apprécier concrètement et objectivement, compte tenu des justifications fournies par le requérant et de l’ensemble des circonstances de l’espèce, si les effets de l’acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l’exécution de la décision soit suspendue.
Aux termes de l’article L. 151-41 du code de l’urbanisme : « Le règlement peut délimiter des terrains sur lesquels sont institués : 1° Des emplacements réservés aux voies et ouvrages publics dont il précise la localisation et les caractéristiques ; 2° Des emplacements réservés aux installations d'intérêt général à créer ou à modifier ; (…) ».
Le règlement du PLUi de la communauté urbaine Le Havre Seine Métropole a institué un emplacement réservé SJB 28, s’étendant sur trois parcelles situées sur le littoral de la commune de Saint-Jouin-Bruneval, dont la parcelle cadastrées BV 0199 appartenant au requérant. Cet emplacement réservé, d’une superficie de 1,38 hectares, a pour objet la création d’une installation d’intérêt général, en l’espèce la création d’un sentier littoral et la renaturation du haut de falaise. Le bénéficiaire de cet emplacement réservé est la commune de Saint-Jouin-Bruneval.
Pour soutenir que l’institution d’un emplacement réservé grevant sa parcelle crée une situation d’urgence, le requérant soutient qu’il ne pourra plus réaliser aucun aménagement ou travaux sur sa parcelle sans être soumis aux contraintes de l’emplacement réservé. Toutefois, il ne fait état d’aucun projet d’aménagement ou de travaux précis qu’il souhaiterait réaliser sur cette parcelle, située en bordure de falaise et classée en zone AR « zone agricole des espaces remarquables du littoral » dans le PLUi. La circonstance que la commune de Saint-Jouin-Bruneval pourra engager toute procédure d’acquisition ou de travaux préparatoires sur son terrain, ou que la valeur vénale de son bien s’en trouve immédiatement dépréciée, n’est pas davantage de nature à créer par elle-même une situation d’urgence à suspendre l’institution de l’emplacement réservé par la délibération litigieuse, l’institution d’un tel emplacement réservé ne revêtant par lui-même aucun caractère irréversible dans l’attente d’un jugement au fond. Par suite, M. B... ne démontre pas l’existence d’une atteinte grave et immédiate à sa situation au sens de l’article L. 521-1 du code de justice administrative. La condition d’urgence prévue par les dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut donc, en l’espèce, être regardée comme remplie.
Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B... doit être rejetée par application des dispositions de l’article L. 522-3 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A... B....
Copie en sera adressée pour information à la communauté urbaine Le Havre Seine Métropole.
Fait à Rouen, le 24 mars 2026.
La juge des référés,
Signé
C. Galle
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente ordonnance.