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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2601809

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2601809

mercredi 8 avril 2026

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2601809
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantJALLOUL

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rouen a rejeté la demande de suspension d'urgence d'une décision préfectorale refusant le renouvellement d'un titre de séjour. Le juge des référés a estimé que le requérant n'avait pas démontré l'existence d'une situation d'urgence justifiant la mesure, ni soulevé un doute sérieux sur la légalité du rejet. La décision s'appuie sur les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative et du code de l'entrée et du séjour des étrangers.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 25 mars et 7 avril 2026, M. B... A..., représenté par Me Jalloul, demande au juge des référés :

1°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d’ordonner, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l’exécution de la décision du 13 janvier 2026 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande de titre de séjour ;

3°) d’enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention « vie privée et familiale », ou à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler dans un délai de sept jours à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 800 euros au titre de l’article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique.

Il soutient que :
la condition tenant à l’urgence à suspendre est présumée dès lors qu’est en litige une décision de rejet d’une demande de renouvellement d’un titre de séjour et est, en tout état de cause, remplie dans la mesure où son contrat de travail a été suspendu et non renouvelé en raison de l’irrégularité de sa situation administrative et qu’il ne peut donc plus travailler pour subvenir à ses besoins ;
la condition tenant à l’existence d’un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée est remplie dès lors que :
la décision attaquée est entachée d’incompétence de son auteur ;
elle est entachée d’un vice de procédure tiré de l’absence de saisine de la commission du titre de séjour ;
elle est insuffisamment motivée ;
elle est entachée d’un défaut d’examen particulier de sa situation ;
elle est entachée d’une erreur de fait dès lors que le préfet a rejeté sa demande au motif qu’il n’avait pas fourni d’autorisation de travail au soutien de sa demande, alors qu’il a déposé une demande de renouvellement de son titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » pour laquelle une telle autorisation n’est pas requise ;
elle méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 avril 2026, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :
la condition tenant à l’urgence n’est pas remplie ;
aucun des moyens n’est propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de l’arrêté.

Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 11 mars 2026 sous le numéro 2601473 par laquelle M. A... demande l’annulation de la décision attaquée.

Vu :
le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique ;
le code de justice administrative.


La présidente du tribunal a désigné M. Banvillet, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de M. Banvillet a été entendu au cours de l’audience publique du 7 avril 2026, les parties n’était ni présentes, ni représentées.



Considérant ce qui suit :

M. A..., ressortissant sénégalais né le 15 décembre 1978, est entré régulièrement sur le territoire français le 17 janvier 2016. Le 15 septembre 2025, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » valable du 10 septembre 2024 au 9 septembre 2025. Par une décision du 13 janvier 2026, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande de titre de séjour. M. A... demande au juge des référés, sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l’exécution de cette décision.

Sur la demande d’admission à l’aide juridictionnelle provisoire :

Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu, en application de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique, d’admettre le requérant provisoirement à l’aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin de suspension :

Aux termes de l’article L. 411-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Sous réserve des engagements internationaux de la France ou du livre II, tout étranger âgé de plus de dix-huit ans qui souhaite séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois doit être titulaire de l'un des documents de séjour suivants : / 3° Une carte de séjour temporaire ; (…) ». Aux termes de l’article R. 431-5 du même code : « Si l'étranger séjourne déjà en France, sa demande est présentée dans les délais suivants : 1° L'étranger qui dispose d'un document de séjour mentionné aux 2° à 8° de l'article L. 411-1 présente sa demande de titre de séjour entre le cent-vingtième jour et le soixantième jour qui précède l'expiration de ce document de séjour lorsque sa demande porte sur un titre de séjour figurant dans la liste mentionnée à l'article R. 431-2. Lorsque sa demande porte sur un titre de séjour ne figurant pas dans cette liste, il présente sa demande dans le courant des deux mois précédant l'expiration du document dont il est titulaire ; (…) ».

Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision (...) »

L’urgence justifie que soit prononcée la suspension d’un acte administratif lorsque l’exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d’une demande de suspension d’une décision refusant la délivrance d’un titre de séjour, d’apprécier et de motiver l’urgence compte tenu de l’incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l’intéressé. Cette condition d’urgence est en principe constatée dans le cas d’un refus de renouvellement ou d’un retrait du titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

Il résulte de l’instruction que M. A... a sollicité le 15 septembre 2025 le renouvellement de son titre de séjour qui était valable jusqu’au 9 septembre 2025. M. A... ayant ainsi présenté cette demande six jours après l’expiration de son titre de séjour, en méconnaissance des délais prévus par les dispositions de l’article R. 431-5 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile précitées, la décision litigieuse ne constitue pas un refus de renouvellement de titre de séjour mais doit être regardée comme un refus de délivrance d’un nouveau titre de séjour, en première demande. Dans ces conditions M. A... ne saurait se prévaloir de la présomption d’urgence mentionnée au point précédent, qui s’applique aux seuls recours contre un refus de renouvellement ou un retrait de titre de séjour. Si le requérant soutient que son contrat de travail a été suspendu et non renouvelé en raison de l’irrégularité de sa situation administrative et qu’il ne peut donc plus travailler pour subvenir à ses besoins, le courrier du 2 mars 2026 adressé par son employeur à une adresse à Paris se bornant à lui demander la transmission d’un document de séjour en cours de validité ne suffit pas à établir la réalité ou le risque d’une rupture immédiate de son contrat de travail dont le terme n’est pas précisé ni qu’il sera prochainement licencié. Dès lors, M. A... ne justifie pas de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision attaquée. Par suite, la condition d’urgence posée par les dispositions précitées de l’article L 521-1 du code de justice administrative n’est pas remplie.

Il résulte de ce qui précède, et sans qu’il soit besoin de se prononcer sur l’existence d’un doute sérieux sur la légalité des décisions attaquées, que les conclusions aux fins de suspension, d’injonction sous astreinte présentées par le requérant doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.




O R D O N N E :

Article 1er : M. A... est admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. A... est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B... A..., à Me Jalloul et au ministre de l’intérieur.

Copie en sera transmise, pour information, au préfet de la Seine-Maritime.

Fait à Rouen, le 8 avril 2026.


Le juge des référés,

Signé


M. BANVILLETLa greffière,

Signé


P. HIS

La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.


Pour expédition conforme
La greffière,

Signé

C. Dupont


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