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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2000350

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2000350

mardi 28 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2000350
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantLAUSSUCQ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 14 janvier 2020, le 3 novembre 2020, le 13 janvier 2021, le 3 mars 2021, le 21 octobre 2021 et le 28 novembre 2021, M. B A, représenté par Me El Hammouti, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 25 novembre 2019 par laquelle l'inspectrice du travail a autorisé la SELAFA MJA et Me Alain-François Souchon agissant en qualité de liquidateurs judiciaires de la société Aigle Azur à le licencier pour motif économique ;

2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 200 000 euros en réparation du préjudice qu'il estime avoir subi du fait de l'illégalité de la décision du 25 novembre 2019 autorisant son licenciement, avec intérêts au taux légal à compter de sa demande préalable indemnitaire ou de sa requête ;

3°) de mettre à la charge de la SELAFA MJA, en sa qualité de liquidateur judiciaire de la société Aigle Azur, la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- la demande d'autorisation de licenciement est irrecevable en ce qu'elle est insuffisamment motivée et n'énonce pas le motif économique sur lequel elle se fonde ;

- le principe du contradictoire n'a pas été respecté en ce qu'aucun document comptable de la société Aigle Azur ne lui a été communiqué et qu'il n'a pas été mis en mesure de vérifier si son employeur n'avait pas commis des erreurs ou des fautes de gestion ;

- c'est à tort que l'administration a estimé que la procédure interne a été régulière ;

- c'est à tort que l'administration a considéré que le motif économique était établi alors qu'elle aurait dû apprécier les difficultés économiques au regard du secteur d'activité du groupe auquel appartient la société Aigle Azur ;

- l'inspectrice du travail ne s'est pas assurée du respect de l'obligation de reclassement de l'employeur ;

- la demande d'autorisation de licenciement est liée à des motifs inhérents à la personne du salarié et présente un lien avec son mandat en ce qu'il a été privé de son salaire à compter du mois d'octobre 2019 et qu'il a été victime d'agissements discriminatoires ;

- l'illégalité de la décision autorisant son licenciement est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat ;

- il est fondé à demander à l'Etat réparation de son préjudice pécuniaire et moral.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 23 décembre 2020, le 29 décembre 2020, le 4 février 2021, le 18 octobre 2021, le 29 octobre 2021, le 1er décembre 2021 et le 20 octobre 2023, la SELAFA MJA et Me Alain-François Souchon, agissant en qualité de liquidateurs judiciaires de la société Aigle Azur, représentés, en dernier lieu, par Me Laussucq, concluent au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge du requérant la somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la requête est tardive ;

- la demande présentée par le requérant se heurte à l'autorité de la chose jugée qui s'attache à la décision juridictionnelle ayant rejeté le recours dirigé contre la décision administrative portant homologation du plan de sauvegarde de l'emploi de la société Aigle Azur ;

- la juridiction administrative n'est pas compétente pour connaître de la demande indemnitaire formulée par la requérant ;

- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

La requête a été communiquée au directeur régional et interdépartemental de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Ile-de-France qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Une ordonnance portant clôture immédiate de l'instruction a été prise le 10 novembre 2023.

Un mémoire en défense a été présenté par la ministre du travail le 22 mars 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction.

Une note en délibéré présentée par le directeur régional et interdépartemental de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Ile-de-France a été enregistrée le 25 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de commerce ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Félicie Bouchet, première conseillère ;

- les conclusions de M. Cyril Dayon, rapporteur public ;

- et les observations de Me Lehermenault, substituant Me Laussucq, avocate de la SELAFA MJA et de Me Alain-François Souchon.

Considérant ce qui suit :

1. Le 17 octobre 2019, la SELAFA MJA et Me Alain-François Souchon, agissant en qualité de liquidateurs judiciaires de la société Aigle Azur, ont sollicité auprès de l'administration l'autorisation de licencier pour motif économique M. A, salarié protégé. Par une décision du 25 novembre 2019, l'inspectrice du travail a autorisé son licenciement. M. A demande au tribunal d'annuler pour excès de pouvoir cette décision et de condamner l'Etat à l'indemniser du préjudice qu'il a subi en raison de l'illégalité de la décision de l'inspectrice du travail.

Sur la recevabilité de la requête :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. A a saisi le tribunal administratif de Melun le 14 janvier 2020 d'une requête tendant à l'annulation de la décision de l'inspectrice du travail du 25 novembre 2019. Par suite, la fin de non-recevoir, opposée par la SELAFA MJA et Me Alain-François Souchon, agissant en qualité de liquidateurs judiciaires de la société Aigle Azur, et tirée de la tardiveté de la requête doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'exception de chose jugée :

4. Aux termes de l'article L. 1233-61 du code du travail : " Dans les entreprises d'au moins cinquante salariés, lorsque le projet de licenciement concerne au moins dix salariés dans une même période de trente jours, l'employeur établit et met en œuvre un plan de sauvegarde de l'emploi pour éviter les licenciements ou en limiter le nombre. / () ". Aux termes du cinquième alinéa du II de l'article L. 1233-58 du même code : " L'employeur, l'administrateur ou le liquidateur ne peut procéder, sous peine d'irrégularité, à la rupture des contrats de travail avant la notification de la décision favorable de validation ou d'homologation () ".

5. Il résulte des dispositions qui viennent d'être citées que, lorsque le licenciement pour motif économique d'un salarié protégé est inclus dans un licenciement collectif qui requiert l'élaboration d'un plan de sauvegarde de l'emploi, il appartient à l'inspecteur du travail saisi de la demande d'autorisation de ce licenciement de s'assurer de l'existence, à la date à laquelle il statue sur cette demande, d'une décision de validation ou d'homologation du plan de sauvegarde de l'emploi, à défaut de laquelle l'autorisation de licenciement ne peut légalement être accordée. Toutefois, la seule circonstance qu'un recours dirigé contre une telle décision de validation ou d'homologation a été définitivement rejeté ne fait pas par elle-même obstacle à ce que le salarié protégé puisse contester la légalité de la décision autorisant son licenciement.

6. Il résulte de ce qui précède que les liquidateurs judiciaires de la société Aigle Azur ne peuvent utilement soutenir que la décision n° 447057 du 4 octobre 2023, par laquelle le Conseil d'Etat statuant au contentieux a rejeté le pourvoi formé contre l'arrêt n° 20VE01163 du 29 septembre 2020 de la cour administrative d'appel de Versailles rejetant l'appel formé à l'encontre du jugement n° 1909238 du 2 mars 2020 par lequel le tribunal administratif de Versailles avait rejeté la demande tendant à l'annulation pour excès de pouvoir de la décision du 7 octobre 2019 par laquelle la directrice régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi d'Ile-de-France a homologué le document unilatéral fixant le contenu du plan de sauvegarde de l'emploi de la société Aigle Azur, ferait obstacle à ce que M. A puisse contester la légalité de la décision de l'inspectrice du travail autorisant son licenciement.

En ce qui concerne le bien fondé des conclusions :

7. En vertu des dispositions du code du travail, le licenciement des salariés légalement investis de fonctions représentatives, qui bénéficient d'une protection exceptionnelle dans l'intérêt de l'ensemble des travailleurs qu'ils représentent, ne peut intervenir que sur autorisation de l'inspecteur du travail. Lorsque le licenciement d'un de ces salariés est envisagé, il ne doit pas être en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées ou l'appartenance syndicale de l'intéressé. Dans le cas où la demande d'autorisation de licenciement présentée par l'employeur est fondée sur un motif de caractère économique, il appartient à l'administration de rechercher, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, si la situation de l'entreprise justifie le licenciement du salarié. Lorsque la demande est fondée sur la cessation d'activité de l'entreprise, celle-ci n'a pas à être justifiée par l'existence de mutations technologiques, de difficultés économiques ou de menaces pesant sur la compétitivité de l'entreprise ; il appartient alors à l'autorité administrative de contrôler, outre le respect des exigences procédurales légales et des garanties conventionnelles, que la cessation d'activité de l'entreprise est totale et définitive, que l'employeur a satisfait, le cas échéant, à l'obligation de reclassement prévue par le code du travail et que la demande ne présente pas de caractère discriminatoire.

S'agissant du moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision attaquée :

8. Aux termes des articles R. 2421-5 du code du travail : " la décision de l'inspecteur du travail est motivée () ".

9. La décision attaquée se borne à indiquer, s'agissant des possibilités de reclassement, que les liquidateurs judiciaires de la société Aigle Azur ont satisfait à leur obligation de recherche de reclassement, sans assortir cette affirmation d'aucune précision quant aux efforts de reclassement effectivement réalisés par les liquidateurs au regard du périmètre de reclassement délimité par le plan de sauvegarde de l'emploi que requerrait le licenciement collectif dans lequel était inclus le licenciement pour motif économique de M. A et dont, au demeurant, il n'est pas fait mention. Dans ces conditions, l'inspectrice du travail n'a pas suffisamment motivé sa décision au sens des dispositions de l'article R. 2421-5 du code du travail.

S'agissant des autres moyens :

Quant à la recevabilité de la demande d'autorisation de licenciement :

10. Aux termes du quatrième alinéa de l'article R. 2421-1 du code du travail, applicable à la demande d'autorisation de licenciement d'un membre de la délégation du personnel au comité social et économique : " La demande énonce les motifs du licenciement envisagés () ".

11. Il résulte des dispositions qui viennent d'être citées que lorsque l'employeur sollicite de l'inspecteur du travail l'autorisation de licencier un salarié protégé, il lui appartient de faire état avec précision, dans sa demande, ou le cas échéant dans un document joint à cet effet auquel renvoie sa demande, de la cause justifiant, selon lui, ce licenciement.

12. La demande d'autorisation de licenciement de M. A, qui a été adressée le 17 octobre 2019 à l'administration par les liquidateurs judiciaires de la société Aigle Azur, indique que la demande est fondée sur la cessation d'activité de ladite société résultant des jugements du tribunal de commerce d'Evry des 16, 27 et 30 septembre 2019 prononçant la liquidation judiciaire de la société, le rejet des offres de reprise et le refus de la poursuite d'activité au-delà du 27 septembre 2019 et fait état de l'homologation le 7 octobre 2019 de l'acte unilatéral portant plan de sauvegarde de l'emploi, de la suppression de l'intégralité des emplois de la société Aigle Azur et de l'impossibilité de reclassement des salariés. Ainsi, contrairement à ce que soutient le requérant, la demande d'autorisation de licenciement était en l'espèce suffisamment motivée au regard des exigences mentionnées ci-dessus.

Quant à l'enquête contradictoire :

13. Aux termes de l'article R. 2421-4 du code du travail : " L'inspecteur du travail procède à une enquête contradictoire au cours de laquelle le salarié peut, sur sa demande, se faire assister d'un représentant de son syndicat. / () ". Ces dispositions imposent à l'inspecteur du travail, saisi d'une demande d'autorisation de licenciement d'un salarié protégé de mettre à même l'employeur et le salarié de prendre connaissance de l'ensemble des éléments déterminants qu'il a pu recueillir, y compris des témoignages, et qui sont de nature à établir ou non la matérialité des faits allégués à l'appui de la demande d'autorisation.

14. M. A soutient que l'inspectrice du travail ne lui a pas communiqué les documents comptables qui lui auraient permis de vérifier la réalité de la situation économique de la société Aigle Azur et de vérifier si son employeur avait commis des fautes de gestion. Toutefois, alors qu'il n'appartient pas à l'autorité administrative saisie d'une demande fondée sur la cessation totale et définitive de l'activité de l'entreprise si cette situation est due à la faute ou à la légèreté blâmable de l'employeur, M. A ne peut utilement se prévaloir de l'absence de communication de pièces comptables dans le cadre de l'enquête contradictoire.

Quant à la régularité de la procédure interne :

15. En premier lieu, si, comme il a été dit ci-dessus, lorsque le licenciement pour motif économique d'un salarié protégé est inclus dans un licenciement collectif qui requiert l'élaboration d'un plan de sauvegarde de l'emploi, il appartient à l'inspecteur du travail saisi de la demande d'autorisation de ce licenciement de s'assurer de l'existence, à la date à laquelle il statue sur cette demande, d'une décision de validation ou d'homologation du plan de sauvegarde de l'emploi, à défaut de laquelle l'autorisation de licenciement ne peut légalement être accordée, il n'appartient en revanche à l'inspecteur du travail, dans le cadre de l'examen de cette demande, ni d'apprécier la validité du plan de sauvegarde de l'emploi ni, plus généralement, de procéder aux contrôles mentionnés aux articles L. 1233-57-2 et L. 1233-57-3 du code du travail, qui n'incombent qu'à l'autorité compétemment saisie de la demande de validation ou d'homologation du plan.

16. Il ressort des pièces du dossier que l'autorisation de licencier M. A a été sollicitée après qu'un acte unilatéral portant plan de sauvegarde de l'emploi de la société Aigle Azur prévoyant la suppression de la totalité des emplois a été homologué par l'administration. Dans ces conditions, il n'incombait pas à l'inspectrice du travail de contrôler la régularité de la procédure d'information et de consultation des représentants du personnel qui a été menée dans le cadre de l'élaboration de ce plan.

17. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 2421-3 du code du travail : " Le licenciement envisagé par l'employeur d'un membre élu à la délégation du personnel au comité social et économique titulaire ou suppléant ou d'un représentant syndical au comité social et économique ou d'un représentant de proximité est soumis au comité social et économique, qui donne un avis sur le projet de licenciement dans les conditions prévues à la section 3 du chapitre II du titre Ier du livre III ". Saisie par l'employeur d'une demande d'autorisation de licenciement d'un salarié protégé auquel s'appliquent ces dispositions, il appartient à l'administration de s'assurer que la procédure de consultation du comité d'entreprise a été régulière. Elle ne peut légalement accorder l'autorisation demandée que si le comité d'entreprise a été mis à même d'émettre son avis en toute connaissance de cause, dans des conditions qui ne sont pas susceptibles d'avoir faussé sa consultation.

18. Il ressort des pièces du dossier que le comité d'entreprise de la société Aigle Azur a été réuni le 16 octobre 2019 et qu'il a rendu un avis défavorable à tous les projets de licenciement de salarié protégé, dont celui du requérant.

19. En troisième et dernier lieu, si le requérant soutient de manière plus générale, que la procédure interne à l'entreprise n'a pas été régulièrement menée, il n'assortit pas ce moyen de précision supplémentaire permettant d'en apprécier le bien-fondé.

Quant au motif économique du licenciement :

20. D'une part, aux termes de l'article L. 1233-3 du code du travail : " Constitue un licenciement pour motif économique le licenciement effectué par un employeur pour un ou plusieurs motifs non inhérents à la personne du salarié résultant d'une suppression ou transformation d'emploi ou d'une modification, refusée par le salarié, d'un élément essentiel du contrat de travail, consécutives notamment : () / 4° A la cessation d'activité de l'entreprise () ".

21. Dès lors qu'une demande d'autorisation de licenciement fondée sur la cessation d'activité de l'entreprise n'a pas à être justifiée par l'existence de mutations technologiques, de difficultés économiques ou de menaces pesant sur la compétitivité de l'entreprise, il n'appartient pas à l'autorité administrative, pour apprécier la réalité du motif de cessation d'activité invoqué à l'appui d'une demande d'autorisation de licenciement d'un salarié protégé présentée par une société faisant partie d'un groupe, d'examiner la situation économique des autres entreprises de ce groupe. Par suite, le requérant ne peut utilement se prévaloir de ce que l'inspectrice du travail n'a pas procédé à un contrôle des difficultés économiques au regard du secteur d'activité du groupe auquel appartenait la société Aigle Azur.

22. D'autre part, aux termes de l'article L. 640-1 du code de commerce : " La procédure de liquidation judiciaire est destinée à mettre fin à l'activité de l'entreprise ou à réaliser le patrimoine du débiteur par une cession globale ou séparée de ses droits et de ses biens. () ". Dans le cas où le tribunal de commerce n'a pas autorisé de maintien de l'activité dans les conditions prévues à l'article L. 641-10 du même code, le jugement ouvrant la liquidation judiciaire a pour effet la cessation totale et définitive de l'activité de l'entreprise. Il incombe toutefois à l'inspecteur du travail, saisi d'une demande d'autorisation de licenciement motivée par l'intervention d'un jugement de liquidation judiciaire, de tenir compte, à la date à laquelle il se prononce, de tous les éléments de droit ou de fait recueillis lors de son enquête qui seraient de nature à faire obstacle au licenciement envisagé. Si, notamment, la cession des droits et biens de l'entreprise s'est accompagnée d'une reprise, même partielle, de l'activité, dans des conditions impliquant un transfert du contrat de travail du salarié à un nouvel employeur en application de l'article L. 1224-1 du code du travail, une telle circonstance fait obstacle au licenciement demandé.

23. Il ressort des pièces du dossier que par un jugement du 16 septembre 2019, le tribunal de commerce d'Evry a prononcé la liquidation judiciaire de la société Aigle Azur et a autorisé le maintien de l'activité jusqu'au 27 septembre 2019, que, par son jugement du 27 septembre 2019, il a refusé les offres de reprise et que, enfin, par son jugement du 30 septembre 2019, le tribunal de commerce a refusé la poursuite d'activité de la société Aigle Azur au-delà du 27 septembre 2019. Dans ces conditions, l'inspectrice du travail a pu légalement considéré que la cessation d'activité de la société Aigle Azur était totale et définitive à compter du 27 septembre 2019 et que le motif économique invoqué dans la demande de licenciement était fondé.

Quant au respect de l'obligation de recherche de reclassement :

24. Aux termes de l'article L. 1233-4 du code du travail : " Le licenciement pour motif économique d'un salarié ne peut intervenir que lorsque tous les efforts de formation et d'adaptation ont été réalisés et que le reclassement de l'intéressé ne peut être opéré sur les emplois disponibles, situés sur le territoire national dans l'entreprise ou les autres entreprises du groupe dont l'entreprise fait partie et dont l'organisation, les activités ou le lieu d'exploitation assurent la permutation de tout ou partie du personnel ".

25. Il résulte des dispositions de l'article L. 1233-4 du code du travail que, pour apprécier si l'employeur ou le liquidateur judiciaire a satisfait à son obligation en matière de reclassement, l'autorité administrative saisie d'une demande d'autorisation de licenciement pour motif économique d'un salarié protégé doit s'assurer, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, qu'il a procédé à une recherche sérieuse des possibilités de reclassement du salarié dans les entreprises dont l'organisation, les activités ou le lieu d'exploitation permettent, en raison des relations qui existent avec elles, d'y effectuer la permutation de tout ou partie de son personnel. Toutefois, lorsque le licenciement projeté est inclus dans un licenciement collectif qui requiert l'élaboration d'un plan de sauvegarde de l'emploi, lequel comprend, en application de l'article L. 1233-61 du code du travail, un plan de reclassement, et que ce plan est adopté par un document unilatéral, l'autorité administrative ne peut ni apprécier la validité du plan de sauvegarde de l'emploi ni, plus généralement, procéder aux contrôles mentionnés à l'article L. 1233-57-3 du code du travail qui n'incombent qu'au directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités compétemment saisi de la demande d'homologation du plan. Il ne lui appartient pas davantage, dans cette hypothèse, de remettre en cause le périmètre du groupe de reclassement qui a été déterminé par le plan de sauvegarde de l'emploi pour apprécier s'il a été procédé à une recherche sérieuse de reclassement du salarié protégé. En outre, il n'appartient pas à l'autorité administrative de vérifier le respect par l'employeur de son obligation de reclassement externe.

26. Le document unilatéral portant plan de sauvegarde de l'emploi de la société Aigle Azur homologué le 7 octobre 2019 retient que seule entre dans le périmètre du groupe de reclassement la société Azur Technics, filiale de la société Aigle Azur. Il ressort des pièces du dossier que les liquidateurs judiciaires de la société Aigle Azur ont vainement adressé, le 30 septembre 2019 à la société Azur Technics, une lettre lui demandant de leur indiquer tous les postes en son sein susceptibles d'être proposés au titre du reclassement. M. A ne peut utilement se prévaloir de ce que le liquidateur de la société Aigle Azur ne lui a pas proposé de reclassement hors du territoire national et de ce qu'il n'a pas bénéficié d'un entretien pour affiner son projet de reclassement. Par suite, l'inspectrice du travail a pu légalement estimer que les liquidateurs judiciaires de la société Aigle Azur ont respecté leur obligation de recherche de reclassement.

Quant au lien avec le mandat :

27. Aux termes de l'article R. 2421-16 du code du travail : " L'inspecteur du travail et, en cas de recours hiérarchique, le ministre examine notamment si la mesure de licenciement envisagée est en rapport avec le mandat détenu, sollicité ou antérieurement exercé par l'intéressé ".

28. M. A soutient que la demande de licenciement est en réalité fondée sur un motif inhérent à sa personne, en l'espèce sa qualité de salarié protégé et que cette discrimination est démontrée par l'absence de versement de son salaire depuis le mois d'octobre 2019 par les liquidateurs judiciaires de la société Aigle Azur. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que les liquidateurs judiciaires de la société Aigle Azur n'ont pu verser, à compter de ce mois, les sommes dues à quelque salarié que ce soit, en l'absence de trésorerie disponible ainsi que cela résulte du jugement du tribunal de commerce du 16 septembre 2019 prononçant la liquidation judiciaire et que la garantie du paiement des sommes dues à la requérant incombait au régime de la garantie des salaires (AGS) en application des dispositions de l'article L. 3253-1 et suivants du code du travail. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que le licenciement de M. A, ainsi que celui de l'ensemble des salariés de la société Aigle Azur, est fondé sur la cessation d'activité totale et définitive de son employeur consécutive à la liquidation judiciaire prononcée par le tribunal de commerce d'Evry. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'inspectrice du travail aurait estimé à tort que la demande d'autorisation de licenciement n'avait pas de lien avec le mandat qu'elle détenait.

29. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est fondé à demander l'annulation de la décision de l'inspectrice du travail du 25 novembre 2019 qu'au seul motif de l'insuffisance de motivation de la décision.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

En ce qui concerne la compétence de la juridiction administrative :

30. Les conclusions à fin d'indemnisation présentées par M. A tendent à l'engagement de la responsabilité de l'Etat au titre d'une faute commise à l'occasion de la délivrance par une inspectrice du travail d'une autorisation de la licencier compte tenu de sa qualité de salarié protégé. Il n'appartient qu'à la juridiction administrative de connaître de telles conclusions. Par suite, l'exception d'incompétence opposée par la SELAFA MJA et Me Alain-François Souchon, agissant en qualité de liquidateurs judiciaires de la société Aigle Azur, doit être écartée.

En ce qui concerne le bien-fondé des conclusions :

31. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2422-4 du code du travail, " Lorsque l'annulation d'une décision d'autorisation est devenue définitive, le salarié investi d'un des mandats mentionnés à l'article L. 2422-1 a droit au paiement d'une indemnité correspondant à la totalité du préjudice subi au cours de la période écoulée entre son licenciement et sa réintégration, s'il en a formulé la demande dans le délai de deux mois à compter de la notification de la décision. L'indemnité correspond à la totalité du préjudice subi au cours de la période écoulée entre son licenciement et l'expiration du délai de deux mois s'il n'a pas demandé sa réintégration ".

32. Les dispositions qui viennent d'être citées, qui fixent un droit à l'indemnisation par son employeur du salarié protégé lorsque l'annulation d'une décision administrative autorisant son licenciement est devenu définitive, n'ont ni pour objet ni pour effet de prévoir les conditions dans lesquelles un salarié protégé peut rechercher la responsabilité de l'Etat au titre de l'illégalité fautive dont est entachée cette décision. Par suite, M. A ne peut utilement se prévaloir de ces dispositions à l'appui de ses conclusions à fin d'indemnisation dirigées contre l'Etat.

33. En second lieu, lorsqu'un salarié sollicite le versement d'une indemnité au titre de l'illégalité de la décision administrative autorisant son licenciement, il appartient au juge, de rechercher, en forgeant sa conviction au vu de l'ensemble des pièces produites par les parties et, le cas échéant, en tenant compte du motif pour lequel le juge administratif a annulé cette décision, si une décision d'autorisation aurait pu légalement être prise.

34. A supposer même que M. A ait entendu se prévaloir du régime de responsabilité pour faute de l'Etat au titre de l'indemnisation de son préjudice économique, dont au demeurant il n'établit pas la réalité, et au titre de l'indemnisation de son préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence qui ont résulté de l'illégalité de la décision de l'inspectrice du travail, il résulte de ce qui a été dit aux point 10 à 29 que l'administration aurait légalement pu prendre la même décision en la motivant suffisamment.

35. Il résulte de ce qui précède, que les conclusions indemnitaires présentées par M. A doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

36. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. A qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que demandent les liquidateurs judiciaires de la société Aigle Azur au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.

37. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la SELAFA MJA, en sa qualité de liquidateur judiciaire, la somme que demande M. A sur le même fondement.

D E C I D E :

Article 1er : La décision de l'inspectrice du travail du 25 novembre 2019 est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la SELAFA MJA et à Me Alain-François Souchon, agissant en qualité de liquidateurs judiciaires de la société Aigle Azur, à la ministre du travail, de la santé et des solidarités.

Copie en sera transmise au directeur régional et interdépartemental de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Ile-de-France.

Délibéré après l'audience du 12 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Timothée Gallaud, président,

Mme Félicie Bouchet, première conseillère,

M. Dominique Binet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mai 2024.

La rapporteure,

F. BouchetLe président,

T. GallaudLa greffière,

L. Potin

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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