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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2100622

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2100622

jeudi 7 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2100622
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3ème chambre
Avocat requérantSANCHEZ JEAN-NOËL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 20 janvier 2021 et le 2 septembre 2021, la société à responsabilité limitée (SARL) KCN, représentée par Me Sanchez, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2015 et 2016 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 7 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la proposition de rectification est insuffisamment motivée ;

- le service vérificateur a méconnu les règles de dévolution de la charge de la preuve;

- c'est à tort que le service vérificateur a remis en cause la déductibilité des charges correspondant à l'achat de matériel en provenance de Turquie ;

- c'est à tort que le service vérificateur a remis en cause la déductibilité des charges correspondant aux factures de sous-traitance de la société Akbat ;

- c'est à tort que le service vérificateur a remis en cause la déductibilité des charges correspondant aux factures de sous-traitance de la société MGA ;

- le rehaussement portant sur la minoration des chiffres d'affaires réalisés avec la société Geoxia n'est pas fondé ;

- la majoration de 40 % prévue par l'article 1729 a. du code général des impôts n'est pas justifiée ;

- les distributions n'étant pas établies, elles ne sauraient fonder l'amende prévue à l'article 1759 du code général des impôts.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 juillet 2021, le directeur départemental des finances publiques de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la SARL KCN ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 28 décembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 25 janvier 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jean,

- et les conclusions de Freydefont, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL KCN, qui intervient dans le secteur du bâtiment, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité au titre de la période du 1er juin 2015 au 31 décembre 2016, étendue du 1er janvier 2017 au 31 mars 2017 en matière de taxe sur la valeur ajoutée. Par une proposition de rectification en date du 26 juillet 2017, elle s'est vu notifier des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période du 1er juin 2015 au 31 décembre 2016 ainsi que des rehaussements en matière d'impôt sur les sociétés au titre des exercices clos en 2015 et 2016, selon la procédure de rectification contradictoire prévue à l'article L. 55 du livre des procédures fiscales. Par la présente requête, la SARL KCN demande au tribunal la décharge de ces impositions supplémentaires et des pénalités dont elles ont été assorties.

Sur les conclusions à fin de décharge :

En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :

2. Aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation () ". Aux termes de l'article R. 57-1 du même livre : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs du redressement envisagé. L'administration invite, en même temps, le contribuable à faire parvenir son acceptation ou ses observations dans un délai de trente jours à compter de la réception de la proposition () ". Il résulte de ces dispositions que l'administration doit indiquer au contribuable, dans la proposition de rectification, les motifs et le montant des rehaussements envisagés, leur fondement légal et la catégorie de revenus dans laquelle ils sont opérés, ainsi que les années d'imposition concernées.

3. Il résulte de l'instruction que la proposition de rectification du 26 juillet 2017 explicite les motifs de droit et de fait sur lesquels elle se fonde, précise le montant des rehaussements envisagés, les catégories de revenus dans lesquelles ils sont opérés, ainsi que les années d'imposition concernées. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la proposition de rectification doit être écarté.

En ce qui concerne le bien-fondé des impositions :

4. Aux termes de l'article 38 du code général des impôts : " 1. () le bénéfice imposable est le bénéfice net, déterminé d'après les résultats d'ensemble des opérations de toute nature effectuées par les entreprises () ". Selon l'article 39 du même code : " Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant, () notamment : / 1° Les frais généraux de toute nature () ". Pour être admises en déduction du résultat imposable, les charges doivent être exposées dans l'intérêt direct de l'exploitation ou se rattacher à la gestion normale de l'entreprise et être appuyées de justifications suffisantes.

5. En vertu des règles gouvernant l'attribution de la charge de la preuve devant le juge administratif, applicables sauf loi contraire, il incombe, en principe, à chaque partie d'établir les faits qu'elle invoque au soutien de ses prétentions, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci. Il appartient, dès lors, au contribuable, pour l'application des dispositions du 1 de l'article 39 du code général des impôts, de justifier tant du montant des charges qu'il entend déduire du bénéfice net défini à l'article 38 du code général des impôts que de la correction de leur inscription en comptabilité, c'est-à-dire du principe même de leur déductibilité. Le contribuable apporte cette justification par la production de tous éléments suffisamment précis portant sur la nature de la charge en cause, ainsi que sur l'existence et la valeur de la contrepartie qu'il en a retirée. Dans l'hypothèse où le contribuable s'acquitte de cette obligation, il incombe ensuite au service, s'il s'y croit fondé, d'apporter la preuve de ce que la charge en cause n'est pas déductible par nature, qu'elle est dépourvue de contrepartie, qu'elle a une contrepartie dépourvue d'intérêt pour le contribuable ou que la rémunération de cette contrepartie est excessive. En vertu de ces principes, lorsqu'une entreprise a déduit en charges une dépense réellement supportée, conformément à une facture régulière relative à un achat de prestations ou de biens dont la déductibilité par nature n'est pas contestée par l'administration, celle-ci peut demander à l'entreprise qu'elle lui fournisse tous éléments d'information en sa possession susceptibles de justifier la réalité et la valeur des prestations ou biens ainsi acquis. La seule circonstance que l'entreprise n'aurait pas suffisamment répondu à ces demandes d'explication ne saurait suffire à fonder en droit la réintégration de la dépense litigieuse, l'administration devant alors fournir devant le juge tous éléments de nature à étayer sa contestation du caractère déductible de la dépense. Le juge de l'impôt doit apprécier la valeur des explications qui lui sont respectivement fournies par le contribuable et par l'administration.

6. En premier lieu, il résulte de l'instruction que la SARL KCN a porté en charges des factures de sous-traitance émanant de la société Akbat, d'un montant total de 101 590 euros au titre de l'exercice clos en 2015 et de 706 557 euros au titre de l'exercice clos en 2016. Toutefois, alors que la société KCN n'a présenté, lors du contrôle, aucun contrat de sous-traitance conclu avec la société Akbat, le service vérificateur a constaté que le siège social de cette société était une adresse de domiciliation, qu'elle n'avait aucun salarié et qu'elle était défaillante au regard de ses obligations déclaratives fiscales et sociales depuis sa création. Il a ainsi considéré que ladite société ne disposait pas des moyens matériels et humains nécessaires à la réalisation des prestations facturées et a remis en cause les montants de charges correspondants, au motif de leur caractère non déductible. A l'appui de ses conclusions à fin de décharge, la SARL KCN soutient avoir présenté tous les justificatifs établissant la réalité des prestations effectuées par la société Akbat et conteste la position de l'administration qui lui oppose la défaillance de la société Akbat pour remettre en cause la déductibilité des charges litigieuses. Toutefois, en se bornant à produire quatre contrats de sous-traitance conclus avec la société Akbat et les factures correspondantes, des extraits du grand livre relatifs au compte Akbat, des extraits de virements bancaires opérés auprès de ladite société, des attestations sur l'honneur datées des 5 mai 2016 et 6 novembre 2015 signées par le gérant de la société Akbat déclarant être à jour de ses obligations fiscales et sociales et une attestation de versement de cotisations URSSAF pour l'année 2015 ne précisant pas le nombre de salariés employés par la société Akbat, la société requérante n'établit pas la réalité des prestations litigieuses. Par conséquent, c'est à bon droit que l'administration, qui contrairement à ce que soutient la société requérante n'a pas remis en cause la totalité de ses charges et qui n'avait pas à mettre en œuvre les dispositions de l'article L. 64 du livre des procédures fiscales relatives à l'abus de droit, a considéré que les factures émises par la société Akbat ne pouvaient être regardées comme déductibles en application du 1° de l'article 39 du code général des impôts.

7. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que la SARL KCN a comptabilisé en charges des achats de marchandises turques, auprès du fournisseur Akturk, pour un montant de 95 60 euros au titre de l'exercice clos en 2015 et de 47 486 euros au titre de l'exercice clos en 2016. Le service vérificateur a, d'une part, considéré que l'existence de flux physiques de marchandises de la Turquie vers la France n'était pas établie dès lors que le seul document présenté à l'appui de la facture était celui du transporteur, alors qu'aucune facture de frais pour le transporteur n'était prise en charge par la société, et que les documents douaniers présentés lors du contrôle ne comportaient pas le tampon de passage en poste de douane de sortie de frontière turque. D'autre part, ayant relevé que le pointage des virements forfaitaires effectués sur le compte Akturk ne correspondaient pas aux factures présentées et que les deux premiers virements de 2016 ne concernaient pas la société Akturk mais la société Teknic Metal Alu, le service a également remis en cause l'existence de flux financiers entre la SARL KCN et la société Akturk. Il a, par conséquent, conclu au caractère non déductible de ces charges. En se bornant à renvoyer aux documents déjà présentés lors du contrôle et à affirmer que l'administration exige d'elle une " preuve impossible ", sans fournir aucun élément permettant de remettre en cause les insuffisances et incohérences relevées par le service, la société requérante n'établit pas la réalité des achats de marchandises en cause. Par conséquent, c'est à bon droit que l'administration fiscale a remis en cause la déductibilité des charges litigieuses sur le fondement du 1° de l'article 39 du code général des impôts.

8. En troisième lieu, il résulte de l'instruction qu'à la suite de l'exercice du droit de communication par le service vérificateur auprès de la société Geoxia, des discordances ont été relevées entre les montants de chiffres d'affaires déclarés par la société KCN pour son client Geoxia et ceux des charges déclarées par la société Geoxia pour son fournisseur KCN. Le service a, par conséquent, notifié les rehaussements correspondants à la société requérante, lesquels ont, à l'issue du recours hiérarchique et compte tenu des éléments fournis, été ramenés de 108 248 euros à 92 062 euros pour 2015 et de 117 733 euros à 13 766 euros pour 2016. Si la requérante conteste ces rehaussements, elle n'apporte dans sa requête aucun élément nouveau susceptible de remettre en cause l'existence ou la valeur de ces minorations de chiffre d'affaires.

9. En quatrième lieu, si la société requérante conteste le rehaussement mis à sa charge au titre du rejet de la facture de la SARL MGA en date du 29 juillet 2016, il résulte de l'instruction que, dans sa réponse aux observations du contribuable en date du 9 novembre 2017, le service a abandonné ce rehaussement.

En ce qui concerne les pénalités :

10. En premier lieu, aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré () ". Pour établir le manquement délibéré du contribuable, l'administration doit apporter la preuve, d'une part, de l'insuffisance, de l'inexactitude ou du caractère incomplet des déclarations et, d'autre part, de l'intention de l'intéressé d'éluder l'impôt.

11. La société requérante soutient que l'administration fiscale n'établit pas l'élément intentionnel du manquement. Toutefois, eu égard à la gravité des irrégularités constatées et au montant élevé des rehaussements prononcés, la volonté d'éluder l'impôt doit être regardée comme établie. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à solliciter la décharge des pénalités qui lui ont été infligées à ce titre.

12. En second lieu, aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital ; () " et aux termes de l'article 110 du même code : " Pour l'application du 1° du 1 de l'article 109 les bénéfices s'entendent de ceux qui ont été retenus pour l'assiette de l'impôt sur les sociétés. () ". L'article 117 du même code prévoit que : " Au cas où la masse des revenus distribués excède le montant total des distributions tel qu'il résulte des déclarations de la personne morale visées à l'article 116, celle-ci est invitée à fournir à l'administration, dans un délai de trente jours, toutes indications complémentaires sur les bénéficiaires de l'excédent de distribution. En cas de refus ou à défaut de réponse dans ce délai, les sommes correspondantes donnent lieu à l'application de la pénalité prévue à l'article 1759 ". Enfin, l'article 1759 du même code dispose que : " Les sociétés et les autres personnes morales passibles de l'impôt sur les sociétés qui versent ou distribuent, directement ou par l'intermédiaire de tiers, des revenus à des personnes dont, contrairement aux dispositions des articles 117 et 240, elles ne révèlent pas l'identité, sont soumises à une amende égale à 100 % des sommes versées ou distribuées. Lorsque l'entreprise a spontanément fait figurer dans sa déclaration de résultat le montant des sommes en cause, le taux de l'amende est ramené à 75 % ".

13. En se bornant à soutenir que " l'administration ne justifie d'aucune distribution " sans produire d'élément de nature à établir que les sommes en cause ne constitueraient pas des revenus distribués en application du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts, la société requérante, qui n'a pas révélé l'identité des bénéficiaires des distributions en cause dans les trente jours de la demande de désignation présentée dans le cadre de la proposition de rectification, ne conteste pas utilement l'amende fiscale mise à sa charge.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge de la SARL KCN doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, verse à la SARL KCN la somme que celle-ci réclame au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SARL KCN est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée KCN et au directeur départemental des finances publiques de Seine-et-Marne.

Délibéré après l'audience du 15 février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Le Broussois, président,

M. Meyrignac, premier conseiller,

Mme Jean, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mars 2024.

La rapporteure,

Signé : A. Jean Le président,

Signé : N. Le Broussois

La greffière,

Signé : S. Chafki

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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