mercredi 2 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2106313 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | CABINET PUBLICA AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 2 juillet 2021, M. B A et Mme C A, représentés par Me Riquier, demandent au tribunal :
1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2014 et 2015 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- c'est à tort que l'administration fiscale a rejeté la comptabilité de M. A comme irrégulière et dépourvue de valeur probante;
- les relevés SNIR sur lesquels s'est fondée l'administration pour reconstituer la comptabilité de M. A sont erronés ;
- la méthode de reconstitution des recettes proposée est exagérée compte-tenu de ses conditions de travail.
Par un mémoire en défense enregistré le 6 décembre 2021, le directeur départemental des finances publiques de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. et Mme A ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 2 avril 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 25 avril 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Jean,
- les conclusions de M. Delmas, rapporteur public,
- et les observations de Me Chevreul, représentant M. et Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A a fait l'objet d'une vérification de comptabilité concernant son activité professionnelle de médecin généraliste, au titre de la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2015. A l'issue de cette vérification, par une proposition de rectification en date du 24 avril 2017, M. et Mme A se sont vu notifier des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu au titre des années 2014 et 2015, selon la procédure de rectification contradictoire de l'article L. 55 du livre des procédures fiscales. Par la présente requête, M. et Mme A demandent au tribunal la décharge, en droits et pénalités, de ces impositions supplémentaires.
Sur les conclusions à fin de décharge :
2. D'une part, aux termes de l'article 98 du code général des impôts, l'administration peut demander aux contribuables soumis obligatoirement ou sur option au régime de la déclaration contrôlée " tous renseignements susceptibles de justifier l'exactitude des chiffres déclarés et, notamment, tous éléments permettant d'apprécier l'importance de la clientèle. / Elle peut exiger la communication du livre-journal et du document prévus à l'article 99 et de toutes pièces justificatives. / Si les renseignements et justifications fournis sont jugés insuffisants, l'administration détermine le bénéfice imposable et engage la procédure de rectification contradictoire prévue à l'article L 55 du livre des procédures fiscales ". Aux termes de l'article 99 du même code : " Les contribuables soumis obligatoirement au régime de la déclaration contrôlée ou qui désirent être imposés d'après ce régime sont tenus d'avoir un livre-journal servi au jour le jour et présentant le détail de leurs recettes et de leurs dépenses professionnelles. / Le livre-journal tenu par les contribuables non adhérents d'une association de gestion agréée comporte, quelle que soit la profession exercée, l'identité déclarée par le client ainsi que le montant, la date et la forme du versement des honoraires () ".
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales : " Il ne sera procédé à aucun rehaussement d'impositions antérieures si la cause du rehaussement poursuivi par l'administration est un différend sur l'interprétation par le redevable de bonne foi du texte fiscal et s'il est démontré que l'interprétation sur laquelle est fondée la première décision a été, à l'époque, formellement admise par l'administration. / Lorsque le redevable a appliqué un texte fiscal selon l'interprétation que l'administration avait fait connaître par ses instructions ou circulaires publiées et qu'elle n'avait pas rapportée à la date des opérations en cause, elle ne peut poursuivre aucun rehaussement en soutenant une interprétation différente. Sont également opposables à l'administration, dans les mêmes conditions, les instructions ou circulaires publiées relatives au recouvrement de l'impôt et aux pénalités fiscales ".
4. Les requérants entendent se prévaloir, sur le fondement des dispositions de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, des paragraphes 40 et suivants de l'instruction publiée au bulletin officiel des finances publiques - impôts sous la référence BOI-BNC-SECT-40, publiée le 12 septembre 2012, reprise le 5 août 2015 et le 7 octobre 2015, qui indique que : " Les médecins conventionnés pratiquant les tarifs fixés par la convention (secteur I) qui relèvent du régime déclaratif spécial sont en principe tenus aux mêmes obligations comptables que les autres contribuables soumis à ce régime. / () Il est toutefois admis que le document journalier des recettes professionnelles visé au 4 de l'article 102 ter du CGI soit constitué par les relevés individuels des praticiens établis par les organismes de sécurité sociale en application des dispositions de l'article L97 du LPF, mais uniquement pour la partie de l'activité couverte par la convention. / () Lorsqu'ils adhèrent à une association agréée, les médecins conventionnés relevant du secteur I et soumis au régime micro-BNC : / - perdent le bénéfice de la dispense de tenue du document journalier des recettes professionnelles ; / - ne peuvent pas bénéficier de la réduction d'impôt pour frais de comptabilité et d'adhésion () ".
5. Il résulte des mentions de la proposition de rectification du 24 avril 2017 que, pour rejeter la comptabilité de M. A comme irrégulière et dépourvue de valeur probante, le service a relevé, à titre principal, que les recettes n'étaient pas détaillées et étaient inscrites au livre journal mensuellement à la fin de chaque mois civil. M. A soutient toutefois qu'en tant que médecin conventionné du secteur 1, il était dispensé de tenir un document journalier de ses recettes professionnelles en application du commentaire administratif précité. Si l'administration soutient que M. A ne pouvait pas bénéficier d'une telle dispense dès lors qu'il était qu'adhérent à une association agréée, il résulte dudit commentaire que cette dispense n'est exclue que pour les médecins conventionnés relevant du secteur I, qui adhèrent à une association agréée et sont soumis au régime micro-BNC, ce qui n'est pas le cas du requérant. Par suite, les requérants sont fondés à soutenir que c'est à tort que l'administration a écarté la comptabilité de M. A comme irrégulière et dépourvue de caractère probant.
6. Il résulte de ce qui précède que M. et Mme A sont fondés à demander la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2014 et 2015.
Sur les frais liés au litige :
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. et Mme A et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : M. et Mme A sont déchargés des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2014 et 2015.
Article 2 : L'Etat versera à M. et Mme A la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et Mme C A et à la directrice départementale des finances publiques de Seine-et-Marne.
Délibéré après l'audience du 18 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Le Broussois, président,
M. Meyrignac, premier conseiller,
Mme Jean, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 octobre 2024.
La rapporteure,
Signé : A. Jean Le président,
Signé : N. Le Broussois
La greffière,
Signé : L. Darnal
La République mande et ordonne au ministre chargé du budget et des comptes publics en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Toulon — N° TA83-2301720
01/07/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2517965
01/07/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2209847
01/07/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2302791
01/07/2026