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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2108959

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2108959

vendredi 7 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2108959
TypeDécision
Formation6ème chambre
Avocat requérantSCP ARENTS-TRENNEC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique enregistrés les 1er octobre 2021 et 3 janvier 2022, Mme B A, représentée par Me Trennec, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle l'administration a retiré la décision du 11 juin 2021 l'affectant au centre médical et pédagogique pour adolescents (CMPA) de Neufmoutiers-en-Brie ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision de retrait est entachée d'un vice de procédure ;

- elle est entachée d'erreur de droit.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 décembre 2021, le recteur de l'académie de Créteil conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable car dirigée contre une décision inexistante ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Seignat ;

- les conclusions de Mme Deleplancque, rapporteure publique ;

- et les observations de Mme A.

Le recteur de l'académie de Créteil n'était ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, professeure en lycée professionnel, est affectée depuis le 1er septembre 2005 à l'institut d'éducation motrice et de formation professionnelle de Voisenon. Dans le cadre du mouvement de mutation intra-académique au titre de l'année 2021, Mme A a sollicité son affectation au CMPA de Neufmoutiers-en-Brie. Le 11 juin 2021, elle était informée via le logiciel I-Prof de son affectation à compter du 1er septembre 2021 au CMPA de Neufmoutiers-en-Brie. Par courriel du 2 septembre 2021, Mme A était informée de ce que son affectation au CMPA de Neufmoutiers-en-Brie résultait d'un dysfonctionnement du logiciel I-Prof et qu'elle demeurait par conséquent affectée, pour l'année scolaire 2021/2022, à l'institut d'éducation motrice et de formation professionnelle de Voisenon. Mme A sollicite l'annulation de la décision de retrait de sa décision d'affectation au CMPA de Neufmoutiers-en-Brie du 11 juin 2021.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision () ".

3. Le recteur de l'académie de Créteil fait valoir que la requête est dirigée contre une décision inexistante. Toutefois, il ressort premièrement des pièces du dossier que par une décision du 11 juin 2021, transmise par le biais du logiciel I-Prof, Mme A s'est vue notifier son affectation au CMPA de Neufmoutiers-en-Brie. Les termes de cette décision, dépourvus de toute ambiguïté, prononçaient l'affectation de l'intéressée sans prévoir l'intervention ultérieure d'un arrêté et comportaient la mention des voies et délais de recours. Il ressort également des pièces du dossier que cette décision d'affectation, créatrice de droits, a fait l'objet d'un retrait, notifié par courriel du 2 septembre 2021. Le tribunal ayant bien été saisi par voie de recours formé contre cette décision de retrait, la fin de non-recevoir opposée par le recteur de l'académie de Créteil doit, dès lors, être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ". Aux termes de l'article L. 211-2 du même code : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits () ".

5. Il résulte de ce qui a été dit au point 3 que la décision d'affectation du 11 juin 2021 transmise par le logiciel I-Prof est une décision créatrice de droits, ayant fait l'objet d'un retrait, notifié par courriel du 2 septembre 2021. Il n'est pas contesté que la procédure contradictoire prévue par les dispositions du code des relations entre le public et l'administration précitées n'a pas été respectée, plus particulièrement que Mme A n'a pas été en mesure de présenter ses observations avant que n'intervienne la décision de retrait. A le supposer avéré, l'échange téléphonique informant Mme A d'un dysfonctionnement du logiciel I-Prof n'est pas constitutif d'une procédure contradictoire au sens des dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration précité, dans la mesure où l'intéressée n'a pas été mise à même de produire des observations sur les motifs ayant conduit au retrait de la décision d'affectation. Il suit de là que Mme A est fondée à soutenir que la décision retirant sa décision d'affectation au CMPA de Neufmoutiers-en-Brie est entachée d'un vice de procédure.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre moyen de la requête, que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision portant retrait de la décision du 11 juin 2021 l'affectant au CMPA de Neufmoutiers-en-Brie dans le cadre du mouvement de mutation intra-académique au titre de l'année 2021.

Sur les frais liés au litige :

7. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à Mme A au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La décision portant retrait de la décision affectant Mme A au centre médical et pédagogique pour adolescents de Neufmoutiers-en-Brie à compter du 1er septembre 2021 est annulée.

Article 2 : L'Etat versera à Mme A une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au recteur de l'académie de Créteil.

Délibéré après l'audience du 11 février 2025, à laquelle siégeaient :

M. Dewailly, président,

Mme Iffli, conseillère,

Mme Seignat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mars 2025.

La rapporteure,

D. SEIGNAT

Le président,

S. DEWAILLYLa greffière,

L. SUEUR

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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