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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2110385

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2110385

lundi 19 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2110385
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation9ème chambre, JU
Avocat requérantGRAUZAM - ELBAZ - SAMAMA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 novembre 2021, M. B C A, représenté par le cabinet Aarpi Ges Avocats Grauzman-Elbaz-Samama, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision référencée " 48SI " du 11 mai 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté la perte de validité de son permis de conduire pour solde de points nul ;

2°) d'annuler les décisions portant retrait de points consécutivement aux infractions commises les 20 février 2014, 1er mars 2016, 29 décembre 2016, 22 décembre 2016,

23 novembre 2016, 30 juillet 2017, 19 janvier 2019 et 23 septembre 2020 ;

3°) d'ordonner la restitution des points illégalement retirés de son permis de conduire.

Il soutient que :

- il n'a pas reçu les informations prévues par les dispositions de l'article L. 223-3 et

R. 223-3 du code de la route ;

- il n'a pas été informé des décisions portant retrait de points ; l'administration ne rapporte pas la preuve de la notification de ces décisions ; il ne peut se voir opposer ces décisions ainsi que celle portant invalidation de son permis de conduire ; les décisions portant retrait de points ont été prises aux termes d'une procédure irrégulière.

- l'annulation des décisions portant retrait de points implique la restitution de tous les points de son permis de conduire ; a minima, son permis de conduire est doté de quatre points en tenant compte des retraits, des stages réalisés et des restitutions de points ;

- il n'a pas reçu l'avis de contravention ni l'avis forfaitaire majoré s'agissant des infractions relevées les 22 décembre et le 23 novembre 2016 ;

- il n'est pas l'auteur des infractions constatées les 19 janvier 2019 et 23 septembre 2020.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 février 2022, le ministre de l'intérieur conclut au non-lieu à statuer sur la requête de M. A et au rejet du surplus de ses conclusions.

Il soutient que :

- à titre principal, sur le non-lieu partiel à statuer : les conclusions aux fins d'annulation de la décision " 48SI " en tant qu'elle invalide le permis de conduire de M. A sont sans objet dès lors que l'administration est réputée l'avoir retirée après que les mentions se rapportant à l'infraction du 23 septembre 2000 aient été supprimées du relevé d'information intégral et qu'en raison de cette rectification son capital a été crédité de deux points ;

- à titre subsidiaire, les conditions de notification d'une décision sont sans incidence sur sa légalité ; les décisions portant retrait de points ont été portées à la connaissance de M. A ;

- les autres moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement est susceptible d'être fondé sur les moyens relevés d'office tirés :

- d'une part, de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation des décisions portant retrait de points consécutivement aux infractions relevées les 20 février 2014,

1er mars 2016, 29 décembre 2016, 22 décembre 2016 et 30 juillet 2017 dès lors que les points retirés ont été restitués à M. A respectivement les 7 octobre 2014, 16 septembre 2016,

20 juillet 2017, 19 octobre 2017 et 28 mai 2018, soit antérieurement à la date d'enregistrement de la requête ;

- d'autre part, le relevé d'information intégral produit par le ministre de l'intérieur ne comporte aucune mention de la décision portant retrait de point consécutivement à l'infraction constatée le 23 septembre 2020. Le ministre de l'intérieur doit ainsi être regardé comme ayant implicitement mais nécessairement retiré cette décision. De sorte que les conclusions aux fins d'annulation de la décision portant retrait de point consécutivement à cette infraction est devenue sans objet. Il n'y a donc pas lieu de statuer sur ces conclusions

Par une ordonnance du 8 décembre 2021, la clôture d'instruction a été fixée au

8 avril 2022 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Bonneau-Mathelot, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Bonneau-Mathelot a été entendu.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A a commis différentes infractions au code de la route les

20 février 2014, 1er mars 2016, 29 décembre 2016, 22 décembre 2016, 23 novembre 2016,

30 juillet 2017, 19 janvier 2019 et 23 septembre 2020 ayant entraîné le retrait de douze points sur son permis de conduire. Par une décision référencée " 48SI " du 11 mai 2021, le ministre de l'intérieur a récapitulé les décisions de retrait de points antérieures, constaté la perte de validité de son permis de conduire pour solde de point nul, lui a interdit de conduire et lui a enjoint de restituer son permis. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler la décision référencée " 48SI " du 11 mai 2021 ainsi que les décisions de retrait de points consécutives aux infractions commises les 20 février 2014, 1er mars 2016, 29 décembre 2016, 22 décembre 2016,

23 novembre 2016, 30 juillet 2017, 19 janvier 2019 et 23 septembre 2020.

Sur l'étendue du litige :

2. Un recours de plein contentieux tendant à l'annulation d'un acte administratif n'a d'autre objet que d'en faire prononcer l'annulation avec effet rétroactif. Si avant que le juge n'ait statué, l'acte attaqué est rapporté par l'autorité compétente, il emporte alors disparition rétroactive de l'ordonnancement juridique de l'acte contesté, ce qui conduit à ce qu'il n'y ait pas lieu pour le juge de la légalité de statuer sur le mérite du recours dont il était saisi. Il en va ainsi, quand bien même l'acte rapporté aurait reçu exécution. Dans le cas où l'administration se borne à procéder à l'abrogation de l'acte attaqué, cette circonstance prive d'objet le recours formé à son encontre, à la condition que cet acte n'ait reçu aucune exécution pendant la période où il était en vigueur.

3. Il résulte de l'instruction et, notamment, du relevé d'information intégral extrait du permis de conduire de M. A, édité le 1er février 2022, et produit par le ministre de l'intérieur, que le solde de points du requérant, redevenu positif, est de deux points le 12 avril 2021, date de la dernière mise à jour du fichier. En outre, aucune mention concernant l'existence d'une décision référencée " 48SI " portant invalidation du permis de conduire de M. A et d'une décision portant retrait de point consécutive à l'infraction commise le 23 septembre 2020 ne figure sur le relevé d'information intégral. Par suite, le ministre de l'intérieur doit être regardé comme ayant implicitement mais nécessairement retiré les décisions référencée " 48SI " et portant retrait de point consécutive à l'infraction du 23 septembre 2020 litigieuse. Il ne résulte pas de l'instruction que ces retraits n'auraient pas acquis un caractère définitif. Dès lors, il n'y a plus lieu, de statuer sur les conclusions tendant à l'annulation des décisions référencée " 48SI " et portant retrait de point consécutive à l'infraction du 23 septembre 2020 attaquées.

Sur la recevabilité des conclusions aux fins d'annulation des décisions portant retrait de points consécutives aux infractions commises les 20 février 2014, 1er mars 2016,

29 décembre 2016, 22 décembre 2016 et 30 juillet 2017

4. Il résulte de l'instruction et, notamment, du relevé d'information

intégral extrait du permis de conduire de M. A, édité le 1er février 2022, et produit par le ministre de l'intérieur, que les points retirés de son permis de conduire consécutivement aux infractions commises les 20 février 2014, 1er mars 2016, 29 décembre 2016, 22 décembre 2016 et 30 juillet 2017 lui ont été restitués respectivement les 7 octobre 2014, 16 septembre 2016,

20 juillet 2017, 19 octobre 2017 et 28 mai 2018, soit avant l'introduction de sa requête. Ainsi, les conclusions de M. A, tendant à l'annulation des décisions portant retrait de points consécutivement à ces infractions sont irrecevables et doivent, pour ce motif, être rejetées.

Sur le surplus des conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut d'information préalable :

5. Il résulte des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route que l'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie que si l'auteur de l'infraction s'est vu préalablement délivrer par elle un document contenant les informations prévues auxdits articles L. 223-3 et R. 223-3, lesquelles constituent une garantie essentielle permettant à l'intéressé de contester la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, de la remise d'un tel document.

S'agissant de l'infraction commise le 23 novembre 2016 :

6. Lorsqu'une contravention mentionnée à l'article L. 121-3 du code de la route est constatée sans interception du véhicule et à l'aide d'un système de contrôle automatisé enregistrant les données en numérique, le service verbalisateur adresse à l'intéressé un formulaire unique d'avis de contravention, qui comprend en bas de page la carte de paiement et comporte, d'une part, les références de l'infraction dont la connaissance est matériellement indispensable pour procéder au paiement de l'amende forfaitaire et, d'autre part, une information suffisante au regard des exigences résultant des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

7. Il résulte de l'instruction et, notamment, des mentions du relevé d'information intégral extrait du système national du permis de conduire de M. A, édité le 1er février 2022, produit par le ministre de l'intérieur, que l'intéressé a commis le 23 novembre 2016 une infraction au code de la route relevée par radar automatique, ainsi que l'atteste la mention " CNT-CSA " portée sur ce relevé, qui a donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée. Si le ministre de l'intérieur produit la copie anonymisée d'un avis de contravention correspondant à une infraction relevée à l'encontre d'un tiers comportant les informations prescrites par l'article L. 223-3 du code de la route, ce document ne permet pas d'établir que M. A aurait été destinataire des avis de contravention correspondant aux infractions qui lui sont reprochées et, par suite, des informations exigées par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Dans ces conditions, le ministre de l'intérieur, qui fait valoir que M. A n'a été privé d'aucune garantie, ne peut utilement relever que " les infractions des 1er mars et 29 décembre 2016 sont de même nature (). Dès lors, M. A qui s'est vu lors de ces infractions délivrer l'information préalable prescrite par les dispositions des articles L. 223-3 du code de la route ne saurait valablement soutenir que l'éventuelle omission de cette information lors de la constatation des infractions des 23 novembre 2016 () aurait eu pour effet de le priver d'une garantie substantielle instituée par la loi ". Il suit de là que M. A est fondé à soutenir que la décision par laquelle le ministre de l'intérieur a retiré un point du capital de son permis de conduire consécutivement à l'infraction du 23 novembre 2016 est intervenue à la suite d'une procédure irrégulière.

S'agissant de l'infraction commise le 19 janvier 2019 :

8. Il résulte de l'instruction et, notamment, des mentions du relevé d'information intégral extrait du système national du permis de conduire de M. A, édité le 1er février 2022, produit par le ministre de l'intérieur, que l'infraction commise le 19 janvier 2019 a été constatée par procès-verbal dématérialisé dressé au moyen d'un appareil électronique sécurisé et a donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée. Le ministre de l'intérieur, qui s'est borné à produire le procès-verbal électronique, signé du seul agent de police judiciaire, dépourvu des mentions prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, n'apporte aucun élément permettant d'établir que M. A aurait été informé dans les conditions prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Il suit de là que M. A est fondé à soutenir que la décision par laquelle le ministre de l'intérieur a retiré trois points du capital de son permis de conduire consécutivement à l'infraction du 19 janvier 2019 est intervenue à la suite d'une procédure irrégulière

9. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation des décisions portant de retrait de points consécutives aux infractions des 23 novembre 2016 et 19 janvier 2019.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

10. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique, dans la limite du nombre maximum de points que peut comporter le capital du permis de conduire de M. A et sous réserve de retraits de points éventuellement prononcés par ailleurs à raison d'infractions étrangères à la présente instance, de lui restituer les points illégalement retirés de son permis de conduire à la suite des infractions relevées les 23 novembre 2016 et 19 janvier 2019. Il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer d'y procéder dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision référencée " 48SI " du 11 février 2020 en tant qu'elle invalide le permis de conduire de M. A et de la décision portant retrait de point consécutivement à l'infraction du 23 septembre 2020.

Article 2 : Les décisions du ministre de l'intérieur portant retrait de points consécutives aux infractions commises les 23 novembre 2016 et 19 janvier 2019 sont annulées.

Article 3 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de restituer les points illégalement retirés du permis de conduire de M. A consécutivement aux infractions relevées les 23 novembre 2016 et 19 janvier 2019 dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sous réserve de retraits de points éventuellement prononcés par ailleurs à raison d'infractions étrangères à la présente instance.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 février 2024.

La magistrate désignée,

S. BONNEAU-MATHELOT La greffière,

S. SCHILDER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2110385

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