jeudi 4 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2110485 |
| Type | Décision |
| Recours | Interprétation |
| Publication | C |
| Formation | 9ème chambre |
| Avocat requérant | MEKARBECH |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 16 novembre 2021, Mme B A, représentée par Me Mekarbech, doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) de condamner l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris à lui verser la somme globale de 45 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis ;
2°) de mettre à la charge de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris, en cas d'admission définitive à l'aide juridictionnelle, la somme de 2 000 euros hors taxes, à verser à Me Mekarbech, son conseil, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle ou, en cas de rejet de la demande d'aide juridictionnelle, la somme de 1 500 euros hors taxes à lui verser au titre de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le tribunal ayant, par un jugement du 30 octobre 2018, annulé l'arrêté du 29 juin 2016 par lequel l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris l'a licenciée pour faute professionnelle grave, la responsabilité de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris est engagée du fait de cette illégalité fautive ;
- elle a subi plusieurs préjudices en lien avec ce licenciement illégal ;
- elle a subi un préjudice financier résultant de la perte de traitements et primes qu'elle aurait dû recevoir depuis le 29 juin 2016 ; cette somme est déterminable ;
- elle a subi un préjudice moral qu'elle évalue à la somme de 15 000 euros ;
- elle a subi un préjudice lié à l'incidence professionnelle ou " préjudice de carrière " qu'elle évalue à la somme de 20 000 euros ;
- elle a subi des troubles dans ses conditions d'existence qu'elle évalue à la somme de 10 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 septembre 2022,
l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris, représentée par son directeur général en exercice, conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- à titre principal, la requête est irrecevable pour être tardive ;
- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 4 octobre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au
4 novembre 2022 à 12 heures.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 janvier 2022 du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal administratif de Melun.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Réchard,
- et les conclusions de Mme Van Daële, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, recrutée par contrat à durée déterminée au sein de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), à compter du 3 mars 2014, pour y exercer les fonctions d'assistante puis d'assistante de direction, a été, par un arrêté du 29 juin 2016 du directeur général de l'AP-HP licenciée pour faute professionnelle grave à compter du
1er juillet 2016. Par un jugement n° 1607159 du 30 octobre 2018, le tribunal administratif de Melun a annulé cette décision de licenciement aux motifs, notamment, que les manquements qui lui étaient reprochés n'étaient pas établis ou ne constituaient pas une faute de nature à justifier une sanction disciplinaire. Par une réclamation indemnitaire préalable du 30 mars 2021, Mme A a sollicité de l'AP-HP la réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis résultant de l'illégalité fautive de son licenciement. L'AP-HP, qui a gardé le silence sur cette demande, doit être regardée comme ayant implicitement rejeté celle-ci en application des dispositions de l'article L. 231-4 du code des relations entre le public et l'administration. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal de condamner l'AP-HP à lui payer la somme globale de 45 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis résultant de l'illégalité fautive commise par l'AP-HP en prononçant, par l'arrêté du 29 juin 2016, son licenciement.
2. L'AP-HP oppose une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête de Mme A.
3. D'une part, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. / () ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 421-2 de ce code : " Sauf disposition législative ou réglementaire contraire, dans les cas où le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet, l'intéressé dispose, pour former un recours, d'un délai de deux mois à compter de la date à laquelle est née une décision implicite de rejet. Toutefois, lorsqu'une décision explicite de rejet intervient avant l'expiration de cette période, elle fait à nouveau courir le délai de recours ".
4. D'autre part, aux termes de l'article L. 112-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les dispositions de la présente sous-section ne sont pas applicables aux relations entre l'administration et ses agents ". Cette sous-section comprend l'article L. 112-3, aux termes duquel : " Toute demande adressée à l'administration fait l'objet d'un accusé de réception. / () ", ainsi que l'article L. 112-6, aux termes duquel : " Les délais de recours ne sont pas opposables à l'auteur d'une demande lorsque l'accusé de réception ne lui a pas été transmis ou ne comporte pas les indications exigées par la réglementation. / Le défaut de délivrance d'un accusé de réception n'emporte pas l'inopposabilité des délais de recours à l'encontre de l'auteur de la demande lorsqu'une décision expresse lui a été régulièrement notifiée avant l'expiration du délai au terme duquel est susceptible de naître une décision implicite ".
5. Enfin, l'article L. 231-4 du code des relations entre le public et l'administration prévoit que le silence gardé par l'administration pendant deux mois vaut décision de rejet dans les relations entre les autorités administratives et leurs agents.
6. Il résulte des dispositions précitées aux points 3. à 5. du présent jugement qu'en cas de naissance d'une décision implicite de rejet du fait du silence gardé par l'administration pendant la période de deux mois suivant la réception d'une demande, le délai de deux mois pour former un recours contentieux contre une telle décision implicite court dès sa naissance à l'encontre d'un agent public, alors même que l'administration n'a pas accusé réception de la demande de cet agent, les dispositions des articles L. 112-3 et L. 112-6 du code des relations entre le public et l'administration n'étant pas applicables aux agents publics. Ce n'est qu'au cas où, dans le délai de deux mois ainsi décompté, l'auteur de la demande adressée à l'administration reçoit notification d'une décision expresse de rejet qu'il dispose alors, à compter de cette notification, d'un nouveau délai pour se pourvoir.
7. Il résulte de l'instruction que Mme A a, par une réclamation indemnitaire préalable du 30 mars 2021 présentée par l'intermédiaire de son conseil, reçue le 3 avril 2021, sollicité du directeur général de l'AP-HP la réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis résultant de l'arrêté du 29 juin 2016 prononçant son licenciement et que le
tribunal administratif de Melun a annulé par un jugement du 30 octobre 2018. L'absence de réponse de l'AP-HP à cette demande pendant plus de deux mois a donné naissance à une décision implicite de rejet le 3 juin 2021, l'AP-HP n'ayant pas notifié à Mme A dans ce délai une décision expresse de rejet, qui n'avait pas à faire l'objet de l'accusé de réception prévu par les dispositions précitées de l'article L. 112-3 du code des relations entre le public et l'administration dès lors que le présent litige concerne les relations entre l'administration et l'un de ses anciens agents contractuels au sens et pour l'application de l'article L. 112-2 du même code. Il suit de là qu'en application des dispositions susmentionnées aux points 3. à 5. du présent jugement, le délai de recours contentieux contre cette décision implicite de rejet a commencé à courir à compter du 4 juin 2021 et a expiré le 4 août 2021. Dès lors, la requête de Mme A, enregistrée le 16 novembre 2021, soit postérieurement à l'expiration du délai de recours contentieux, est tardive et, par suite, irrecevable. Ainsi, la fin de non-recevoir opposée par l'AP-HP doit être accueillie.
8. Il suit de là que la requête de Mme A, qui est irrecevable, doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à
l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris.
Délibéré après l'audience du 29 février 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Bonneau-Mathelot, présidente,
Mme Réchard, première conseillère,
Mme Luneau, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2024.
La rapporteure,
J. RECHARD
La présidente,
S. BONNEAU-MATHELOT La greffière,
S. SCHILDER
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2110485
Tribunal Administratif de Strasbourg — N° TA67-2602087
Le Tribunal Administratif de Strasbourg a été saisi par M. B... d’une demande d’injonction, sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, visant à contraindre le préfet du Bas-Rhin à instruire les demandes de titres de voyage pour ses filles mineures. Le tribunal a rejeté la requête, estimant que la mesure sollicitée ferait obstacle à l’exécution d’une décision administrative implicite de rejet née du silence gardé par l’administration pendant deux mois, conformément aux articles L. 231-1 et L. 231-4 du code des relations entre le public et l’administration. Il a également jugé que la condition d’urgence n’était pas caractérisée, les circonstances invoquées par le requérant ne suffisant pas à l’établir.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Nantes — N° TA44-2405746
Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de Mme A..., une ressortissante algérienne, visant à annuler le refus de délivrance d'un visa de court séjour en France. Le tribunal a jugé que la décision explicite de rejet du 12 février 2024, dûment motivée, s'était substituée à la décision implicite initialement contestée, rendant irrecevable le moyen tiré de l'insuffisance de motivation. Il a estimé que l'administration avait légalement justifié son refus en relevant un risque de non-retour au pays d'origine, au regard notamment des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
08/04/2026
Tribunal Administratif de Nantes — N° TA44-2407604
Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête en annulation d'une décision implicite de rejet d'un visa de regroupement familial pour un enfant. Le juge a estimé que l'autorité consulaire était fondée à refuser le visa en raison du défaut d'authenticité des actes d'état civil produits, un motif relevant de l'ordre public. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment ses articles L. 434-1, L. 434-2 et D. 312-8-1.
08/04/2026
Tribunal Administratif de Nantes — N° TA44-2408427
Le Tribunal Administratif de Nantes rejette la requête d'un ressortissant marocain visant l'annulation du rejet implicite de son recours contre le refus d'un visa de long séjour en qualité de travailleur saisonnier. Le tribunal estime que l'administration consulaire était fondée à refuser le visa en raison d'un risque avéré de détournement de son objet, motif qu'elle a pu retenir indépendamment de la détention d'une autorisation de travail. La décision s'appuie sur les articles L. 312-2 et D. 312-8-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que sur l'article L. 5221-2 du code du travail.
08/04/2026