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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2110659

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2110659

vendredi 27 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2110659
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre
Avocat requérantRICHER & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 novembre 2021, M. C B représenté par Me Potier, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 13 septembre 2021 par laquelle le maire de Chessy a préempté les parcelles cadastrées AD n° 443 pour partie, n° 647 pour partie, n° 444 et n° 650 situées sur le territoire de la commune de Chessy ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Chessy la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le requérant soutient que :

- le maire n'a pas transmis la copie de la déclaration d'intention d'aliéner au responsable départemental des services fiscaux comme exigé par l'article L. 213-1 alinéa 5 du code de l'urbanisme ;

- l'arrêté attaqué n'a pas été publié ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée au regard des dispositions de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et de l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme dès lors qu'elle ne permet pas de démontrer la réalité du projet de développement des espaces verts ;

- la décision contestée est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions des articles L. 210-1 et L. 300-1 du code de l'urbanisme, dès lors que la commune ne justifie pas de la réalité d'un projet effectif ;

- il n'a pas pour projet d'établir une construction sur les parcelles concernées puisqu'il souhaite affecter ces terrains au loisir d'un cheval.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 septembre 2022, la commune de Chessy représentée par Me Richer, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge du requérant au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le moyen soulevé à l'encontre de la déclaration d'intention d'aliéner est inopérant ;

- l'obligation de publication de l'arrêté n'était pas prescrite à peine de nullité de la décision de préemption ;

- l'arrêté attaqué est suffisamment motivé ;

- la réalité du projet est justifiée par la mise en protection et en valeur de la Dhuis ;

- l'affectation des terrains au loisir d'un cheval ne figure pas parmi les projets envisagés au titre de l'usage du droit de préemption par la commune.

La requête a été communiquée aux consorts A qui n'ont pas produit d'observations.

Par une lettre du 18 juillet 2022, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de la période à laquelle il était envisagé d'appeler l'affaire à une audience et que l'instruction pourrait être close à partir du 15 septembre 2022 sans information préalable.

Une ordonnance de clôture d'instruction immédiate a été prise le 1er juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Senichault de Izaguirre, conseillère,

- les conclusions de Mme Morisset, rapporteure publique,

- et les observations de Me Guiorguieff, représentant la commune de Chessy.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 13 septembre 2021, le maire de Chessy a décidé d'exercer le droit de préemption urbain sur les parcelles cadastrées AD n° 443 pour partie et n° 647 pour partie, situées rue des coulommieres, et n° 444 et n° 650 situées au lieu-dit les bouillants sur le territoire de la commune de Chessy pour une superficie totale de 945 m² au prix de 25 000 euros. Par le présent recours, M. B, en qualité d'acquéreur évincé, demande au tribunal d'annuler la décision de préemption du 13 septembre 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 213-2 du code de l'urbanisme : " Toute aliénation visée à l'article L. 213-1 est subordonnée, à peine de nullité, à une déclaration préalable faite par le propriétaire à la mairie de la commune où se trouve situé le bien. () Le silence du titulaire du droit de préemption pendant deux mois à compter de la réception de la déclaration mentionnée au premier alinéa vaut renonciation à l'exercice du droit de préemption. () Lorsqu'il envisage d'acquérir le bien, le titulaire du droit de préemption transmet sans délai copie de la déclaration d'intention d'aliéner au responsable départemental des services fiscaux. La décision du titulaire fait l'objet d'une publication. Elle est notifiée au vendeur, au notaire et, le cas échéant, à la personne mentionnée dans la déclaration d'intention d'aliéner qui avait l'intention d'acquérir le bien. () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que la commune de Chessy a transmis au directeur régional des finances publiques la déclaration d'intention d'aliéner le 6 septembre 2021 et qu'un avis favorable de la direction nationale d'intervention domaniale a été formulé le 8 septembre 2021. Ainsi, le vice de procédure allégué manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, le moyen tiré du défaut de publication de l'arrêté du 13 septembre 2021 manque en fait et ne peut qu'être écarté, dès lors que la commune de Chessy produit en défense un certificat de publication dudit arrêté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme : " Les droits de préemption institués par le présent titre sont exercés en vue de la réalisation, dans l'intérêt général, des actions ou opérations répondant aux objets définis à l'article L. 300-1, à l'exception de ceux visant à sauvegarder ou à mettre en valeur les espaces naturels, à préserver la qualité de la ressource en eau et à permettre l'adaptation des territoires au recul du trait de côte, ou pour constituer des réserves foncières en vue de permettre la réalisation desdites actions ou opérations d'aménagement. / () / Toute décision de préemption doit mentionner l'objet pour lequel ce droit est exercé () ". Aux termes de l'article L. 300-1 du même code : " Les actions ou opérations d'aménagement ont pour objets de mettre en œuvre un projet urbain, une politique locale de l'habitat, d'organiser la mutation, le maintien, l'extension ou l'accueil des activités économiques, de favoriser le développement des loisirs et du tourisme, de réaliser des équipements collectifs ou des locaux de recherche ou d'enseignement supérieur, de lutter contre l'insalubrité et l'habitat indigne ou dangereux, de permettre le renouvellement urbain, de sauvegarder ou de mettre en valeur le patrimoine bâti ou non bâti et les espaces naturels, notamment en recherchant l'optimisation de l'utilisation des espaces urbanisés et à urbaniser. / () ". Il résulte de ces dispositions que les collectivités titulaires du droit de préemption urbain peuvent légalement exercer ce droit, d'une part, si elles justifient, à la date à laquelle elles l'exercent, de la réalité d'un projet d'action ou d'opération d'aménagement répondant aux objets mentionnés à l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme, alors même que les caractéristiques précises de ce projet n'auraient pas été définies à cette date, et, d'autre part, si elles font apparaître la nature de ce projet dans la décision de préemption.

6. D'une part, la décision attaquée vise les éléments de droit relatifs au droit de préemption urbain ainsi que l'arrêté n° 29-2021 de Val d'Europe agglomération portant délégation ponctuelle du droit de préemption à la commune. D'autre part, elle indique que la commune de Chessy a engagé une politique en faveur de la protection de la Dhuis et de la mise en valeur de ses espaces verts qui porte notamment sur la création d'un écrin vert naturel en empêchant les constructions qui contreviendraient à cet objectif. Elle fait notamment référence à diverses prescriptions du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal du Val d'Europe qui rendraient les parcelles préemptées inconstructibles. Elle précise également que la commune souhaite accompagner le développement d'espaces verts afin d'améliorer la qualité de vie de ses habitants, ainsi que leur santé en privilégiant la nature en ville et la préservation de la biodiversité. Elle mentionne, enfin, que la Dhuis, qui est une promenade piétonne, doit être conservée et qu'il convient de privilégier une aire de pique-nique et de repos sur les terrains qui font l'objet de la décision de préemption. Ainsi, la décision litigieuse comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et a mis le requérant à même de connaître le projet en vue duquel le droit de préemption est exercé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision attaquée doit être écarté comme manquant en fait.

7. En quatrième lieu, il résulte de la décision attaquée que l'acquisition des parcelles litigieuses a pour objet de permettre la conservation du chemin de promenade piétonne le long de la Dhuys et de permettre l'installation d'une aire de pique-nique et de repos, que ces actions s'inscrivent dans un objectif de protection de la protection de la Dhuis et de mise en valeur des espaces verts. Il ressort des pièces du dossier que les parcelles concernées sont classées en zone UFa du règlement du plan local d'urbanisme, que cette zone est destinée à accueillir un habitat de très faible densité pour préserver la qualité paysagère et les boisements, qu'ainsi le règlement protège les abords de la Dhuis en interdisant les constructions dans une bande de 13 mètres de part et d'autre de l'aqueduc et limite fortement les constructions dans cette zone, ce qui est cohérent avec le 5ème axe stratégique du projet d'aménagement et de développement durables, qui a, notamment, pour objectif de préserver les trames vertes et bleues et d'offrir un cadre de vie comportant des espaces de respiration en développant les espaces verts dans le tissu urbain et en réhabilitant les espaces verts existants. Dans ces circonstances, alors que les caractéristiques du projet n'avaient pas à être précisément définies à la date à laquelle la décision de préemption a été prise, la commune de Chessy justifiait, à la date de la décision attaquée, d'un projet réel. Par suite, le moyen tiré de ce que la réalité d'un projet justifiant la préemption n'est pas établie doit être écarté.

8. En cinquième et dernier lieu, si le requérant soutient qu'il n'a pas pour projet d'établir des constructions sur ces terrains et qu'il souhaite les affecter au loisir d'un cheval, ce moyen est inopérant quant à la légalité de la décision attaquée et doit, par suite, être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 13 septembre 2021 par laquelle le maire de la commune de Chessy a préempté les parcelles cadastrées AD n° 443 pour partie, n° 647 pour partie, n° 444 et n° 650 situés sur le territoire de la commune de Chessy doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Chessy qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que le requérant demande au titre des frais liés au litige.

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B la somme de 1 500 euros à verser à la commune de Chessy au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : M. B versera à la commune de Chessy une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à la commune de Chessy et à M. A.

Délibéré après l'audience du 6 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Mullié, présidente,

Mme Blanc, conseillère,

Mme Sénichault de Izaguirre, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 octobre 2023.

La rapporteure,

J. SENICHAULT DE IZAGUIRRELa présidente,

N. MULLIE

La greffière,

H. KELI

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier

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