mardi 6 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2111111 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | LAROCHE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 2 décembre 2021 et 11 avril 2023, M. A et Mme C E, représentés par Me Dardel, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 9 juin 2021 par lequel le maire d'Alfortville ne s'est pas opposé à la déclaration préalable présentée par M. D tendant à l'extension d'une maison individuelle sur la parcelle cadastrée section I n° 45 sise 117 bis rue Véron (Alfortville) ainsi que la décision implicite de rejet de leur recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de la commune d'Alfortville une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- leur requête est recevable ; en particulier, elle n'est pas tardive et, en leur qualité de voisins immédiats, ils justifient d'un intérêt pour agir dès lors que la construction projetée va entraîner, sur leur propriété, une perte d'ensoleillement et de vue ainsi que des nuisances sonores ;
- le permis de construire en litige a été signé par une autorité incompétente ;
- il méconnaît les dispositions de l'article R. 431-35 du code de l'urbanisme dès lors que ce permis autorise une démolition de 6,1 m² et non de 5,4 m² ;
- il méconnaît les dispositions de l'article R. 431-36 du code de l'urbanisme dès lors que le plan joint au dossier de déclaration préalable ne permet pas de situer le terrain au sein de la commune et qu'aucune représentation de l'aspect extérieur du projet n'est joint à la demande ;
- il est entaché d'une erreur de droit dès lors que le projet était soumis à permis de construire puisqu'il prévoit la création d'une emprise au sol supérieure à 20 m² ;
- il méconnaît les dispositions de l'article UA 4.2. du règlement du plan local d'urbanisme dès lors que le projet devait prévoir la plantation d'un arbre ;
- il méconnait les dispositions de l'article UA 5.2. de ce règlement dès lors que le projet ne prévoit pas la création d'un local vélo.
Par des mémoires en défenses enregistrés les 27 décembre 2021 et 20 mai 2022, M. D, représenté par Me Laroche, conclut au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce que le tribunal mette en œuvre les dispositions des articles L. 600-5 et L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et, en tout état de cause, à ce qu'il soit mis à la charge de M. et Mme E la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable pour être tardive ;
- les moyens soulevés par M. et Mme E ne sont pas fondés.
La requête a été communiquée à la commune d'Alfortville qui n'a pas présenté de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Cabal,
- les conclusions de M. Grand rapporteur public,
- et les observations de Me Laroche, représentant M. D.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 9 juin 2021, le maire d'Alfortville ne s'est pas opposé à la déclaration préalable déposée par M. D en vue de l'extension d'une maison individuelle située sur la parcelle cadastrée section I n° 45 sise 117 bis rue Véron à Alfortville. M. et Mme E ont formé, le 1er août 2021, un recours gracieux contre cette décision qui a été implicitement rejeté. M. et Mme E demandent au tribunal d'annuler l'arrêté du 9 juin 2021 ainsi que la décision implicite de rejet de leur recours gracieux.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté en litige a été signé par M. F, 5ème adjoint au maire d'Alfortville qui a reçu, par un arrêté du 28 novembre 2020, régulièrement affiché et transmis au service du contrôle de légalité le 2 décembre suivant, délégation du maire d'Alfortville pour signer notamment les autorisations et utilisations des sols. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision en litige manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 431-35 du code de l'urbanisme : " La déclaration préalable précise : / () e) Les éléments, fixés par arrêtés, nécessaires au calcul des impositions ; () ". Aux termes de l'article R. 431-36 du même code : " Le dossier joint à la déclaration comprend : / a) Un plan permettant de connaître la situation du terrain à l'intérieur de la commune ; () c) Une représentation de l'aspect extérieur de la construction faisant apparaître les modifications projetées et si le projet a pour effet de modifier celui-ci ; () ".
4. La circonstance que le dossier de déclaration préalable ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité la décision de non-opposition à déclaration préalable que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.
5. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le projet en litige a pour seul objet l'extension d'une maison individuelle. Dans ces conditions, la circonstance que la surface démolie de l'annexe mentionnée sur le formulaire Cerfa joint à la déclaration préalable, laquelle a été autorisée par un permis de démolir distinct du 29 avril 2021, serait inexacte n'a pas été de nature à induire en erreur le service instructeur sur la consistance de ce projet et le respect des règles d'urbanisme qui lui sont applicables.
6. D'autre part, le dossier de déclaration préalable contient un plan cadastral indiquant précisément la parcelle sur laquelle doit être réalisé le projet litigieux. Par suite, et contrairement à ce que soutiennent les requérants, le dossier de déclaration préalable a permis au service instructeur de pouvoir situer le terrain à l'intérieur de la commune. Par ailleurs, il ressort également de ce même dossier qu'il comprenait des plans de coupe " DP 3 " et des plans de façade " DP 4 " représentant l'aspect extérieur de la construction et faisant apparaître les modifications projetées.
7. Il résulte de ce qui précède que les moyens tirés de la méconnaissance des articles R. 431-35 et R. 431-36 du code de l'urbanisme ne peuvent qu'être écartés.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 421-14 du code de l'urbanisme : " Sont soumis à permis de construire les travaux suivants, exécutés sur des constructions existantes, à l'exception des travaux d'entretien ou de réparations ordinaires : / () b) Dans les zones urbaines d'un plan local d'urbanisme ou d'un document d'urbanisme en tenant lieu, les travaux ayant pour effet la création d'une surface de plancher ou d'une emprise au sol supérieure à quarante mètres carrés ; toutefois, demeurent soumis à permis de construire les travaux ayant pour effet la création de plus de vingt mètres carrés et d'au plus quarante mètres carrés de surface de plancher ou d'emprise au sol, lorsque leur réalisation aurait pour effet de porter la surface ou l'emprise totale de la construction au-delà de l'un des seuils fixés à l'article R. 431-2 ; () ". Aux termes de l'article R. 431-2 du même code : " Pour l'application de l'article 4 de la loi n° 77-2 du 3 janvier 1977 sur l'architecture, ne sont toutefois pas tenues de recourir à un architecte les personnes physiques, les exploitations agricoles ou les coopératives d'utilisation de matériel agricole agréées au titre de l'article L. 525-1 du code rural et de la pêche maritime qui déclarent vouloir édifier ou modifier pour elles-mêmes : / a) Une construction à usage autre qu'agricole dont la surface de plancher n'excède pas cent cinquante mètres carrés ; () ".
9. Il ressort des pièces du dossier que la commune d'Alfortville est couverte par un plan local d'urbanisme approuvé le 14 décembre 2016 et modifié le 2 octobre 2019, et que le terrain d'assiette du projet se situe en zone urbaine. En outre, il est constant que l'extension sollicitée est d'une emprise au sol inférieure à 40 m² et qu'elle n'a pas pour effet de porter au-delà de 150 m² la surface ou l'emprise totale de la construction. Il suit de là que le moyen tiré de ce que les travaux auraient dû faire l'objet d'un permis de construire doit être écarté.
10. En quatrième lieu, aux termes du point 4.2. du chapitre 4 du règlement du plan local d'urbanisme applicable à la zone UA : " Un arbre doit être maintenu ou planté par tranche complète de 50 m² de surface d'espaces de pleine terre. ". Le lexique de ce règlement définit l'espace de pleine terre comme : " Un espace est considéré comme de pleine terre lorsqu'il ne fait l'objet d'aucune forme d'imperméabilisation en surface comme en sous-sol. ". Dans le silence du plan local d'urbanisme, ces dispositions doivent être regardées comme s'appliquant tant aux constructions nouvelles qu'aux travaux effectués sur des constructions existantes.
11. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du plan de masse " DP 2 " joint à la déclaration préalable, qu'une surface d'environ 51 m² est conservée en espace libre. En se bornant à soutenir qu' " aucun arbre ne sera planté dans la cadre du projet ", les requérants n'établissent ni que cette surface doit être regardée de pleine terre au sens des dispositions du règlement du plan local d'urbanisme, ni, et en tout état de cause, qu'elle ne serait pas déjà plantée et que le projet aurait pour effet de ne pas maintenir la ou les plantations existantes alors que la photographie qu'ils produisent de la propriété de M. D fait apparaître la présence de plusieurs arbres. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du point 4.2. du chapitre 4 du règlement du plan local d'urbanisme applicable à la zone UA ne peut qu'être écarté.
12. En cinquième lieu, aux termes du 5.10. du chapitre 5 de la partie 1 du règlement du plan local d'urbanisme applicable à la zone UA : " Les définitions et dispositions communes au règlement " : " Pour les constructions nouvelles visées ci-après, un local ou un espace doit être aménagé pour stationner les vélos, et réservé à cet usage () ".
13. Il résulte des dispositions précitées que l'obligation de créer un espace ou un local pour stationner les vélos ne s'applique qu'aux constructions nouvelles et non, comme en l'espèce, aux projets portant sur l'extension d'une construction existante. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance de ces disposions, qui est inopérant, ne peut qu'être écarté.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. et Mme E doivent être rejetées
Sur les frais liés au litige :
15. Les dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune d'Alfortville, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. et Mme E demandent au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de M. et Mme E une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. D et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. et Mme E est rejetée.
Article 2 : M. et Mme E verseront à M. D la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative
Article 3 : Le présent jugement sera notifié M. A et Mme C E, à la commune d'Alfortville et à M. D.
Délibéré après l'audience du 23 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
M. G, président,
M. Duhamel, premier conseiller,
M. Cabal, conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2023.
Le rapporteur,
P.Y. CABAL
Le président,
M. G
La greffière,
M. B
La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Conseil d'État — N° 516229
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de M. B... qui demandait la suspension de l'exécution de la loi du pays n° 2026-4 du 15 mai 2026 portant création du code des douanes de Polynésie française. Le requérant invoquait une atteinte grave à plusieurs libertés fondamentales, mais le juge a estimé qu'il n'apportait aucun élément caractérisant une situation d'urgence justifiant une mesure de sauvegarde à très bref délai. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, en application de la procédure simplifiée prévue à l'article L. 522-3 du même code.
01/06/2026
Conseil d'État — N° 515333
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de Mme A..., magistrate, qui demandait le report et l'encadrement de ses auditions par l'inspection générale de la justice (IGJ) dans le cadre d'une enquête administrative. La requérante invoquait une atteinte grave à ses droits de la défense, à sa dignité et à l'indépendance juridictionnelle. Le juge a estimé que l'audition prévue du 4 au 7 mai 2026, qui ne préjugeait pas de l'issue de l'enquête ni d'éventuelles poursuites disciplinaires, n'était pas susceptible de porter une atteinte manifestement disproportionnée à ses droits. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la condition d'urgence n'étant pas retenue comme caractérisant une illégalité grave.
03/05/2026
Conseil d'État — N° 509298
Le Conseil d'État rejette la requête de M. A... pour défaut d'intérêt à agir, les circonstances invoquées (qualité de citoyen, d'usager ou de professionnel) n'étant pas suffisamment directes et certaines pour contester la nomination du président du conseil d'administration de l'OFII. La portée de cette décision est de rappeler la rigueur du contrôle de l'intérêt à agir en matière de nominations aux emplois publics.
09/04/2026