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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2202070

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2202070

mardi 18 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2202070
TypeDécision
Formation6ème chambre, JU
Avocat requérantSELARL CALLON AVOCAT & CONSEIL

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de MELUN a rejeté la requête de Mme B, qui demandait la condamnation de l'État à l'indemniser des préjudices matériel et corporel subis lors d'un accident de la circulation sur l'A86 le 25 juillet 2015, après avoir heurté un plot en béton. La juridiction a estimé que la responsabilité de l'État pour défaut d'entretien normal de la voie publique n'était pas engagée. En effet, l'administration a rapporté la preuve d'une surveillance régulière de l'autoroute, une patrouille n'ayant relevé aucune anomalie quelques heures avant l'accident, et l'origine de l'objet, tombé postérieurement, n'était pas imputable à l'État. La requête de Mme B et les conclusions de la Caisse primaire d'assurance maladie des Hauts-de-Seine ont donc été rejetées, sans application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 mars 2022, Mme B demande au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 9 954,89 euros en réparation du préjudice que lui a causé l'accident de la circulation survenue sur l'A86 le 25 juillet 2015 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la responsabilité de l'Etat est engagée pour défaut d'entretien normal de la voie publique du fait de la présence d'un objet sur l'autoroute A86 dans la nuit du 25 juillet 2015 ;

- elle a subi, du fait de cet accident, un préjudice matériel qui n'a pas été indemnisé par l'assurance de son véhicule et qui se décompose comme suit : 2 171,50 euros pour les réparations de son véhicule, 362,20 euros de frais d'expertise du véhicule, 184,27 euros de frais de remorquage, 809,02 euros pour l'intervention sur l'autoroute et 45 euros de taxi ;

- elle a subi, du fait de cet accident, un préjudice corporel qui se décompose comme suit : 60 euros au titre des dépenses de santé actuelles, 822,90 euros au titre du déficit fonctionne temporaire, 2 500 euros au titre des souffrances endurées et 3 000 euros au titre du déficit fonctionnel permanent.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juillet 2022, le préfet du Val-de-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- l'ouvrage public que constitue la voie ne souffre d'aucun défaut d'entretien normal ; l'objet tombé sur la voie ne lui étant pas imputable, alors en outre que des patrouilles d'entretien y circulent régulièrement ;

- Mme B a commis une faute en n'adaptant pas sa conduite à une circulation de nuit ;

- elle n'établit pas la réalité de ses préjudices.

Par un mémoire enregistré le 30 mars 2023, la Caisse primaire d'assurance maladie des Hauts-de-Seine, demande au tribunal de :

1°) recevoir la Caisse Primaire d'Assurance Maladie en son intervention ;

2°) la dire bien fondée,

3°) condamner le préfet du Val-de-Marne à lui rembourser, au titre des prestations versées, les sommes de 204,23 euros, sous réserve d'autres paiements non encore connus à ce jour, et ce avec intérêts de droit à compter du jugement, 115 euros au titre de l'indemnité forfaitaire prévue par l'ordonnance 96-51 du 24 janvier 1996 ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat (préfet du Val-de-Marne) la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Dewailly, vice-président, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique entendu :

- le rapport de M. Dewailly, rapporteur,

- et les conclusions de Mme Deleplancque, rapporteur public,

Les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Dans la nuit du 25 juillet 2015, entre 00h30 et 1 heure, alors qu'elle circulait à bord de son véhicule sur l'autoroute A 86 à hauteur de Fontenay-sous-Bois, Mme A B a heurté un plot en béton présent sur la chaussée. Par un courrier du 17 décembre 2021, Mme B a demandé l'indemnisation des préjudices subis. En l'absence de réponse, Mme B a saisi le tribunal pour demander la condamnation de l'Etat à réparer ses préjudices.

2. Il appartient à la victime d'un dommage survenu à l'occasion de l'utilisation d'un ouvrage public d'apporter la preuve du lien de causalité entre l'ouvrage public et le dommage dont elle se prévaut. La personne publique en charge de l'ouvrage public ne peut s'exonérer de sa responsabilité qu'en rapportant la preuve de l'entretien et de la surveillance régulière de la voie placée sous sa responsabilité juridique et son soutien financier. Il incombe, d'une part, à la personne publique en charge de l'autoroute d'effectuer une surveillance régulière de la chaussée, par le biais de patrouilles de ses agents, pour s'assurer que les voies autoroutières ne présentent pas de défectuosités, ni ne s'y trouvent d'objets sur la chaussée, d'autre part, une intervention prompte, dans l'hypothèse où il lui serait signalé un danger pour les usagers, en prenant les mesures nécessaires pour prévenir ces derniers de celui-ci, ou le cas échéant en neutralisant le danger.

3. En l'espèce, Mme B, alors qu'elle utilisait l'autoroute A86, dans sa partie non concédée par l'Etat et gérée par la direction interdépartementale des Routes d'Île-de-France, a subi des dommages du fait de la collision de son véhicule avec un objet en béton présent sur la voie. Il résulte de l'instruction, alors même que le lieu précis de cet accident ne ressort d'aucune pièce du dossier, qu'aucun chantier n'était en cours au moment des faits sur l'autoroute. En outre, si l'Etat est tenu d'entretenir l'autoroute afin d'assurer au public un usage conforme à sa destination, il ne peut cependant être tenu de faire enlever à tout instant les objets divers qui peuvent s'y trouver délaissés en dehors de son fait. En l'espèce, il résulte de l'instruction, notamment de la dernière fiche journalière de patrouille que des agents en charge de la surveillance, qui ont parcouru le secteur de l'accident quelques heures avant celui-ci, sans y relever d'anomalie. Ainsi, il peut en être déduit que la présence de l'objet en béton sur la voie, dont l'origine est inconnue et dont il n'est pas établi qu'il aurait été signalé avant l'accident, est postérieure à l'heure de passage de cette patrouille, le 24 juillet 2015 à 20 heures. Le passage régulier, à cette heure, sur une chaussée moins encombrée, étant de nature à satisfaire, dans les circonstances de l'espèce, l'exigence de diligence pesant sur l'administration. Dans ces conditions, l'Etat rapporte la preuve qui lui incombe de l'entretien normal de cette voie publique.

4. Il résulte de ce qui précède, que la requête présentée par Mme B et les conclusions présentée par la Caisse primaire d'assurance maladie des Hauts-de-Seine doivent être rejetées, y compris les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la Caisse primaire d'assurance maladie des Hauts-de-Seine sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à la Caisse primaire d'assurance maladie des Hauts-de-Seine, au préfet du Val-de-Marne et à la Préfecture de la région d'Île-de-France - préfecture de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 mars 2025.

Le magistrat désigné,

S. DEWAILLYLe greffier,

L. SUEUR

La République mande et ordonne au préfet du Val-de-Marne en ce qui le concerne et à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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