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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2205596

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2205596

jeudi 30 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2205596
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantTRANCHANT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 juin 2022 M. A B, représenté par Me Tranchant, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 janvier 2022 par lequel la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat (préfète du Val-de-Marne) la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que:

En ce qui concerne la décision de refus de séjour:

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'une erreur de fait en ce qu'il a sollicité une admission exceptionnelle au séjour au titre du travail.

La procédure a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de ce que le fondement légal de l'exercice du pouvoir de régularisation discrétionnaire, au titre du travail, dont le préfet dispose même sans texte, doit être, s'agissant d'un ressortissant étranger relevant de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987, substitué aux dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Dumas a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B ressortissant marocain, né le 27 mai 1978 à Rabat (Maroc) déclare être entré sur le territoire le 28 mai 2015 sous couvert d'un visa court séjour, et s'y maintenir sans discontinuer depuis lors. Il s'est marié le 4 janvier 2020 avec Mme C, ressortissante russe, avec laquelle il a eu un enfant né le 11 juin 2020. Par une demande déposée le 12 octobre 2021 auprès de la préfecture du Val-de-Marne, M. B a sollicité un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 17 janvier 2022, la préfète du Val-de-Marne a refusé son admission au séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination. M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

2. En premier lieu, par un arrêté n°2021/656 du 1er mars 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Val-de-Marne du même jour, la préfète du Val-de-Marne a donné délégation à Mme Mireille Larrède, secrétaire générale de la préfecture et signataire de l'arrêté en litige, pour signer " tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports, correspondances, requêtes juridictionnelles, décisions engageant les crédits de l'Etat et documents relevant des attributions de l'Etat dans le département du Val-de-Marne " à l'exclusion de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions contenues dans l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

4. M. B déclare être entré en France en 2015, où il vit avec Mme C, ressortissante russe, avec laquelle il s'est marié le 4 janvier 2020 à Villeneuve-Saint-Georges et avec laquelle il a eu un enfant, né le 11 juin 2020 sur le territoire de cette même commune. Si l'intéressé produit un extrait du passeport international de Mme C revêtu d'un visa Schengen de court séjour multi-entrées valable du 22 novembre 2017 au 20 mai 2018 et de plusieurs cachets d'entrées et de sorties par l'aéroport de Roissy - Charles de Gaulle, il n'a toutefois produit aucun titre de séjour au nom de celle-ci, alors qu'il expose, dans sa requête, qu'elle "n'a pas encore régularisé sa situation administrative". En outre, le requérant n'établit pas qu'il existerait un obstacle à ce qu'il reconstitue sa cellule familiale au Maroc ou en Fédération de Russie. Dans ces conditions, la préfète du Val-de-Marne n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis par son arrêté, ni méconnu l'intérêt supérieur de son enfant. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés, ainsi que celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation.

5. En troisième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ". Par ailleurs, aux termes de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention " salarié " () ", et aux termes de l'article 9 du même accord : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'Accord. / () ".

6. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaires prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte, mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987, au sens de l'article 9 de cet accord. Toutefois, les stipulations de cet accord n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation à un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié.

7. Il ressort des termes de l'arrêté du 17 janvier 2022 que, si M. B a sollicité son admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il résulte de ce qui précède que la préfète du Val-de-Marne ne pouvait examiner cette demande exclusivement dans le cadre des dispositions de cet article. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point. Il résulte de ce qui précède, que l'arrêté attaqué, en tant qu'il refuse l'admission exceptionnelle au séjour de M. B, ressortissant marocain, en qualité de salarié au titre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, trouve un fondement légal, ainsi qu'il vient d'être dit au point précédent, dans l'exercice par le préfet du pouvoir discrétionnaire de régularisation dont il dispose, qui peut être substitué au fondement erroné retenu par la préfète du Val-de-Marne, laquelle disposait du même pouvoir d'appréciation et sans que le requérant n'ait été privé d'une garantie.

8. M. B soutient être présent en France depuis le 28 mai 2015 soit près de sept ans à la date de la décision attaquée, et travailler de manière déclarée en tant que vendeur et réparateur de téléphone pour l'entreprise VSGPHONE depuis novembre 2018. Il produit deux formulaires cerfa de demandes d'autorisation de travail datés du 30 septembre 2021 et du 13 mai 2022, complétés et signés par son employeur, ainsi que des bulletins de paye couvrant la période de décembre 2018 à octobre 2022. Toutefois, l'intéressé n'a pas produit son passeport, alors qu'il ressort des justificatifs versés au dossier que sa présence sur le territoire français n'est réellement établie qu'à compter du second semestre de l'année 2017. En outre, il ressort des pièces du dossier, et plus particulièrement des bulletins de paye qu'il produit, que M. B n'a travaillé à plein temps qu'à compter de juin 2019, et qu'il n'établit pas disposer de qualifications professionnelles particulières. Dans ces conditions, M. B, qui ne fait état d'aucune circonstance humanitaire, ne justifie pas de motifs exceptionnels permettant d'établir qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour la préfète du Val-de-Marne aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation ou d'une erreur de fait.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées, ainsi, par voie de conséquence, que ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète du Val-de-Marne.

Délibéré après l'audience du 9 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Lalande, président,

M. Dumas, premier conseiller,

M. Pradalié, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 novembre 2023.

Le rapporteur,

M. DUMAS Le président,

D. LALANDE

La greffière,

C. BOURGAULT

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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