jeudi 6 mars 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2205990 |
| Type | Décision |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | BONET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 17 juin 2022, 21 novembre 2022 et 23 janvier 2023, Mme A C, représentée par Me Bonet, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 6 décembre 2021 par laquelle le maire de Vitry-sur-Seine a refusé de lui verser une indemnité compensatrice de congés payés, ensemble la décision du 15 février 2022 par laquelle cette autorité a rejeté son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre à la commune de Vitry-sur-Seine de procéder à la liquidation et au versement de la somme qui lui est due au titre des congés annuels qu'elle n'a pu prendre avant son placement en disponibilité d'office, dans le délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Vitry-sur-Seine le versement de la somme de 2 000 euros à Me Bonet, sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Mme C soutient que :
- les décisions attaquées méconnaissent les dispositions de l'article 7 de la directive 2003/88/CE du Parlement européen et du Conseil du 4 novembre 2009 ;
- elles sont entachées d'incompétence.
Par un mémoire en défense enregistré le 29 décembre 2022, la commune de Vitry-sur-Seine, représentée par son maire en exercice, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme C la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 4 juillet 2024, la clôture de l'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 19 juillet 2024 à midi.
Mme C, a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 octobre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive 2003/88/CE du Parlement européen et du Conseil du 4 novembre 2003 ;
- le code général de la fonction publique ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le décret n° 85-1250 du 26 novembre 1985 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Massengo, rapporteure,
- et les conclusions de M. Gauthier-Ameil, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C a intégré les cadres d'emplois de la commune de Vitry-sur-Seine à compter du 1er novembre 2005. Elle a été placée en congé de maladie ordinaire du 12 juin 2013 au 11 juin 2014, puis placée en disponibilité d'office pour raison de santé à compter du 12 juin 2014, jusqu'à son admission à la retraite pour invalidité le 1er août 2021. Par un courrier du 23 août 2021, Mme C a demandé au maire de Vitry-sur-Seine le versement d'indemnités compensatrices des congés payés qu'elle n'a pu prendre au cours des années 2013 et 2014. Cette autorité a refusé de faire droit à sa demande par une décision du 6 décembre 2021 et a, par une décision du 15 février 2022, rejeté le recours gracieux formé par l'intéressée le 1er janvier 2022 contre cette décision. Par la présente requête, Mme C demande l'annulation de ces deux décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, par un arrêté du 16 juillet 2020, le maire de Vitry-sur-Seine a donné délégation à M. B, signataire des décisions en litige, à l'effet de signer notamment tous actes relatifs à la carrière des agents communaux. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions doit être écarté.
3. En second lieu, aux termes de l'article 7 de la directive n° 2003/88 du 4 novembre 2003 relative à certains aspects de l'aménagement du temps de travail : " 1. Les États membres prennent les mesures nécessaires pour que tout travailleur bénéficie d'un congé annuel payé d'au moins quatre semaines, conformément aux conditions d'obtention et d'octroi prévues par les législations et/ou pratiques nationales. 2. La période minimale de congé annuel payé ne peut être remplacée par une indemnité financière, sauf en cas de fin de relation de travail. ".
4. Selon la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne, dans son arrêt C-350/06 et C-520/06 du 20 janvier 2009, les dispositions de l'article 7 de la directive 2003/88/CE du Parlement européen et du Conseil du 4 novembre 2003 relative à certains aspects de l'aménagement du temps de travail font obstacle à ce que le droit au congé annuel payé qu'un travailleur n'a pas pu exercer pendant une certaine période parce qu'il était placé en congé de maladie pendant tout ou partie de cette période s'éteigne à l'expiration de celle-ci. Le droit au report des congés annuels non exercés pour ce motif n'est toutefois pas illimité dans le temps. Si, selon la Cour, dans son arrêt C-214/10 du 22 novembre 2011, la durée de la période de report doit dépasser substantiellement celle de la période au cours de laquelle le droit peut être exercé, pour permettre à l'agent d'exercer effectivement son droit à congé sans perturber le fonctionnement du service, la finalité même du droit au congé annuel payé, qui est de bénéficier d'un temps de repos ainsi que d'un temps de détente et de loisirs, s'oppose à ce qu'un travailleur en incapacité de travail durant plusieurs années consécutives, puisse avoir le droit de cumuler de manière illimitée des droits au congé annuel payé acquis durant cette période.
5. Aux termes de l'article 1er du décret du 26 novembre 1985 relatif aux congés annuels des fonctionnaires territoriaux : " Tout fonctionnaire territorial en activité a droit, dans les conditions et sous les réserves précisées aux articles ci-après, pour une année de service accompli du 1er janvier au 31 décembre, à un congé annuel d'une durée égale à cinq fois ses obligations hebdomadaires de service. () ". Et aux termes de l'article 5 du même décret : " Sous réserve des dispositions de l'article précédent, le congé dû pour une année de service accompli ne peut se reporter sur l'année suivante, sauf autorisation exceptionnelle donnée par l'autorité territoriale. / Un congé non pris ne donne lieu à aucune indemnité compensatrice. ". Par suite, les dispositions citées ci-dessus de l'article 5 du décret du 26 novembre 1985, qui ne prévoient pas l'indemnisation des congés annuels qui n'ont pu être pris du fait de la maladie, ni reportés avant la fin de la relation de travail de l'agent concerné, sont incompatibles dans cette mesure avec celles de l'article 7 de cette directive.
6. En l'absence de dispositions législatives ou réglementaires fixant ainsi une période de report des congés payés qu'un agent s'est trouvé, du fait d'un congé maladie, dans l'impossibilité de prendre au cours d'une année civile donnée, le juge peut en principe considérer, afin d'assurer le respect des dispositions de la directive 2003/88/CE du 4 novembre 2003, que ces congés peuvent être pris au cours d'une période de quinze mois après le terme de cette année. La Cour de justice de l'Union européenne a en effet jugé, dans son arrêt C-214/10 du 22 novembre 2011, qu'une telle durée, substantiellement supérieure à la durée de la période annuelle au cours de laquelle le droit peut être exercé, est compatible avec les dispositions de l'article 7 de la directive.
7. Mme C soutient que les congés annuels non pris pour cause de maladie, au cours des années 2013 et 2014, devaient lui être indemnisés à la date de son admission à la retraite le 1er août 2021 correspondant à la cessation de la relation de travail avec la commune de Vitry-sur-Seine. Toutefois, conformément aux dispositions précitées de l'article 7 de la directive 2003/77/CE du 4 novembre 2003 telles qu'interprétées par la Cour de justice de l'Union européenne, Mme C ne disposait plus d'aucun droit au report de ses congés annuels au-delà d'une période de quinze mois à compter de chacune des années au cours de laquelle lesdits congés ont été générés. Ainsi le reliquat de congés au titre des années 2013 et 2014 dont elle bénéficiait était définitivement perdu, respectivement à compter du 1er avril 2015 et du 1er avril 2016. Par suite, Mme C n'est pas fondée à soutenir que la commune de Vitry-sur-Seine a méconnu les dispositions précitées de la directive 2004/77/CE du 4 novembre 2003 en refusant de faire droit à sa demande de versement d'une indemnité compensatrice de congés payés.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du maire de Vitry-sur-Seine du 6 décembre 2021, ensemble la décision du 15 février 2022 par laquelle cette autorité a rejeté le recours gracieux présenté par Mme C, doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
9. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions susvisées doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la commune de Vitry-sur-Seine, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse au conseil de Mme C, sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, la somme de 2 000 euros au titre des frais qu'il aurait exposés s'il n'avait pas bénéficié de l'aide juridictionnelle. De plus, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de Mme C la somme demandée au même titre par la commune de Vitry-sur-Seine, qui ne démontre pas avoir supporté de tels frais.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de la commune de Vitry-sur-Seine sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à Me Bonet et à la commune de Vitry-sur-Seine.
Délibéré après l'audience du 13 février 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Billandon, présidente,
Mme Massengo, conseillère,
Mme Bourrel Jalon, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 6 mars 2025.
La rapporteure,
C. MASSENGOLa présidente,
I. BILLANDON
La greffière,
C. TRÉMOUREUX
La République mande et ordonne au préfet du Val-de-Marne, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2512307
Le Tribunal Administratif de Versailles a rejeté la requête d'un ressortissant algérien contestant le refus de titre de séjour, l'obligation de quitter le territoire (OQTF) et le délai de départ volontaire. Le tribunal a jugé que le préfet des Yvelines était compétent pour signer les décisions contestées et que le refus de titre de séjour, fondé sur l'absence de contrat de travail visé par l'administration, était légal. La décision s'appuie sur les dispositions de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA).
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