mardi 1 avril 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2207125 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | ABDI |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 12 juillet 2022, le président du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par Mme A B.
Par une requête, enregistrée le 15 avril 2022, Mme B, représentée par Me Abdi, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP) à lui verser la somme de 10 540 euros en réparation des conséquences de la prise en charge médicale dont elle a été l'objet le 30 mai 2018 à l'hôpital Bicêtre ;
2°) de mettre à la charge de l'AP-HP la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la responsabilité de l'AP-HP est engagée en raison d'un défaut de surveillance ;
- elle est ainsi fondée à demander réparation du préjudice qu'elle a subi à hauteur de 675 euros au titre des frais divers, 1 125 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire, 4 000 euros au titre des souffrances endurées et 4 740 euros au titre du déficit fonctionnel permanent.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 octobre 2024, l'AP-HP conclut à ce que la condamnation prononcée à son encontre soit limitée à 2 000 euros et au rejet du surplus des conclusions de la requérante.
Elle fait valoir que :
- elle ne conteste pas la faute tirée du défaut de surveillance ;
- il y a lieu de réduire à de plus justes proportions la somme allouée au titre des souffrances endurées ;
- il n'existe pas de lien causal entre les autres préjudices invoqués et le défaut de surveillance reproché à l'AP-HP.
La requête a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie des Hauts-de-Seine, qui n'a pas produit de mémoire.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Héloïse Mathon, conseillère,
- et les conclusions de M. Rémi Grand, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Le 30 mai 2018, à 13 heures 48, Mme A B a été admise au service des urgences de l'hôpital Bicêtre à la suite d'une chute survenue en sortant d'une rame d'un train. Le même jour à 22 heures 10, l'équipe médicale de l'hôpital Bicêtre a découvert qu'une pierre de ballast issue des voies de chemin de fer sur lesquelles Mme B avait chuté était restée coincée entre les vêtements et le corps de celle-ci au niveau de la région cervicale basse. Le 2 février 2021, Mme B a demandé à l'Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP) de réparer les conséquences dommageables liées à la découverte tardive de cette pierre. Ayant refusé l'offre d'indemnisation qui lui a été faite, Mme B demande au tribunal de condamner l'AP-HP à lui verser une indemnité en réparation des conséquences dommageables du manquement commis lors de la prise en charge médicale dont elle a été l'objet le 30 mai 2018 à l'hôpital Bicêtre.
Sur la responsabilité de l'AP-HP :
2. En premier lieu, aux termes du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute ".
3. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport du médecin-conseil de l'AP-HP, qu'une pierre de ballast a été découverte coincée entre les vêtements et le corps de la requérante, au niveau de la région cervicale basse de la requérante à 22 heures 10, soit huit heures après son arrivée aux urgences le 30 mai 2018, alors que l'examen clinique entrepris à son arrivée et la lecture de la scanographie réalisée à 18 heures 10 auraient dû permettre de découvrir plus précocement cette pierre. Dans ces conditions, la prise en charge médicale de Mme B a recelé une faute, de nature à engager la responsabilité de l'AP-HP, ce que, du reste, cette dernière ne conteste pas.
Sur le préjudice :
4. Il résulte de l'instruction que la date de consolidation de l'état de santé de Mme B peut être fixée au 1er septembre 2018.
En ce qui concerne le préjudice patrimonial :
5. Mme B soutient que la dégradation de son état de santé lié au manquement relevé a nécessité une assistance par une tierce personne à hauteur de 30 minutes par jour jusqu'à la date de consolidation de son état de santé. Il résulte toutefois de l'instruction, notamment du rapport d'enquête médicale établi par le médecin-conseil de l'AP-HP et du certificat établi par le médecin généraliste de la requérante le 4 juillet 2018, que ce besoin est exclusivement imputable à l'accident dont Mme B a été victime le 30 mai 2018. Dans ces conditions, la requérante, qui ne produit aucun élément de nature à établir que ce préjudice serait en lien direct et certain avec le manquement reproché à l'AP-HP, n'est pas fondée à en demander réparation.
En ce qui concerne le préjudice extrapatrimonial :
6. En premier lieu, Mme B soutient qu'elle a subi un déficit fonctionnel temporaire à hauteur de 50 % entre le 30 mai et le 1er septembre 2018. Pour établir l'existence de ce préjudice, elle produit un certificat médical établi par un interne en rhumatologie le 6 juin 2018 qui indique qu'à la suite de la chute du 30 mai 2018, Mme B a connu une diminution de sa mobilisation pendant une période de trois semaines et un certificat médical établi sur réquisition par un médecin de l'unité médico-judiciaire le 12 juin 2018, concluant à son incapacité totale de travail pendant trois mois à compter du 30 mai 2018. La requérante produit également des attestations d'une kinésithérapeute, établies le 9 janvier 2019 et le 23 octobre 2019, témoignant de la lente rééducation dont elle a fait l'objet jusqu'à la date de consolidation son état de santé. Si ces documents sont de nature à établir l'existence du déficit fonctionnel temporaire subi par Mme B, il résulte toutefois de l'instruction que ce préjudice est exclusivement imputable à la chute dont la requérante a été victime le 30 mai 2018 et non à la découverte tardive de la pierre de ballast. Par suite, la requérante n'est pas fondée à demander réparation de ce chef de préjudice.
7. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que Mme B a, du fait de la présence prolongée de la pierre de ballast au niveau de la région cervicale, éprouvé, avant la consolidation de son état de santé, des souffrances dont l'intensité peut être estimée à 1,5 sur une échelle de 0 à 7. Dans les circonstances de l'espèce, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi à ce titre en l'évaluant à une somme de 1 500 euros.
8. En troisième et dernier lieu, Mme B soutient qu'elle subit un déficit fonctionnel permanent qu'elle évalue à 3 %. Pour établir l'existence de ce préjudice, la requérante se prévaut d'attestations d'une kinésithérapeute, établies le 9 janvier 2019 et le 23 octobre 2019, décrivant la lenteur de la rééducation suivie après la date de consolidation de son état de santé. En outre, la requérante justifie par une attestation établie le 15 octobre 2019 par un psychothérapeute qu'elle reste atteinte d'un syndrome de stress post traumatique à la suite de la chute dont elle a été victime. Enfin, la requérante démontre, notamment grâce au compte rendu de consultation d'un médecin généraliste établi le 17 juillet 2019 et à l'expertise médico-légale remise le 29 juin 2020, qu'elle ressent encore des douleurs physiques à l'aile iliaque gauche et qu'elle reste très marquée sur le plan psychologique par la chute du 30 mai 2018. Toutefois, il résulte à nouveau de l'instruction que le préjudice subi par la requérante est exclusivement imputable à la chute dont elle a été victime le 30 mai 2018. Mme B ne produit aucun élément de nature à établir que ce préjudice serait, même pour partie, en lien direct et certain avec le manquement reproché à l'AP-HP. Par suite, la requérante n'est pas fondée à demander réparation de ce chef de préjudice.
9. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que Mme B est fondée à demander la condamnation de l'AP-HP à lui verser la somme de 1 500 euros.
Sur les intérêts :
10. La requérante a droit aux intérêts au taux légal à compter du 2 février 2021, date de réception de sa demande préalable par l'AP-HP.
11. La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. La capitalisation des intérêts a été demandée le 15 avril 2022. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 15 avril 2023, date à laquelle était due pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les frais liés au litige :
12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de l'AP-HP une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la requérante et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'Assistance publique-hôpitaux de Paris est condamnée à verser à Mme B une somme de 1 500 euros, avec intérêts au taux légal à compter du 2 février 2021. Les intérêts échus à la date du 15 avril 2023 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 2 : L'Assistance publique-hôpitaux de Paris versera à Mme B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à l'Assistance publique-hôpitaux de Paris et à la caisse primaire d'assurance maladie des Hauts-de-Seine.
Délibéré après l'audience du 14 mars 2025, à laquelle siégeaient :
M. Timothée Gallaud, président,
Mme Marine Robin, conseillère.
Mme Héloïse Mathon, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er avril 2025.
La rapporteure,
H. MathonLe président,
T. GallaudLe président,
T. Gallaud
La greffière,
L. Potin
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-25PA02134
08/04/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-25PA02150
08/04/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-25PA03459
08/04/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-25PA03472
08/04/2026