jeudi 6 mars 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2208468 |
| Type | Décision |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | LE CORRE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 30 août 2022 et 4 juin 2024, M. B A, représenté par Me Le Corre, doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) de condamner la commune de Lieusaint à lui payer la somme totale de 128 913,95 euros en réparation des préjudices résultant des faits de harcèlement moral qu'il estime avoir subis et des manquements de la commune à ses obligations en matière de santé et sécurité au travail, assortie des intérêts à taux légal ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Lieusaint la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A soutient que :
- le harcèlement moral qu'il estime avoir subi de la part de sa hiérarchie et les manquements de la commune à ses obligations en matière de santé et de sécurité au travail constituent des fautes de nature à engager la responsabilité de la commune de Lieusaint ;
- les fautes commises lui ont causé des préjudices financiers devant être indemnisés à hauteur de la somme totale de 52 913,95 euros et des préjudices extra-patrimoniaux devant être indemnisés à hauteur de la somme totale de 76 000 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 15 juin 2023, présenté par le cabinet Bazin et Associés, agissant par Me Poput, la commune de Lieusaint, représentée par son maire en exercice, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. A la somme de 1 500 euros, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 1er juillet 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 septembre 2024 à midi.
Un mémoire a été enregistré le 13 septembre 2024, par Me Bazin, pour la commune de Lieusaint et n'a pas été communiqué.
Par un courrier du 12 novembre 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement est susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de ce que la responsabilité sans faute de la commune est susceptible d'être engagée à l'égard du requérant, dès lors que la collectivité a reconnu l'imputabilité au service de l'accident du 12 septembre 2019.
Un mémoire, présenté par la commune de Lieusaint, a été enregistré le 20 novembre 2024 en réponse au moyen d'ordre public et communiqué.
Un mémoire, présenté par M. A, a été enregistré le 26 novembre 2024 en réponse au moyen d'ordre public et communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Massengo, rapporteure,
- les conclusions de M. Gauthier-Ameil, rapporteur public,
- et les observations de Me Mercier, substituant Me Bazin, représentant la commune de Lieusaint.
Considérant ce qui suit :
1. M. A a été recruté à compter du 16 décembre 1991 au sein de la commune de Lieusaint, en qualité d'agent d'entretien stagiaire, puis titularisé dans ce grade à compter du 16 décembre 1992. Par un courrier du 13 mai 2022, reçu le 16 mai 2022, l'intéressé a demandé au maire de Lieusaint la réparation des préjudices résultant des faits de harcèlement moral qu'il estimait avoir subi et des manquements de la commune à ses obligations en matière de protection de la santé et de la sécurité au travail. Par un courrier du 5 juillet 2022, cette autorité a refusé de faire droit à sa demande d'indemnisation. Par la présente requête, M. A demande au tribunal de condamner la commune à lui payer la somme totale de 128 913,95 euros en réparation des préjudices résultant des faits de harcèlement moral qu'il estime avoir subis et des manquements de la commune à ses obligations en matière de protection de la santé et de la sécurité au travail, assortie des intérêts à taux légal.
Sur la responsabilité :
En ce qui concerne la responsabilité pour faute de la commune :
S'agissant du harcèlement moral :
2. Aux termes de l'article 6 quinquies de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 dont les dispositions ont été reprises depuis à l'article L. 133-2 du code général de la fonction publique : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. /()/ ".
3. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. D'autre part, pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'agent auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. En revanche, la nature même des agissements en cause exclut, lorsque l'existence d'un harcèlement moral est établie, qu'il puisse être tenu compte du comportement de l'agent qui en a été victime pour atténuer les conséquences dommageables qui en ont résulté pour lui. Enfin, pour être qualifiés de harcèlement moral, de tels faits répétés doivent excéder les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique.
4. M. A soutient qu'il a été victime de harcèlement moral de la part de ses supérieurs hiérarchiques, ayant eu pour effet une dégradation de ses conditions de travail et une altération de sa santé.
5. En premier lieu, M. A soutient qu'il a été victime de propos insultants, vexatoires et racistes de la part de son supérieur hiérarchique direct, agent de maîtrise au sein du service technique de la commune, depuis 2014. Il résulte de l'instruction que l'intéressé a, par un courrier en date du 15 septembre 2019, signalé au maire de Lieusaint un nombre important de propos et de comportements inadaptés de son supérieur hiérarchique direct. Au nombre de ces incidents figurait une altercation en date du 12 septembre 2019 lors de laquelle ce dernier l'aurait violemment insulté et menacé. Il résulte également de l'instruction qu'à la suite de ce signalement, le maire a diligenté une enquête administrative au sujet du management du responsable de M. A. Les conclusions de cette enquête ont confirmé l'existence de comportements inadaptés et de défaillances réelles de cet agent de maîtrise à l'égard de plusieurs agents du service technique, dont le requérant. Dans ces conditions, les faits relatés par le requérant sont susceptibles de faire présumer l'existence d'un harcèlement moral commis à l'encontre de M. A par son supérieur hiérarchique direct. Toutefois, il résulte également de l'instruction que le manque de modération et de maîtrise de M. A dans son attitude et ses propos à l'égard de ses collègues et supérieurs ont été relevés à plusieurs reprises lors de ses évaluations professionnelles entre 2015 et 2018. Ces défaillances pointées par son supérieur hiérarchique direct, qui ne manquait d'ailleurs pas de relever aussi les compétences de M. A, ont également fait l'objet de rapports de signalement spécifiques, tels que celui rédigé par ce supérieur le 29 juillet 2016 ou encore celui rédigé par un collègue de travail le 4 décembre 2018, rapportant des propos extrêmement violents tenus par le requérant. Ainsi, l'ensemble des pièces du dossier permet d'établir l'existence de rapports de force, auxquels participaient activement M. A, au sein du service supervisé par l'agent de maîtrise dénoncé, ayant eu des conséquences délétères sur l'environnent professionnel de l'ensemble des agents. Il résulte donc de l'instruction que les comportements respectifs inadaptés des protagonistes ont excédé le cadre normal des relations professionnelles et que la dégradation des conditions de travail du requérant ne peut être regardée comme ayant résulté de faits pouvant être qualifiés de harcèlement moral opéré par son supérieur hiérarchique direct.
6. En deuxième lieu, M. A soutient avoir été victime du harcèlement moral commis par les responsables de la collectivité et notamment le maire de Lieusaint, ces derniers n'ayant jamais réagi aux signalements effectués concernant les faits de harcèlement moral dont il se disait victime depuis 2014 et l'ayant, en dépit de ces faits, rappelé à l'ordre par un courrier du 30 janvier 2019. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que M. A aurait effectivement signalé de tels faits, avant le 15 septembre 2019, date du courrier par lequel il a dénoncé les propos et comportements inadaptés de son supérieur hiérarchique direct. La seule production d'attestations qu'il a lui-même rédigées tout en les soumettant à la signature de ses collègues, visant à confirmer ses allégations selon lesquels il avait alerté le maire de Lieusaint de la gravité de la situation lors d'une visite de ce dernier au sein du service technique de la commune, ne permet pas d'établir la réalité de signalements répétés. De plus, il résulte de l'instruction qu'à la suite du signalement effectué par M. A en date du 15 septembre 2019, le maire de Lieusaint a décidé l'ouverture d'une enquête administrative relative au comportement et au positionnement du supérieur hiérarchique direct de l'intéressé, conduisant à l'organisation d'auditions de l'ensemble des agents du centre technique municipal. Au terme de cette enquête, un plan d'actions concernant l'organisation du centre technique municipal a été élaboré, le changement de poste de l'agent de maîtrise visé a été décidé par le maire et une mutation interne a également été proposée à M. A au sein d'un service non rattaché à celui de l'agent de maîtrise qu'il dénonçait. Enfin, il résulte de l'instruction que le rappel à l'ordre du 30 janvier 2019 est intervenu au terme d'une enquête administrative, ouverte par l'autorité territoriale à la suite du rapport rédigé par un agent, concernant un incident survenu le 29 novembre 2018, non sérieusement contesté par le requérant, lors duquel M. A l'aurait très violemment insulté. Dans ces conditions, les faits ainsi allégués ne permettent pas de faire présumer l'existence de faits de harcèlement moral commis par le maire et ses délégataires à l'encontre du requérant.
7. En troisième lieu, M. A soutient que les refus d'octroi de la protection fonctionnelle opposés par le maire les 2 mars 2020 et 30 juin 2020 en l'absence de preuve d'un dépôt de plainte effectif, ainsi que la décision par laquelle cette autorité lui a refusé le bénéfice du complément indemnitaire annuel au titre de l'année 2019, sont de nature à faire présumer l'existence d'un harcèlement moral à son encontre. Toutefois, d'une part il résulte de l'instruction que M. A a formulé une demande de protection fonctionnelle reçue le 4 février 2020 " pour couvrir les frais d'honoraire de l'avocat " qu'il entendait désigner dans le cadre de la plainte pénale qu'il souhaitait déposer à l'encontre de son supérieur hiérarchique direct. Dans ces conditions, le maire de Lieusaint était fondé à refuser de faire droit à la demande de protection fonctionnelle de l'intéressé en l'absence de production d'une copie de cette plainte, demande ayant d'ailleurs été acceptée le 30 juin 2020 à la suite de la production par M. A dudit document. D'autre part, il résulte également de l'instruction que le complément indemnitaire annuel, versé aux agents ayant atteint les objectifs assignés par leurs supérieurs hiérarchiques lors de l'entretien d'évaluation de l'année précédente, a été refusé à M. A au titre de l'année 2019 en raison, précisément, de la non-réalisation du seul objectif fixé lors de son entretien d'évaluation du 12 mars 2019, qui consistait pour lui à ne " pas entrer en conflit avec qui que ce soit pour quelques raisons (sic) que ce soit ". Par suite, les faits précités ne sont nullement de nature à faire présumer l'existence de harcèlement moral à l'encontre du requérant.
8. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que la responsabilité pour faute de la commune de Lieusaint doit être engagée à raison des faits de harcèlement moral subis.
S'agissant des manquements de la commune à ses obligations en matière de santé et de sécurité au travail :
9. M. A doit être regardé comme soutenant que la commune de Lieusaint a manqué à ses obligations en matière de santé et de sécurité au travail, dès lors que le maire n'a nullement réagi aux signalements effectués relatifs aux faits de harcèlement moral subis. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 6, il résulte de l'instruction que les signalements de l'intéressé entre 2014 et 2019 ne sont pas établis et que le maire de Lieusaint a procédé à une enquête administrative dans les semaines ayant suivi le signalement en date du 15 septembre 2019. Cette enquête administrative a conduit à la mise en place de mesures concrètes pour éviter que ce dernier soit amené à travailler de nouveau au contact de l'agent de maîtrise dont il avait dénoncé les agissements. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la commune de Lieusaint a manqué à ses obligations en matière de santé et de sécurité au travail.
10. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à rechercher la responsabilité pour faute de la commune de Lieusaint.
En ce qui concerne la responsabilité sans faute de la commune :
11. Les dispositions des articles L. 27 et L. 28 du code des pensions civiles et militaires de retraite instituent, en faveur des fonctionnaires victimes d'accidents de service ou de maladies professionnelles, une rente viagère d'invalidité en cas de mise à la retraite et une allocation temporaire d'invalidité en cas de maintien en activité. Compte tenu des conditions posées à leur octroi et de leur mode de calcul, la rente viagère d'invalidité et l'allocation temporaire d'invalidité doivent être regardées comme ayant pour objet de réparer les pertes de revenus et l'incidence professionnelle résultant de l'incapacité physique causée par un accident de service ou une maladie professionnelle. Les dispositions qui instituent ces prestations déterminent forfaitairement la réparation à laquelle les fonctionnaires concernés peuvent prétendre, au titre de ces chefs de préjudice, dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions. Ces dispositions ne font en revanche obstacle ni à ce que le fonctionnaire qui subit, du fait de l'invalidité ou de la maladie, des préjudices patrimoniaux d'une autre nature ou des préjudices personnels obtienne de la personne publique qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice, ni à ce qu'une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage soit engagée contre la personne publique, dans le cas notamment où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette personne ou à l'état d'un ouvrage public dont l'entretien lui incombait.
12. Toutefois, dès lors que M. A ne demande pas réparation des préjudices résultant du seul accident de service du 12 septembre 2019 mais des préjudices résultant des faits de harcèlement moral et des manquements de la commune à ses obligations en matière de protection de la santé et de la sécurité au travail, la responsabilité sans faute de la commune ne peut être engagée d'office.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions indemnitaires présentées par M. A, doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Lieusaint, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En outre, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas non plus lieu de mettre à la charge de M. A la somme demandée par la commune de Lieusaint au même titre.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de la commune de Lieusaint sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de Lieusaint.
Délibéré après l'audience du 13 février 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Billandon, présidente,
Mme Massengo, conseillère,
Mme Bourrel Jalon, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 6 mars 2025.
La rapporteure,
C. MASSENGOLa présidente,
I. BILLANDON
La greffière,
C. TRÉMOUREUX
La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2512307
Le Tribunal Administratif de Versailles a rejeté la requête d'un ressortissant algérien contestant le refus de titre de séjour, l'obligation de quitter le territoire (OQTF) et le délai de départ volontaire. Le tribunal a jugé que le préfet des Yvelines était compétent pour signer les décisions contestées et que le refus de titre de séjour, fondé sur l'absence de contrat de travail visé par l'administration, était légal. La décision s'appuie sur les dispositions de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA).
07/04/2026
Cour Administrative d'Appel de Nantes — N° CAA44-24NT02348
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