jeudi 28 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2209068 |
| Type | Décision |
| Recours | Interprétation |
| Formation | 9ème chambre |
| Avocat requérant | CABINET D'AVOCATS AVODIA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 septembre 2022, M. D A C, représenté par le cabinet Avodia, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles il a été assujetti au titre des années 2014 à 2016 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la procédure d'imposition est entachée d'irrégularité à défaut pour l'administration fiscale d'apporter la preuve que les propositions de rectification des 20 décembre 2017, relative à l'année 2014, et 16 mai 2018, relative aux années 2015 et 2016, lui ont été régulièrement notifiées ;
- l'administration fiscale ne lui ayant pas communiqué, ainsi qu'il l'avait demandé, l'intégralité des pièces de procédure et accusés de réception, elle ne démontre pas le bien-fondé des rehaussements litigieux ;
- c'est à tort que l'administration fiscale a soumis l'ensemble des revenus distribués provenant de la Sarl Enki aux cotisations sociales sur les revenus du patrimoine ; en application de l'article L. 131-6 du code de la sécurité sociale, ces revenus distribués devaient, pour leur fraction excédant 10 % du capital social, des primes d'émission et des sommes versées en compte courant, être regardés comme des revenus d'activité entrant dans l'assiette des cotisations sociales des revenus d'activités des travailleurs non-salariés compte tenu de son affiliation au régime social des indépendants à raison de ses fonctions de gérant majoritaire de la Sarl Enki.
Par un mémoire en défense, enregistrés le 10 juin 2024, le directeur départemental des finances publiques de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- l'argument tiré de ce que les rehaussements résultant des revenus distribués, notamment, ceux relatifs aux contributions sociales sont constitutifs de revenus du patrimoine ne sont pas soumis aux prélèvements sociaux est sans objet ;
- les moyens soulevés par M. A C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Demas,
- les conclusions de Mme Van Daële, rapporteure publique,
- et les observations de Me Neto, représentant M. A C.
Considérant ce qui suit :
1. La Sarl Enki, qui exerce l'activité de conception, vente et location d'infrastructures de sécurité informatique, logiciels et services rattachés et dont M. A C est l'associé gérant majoritaire, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur les années 2014 à 2016. Tirant les conséquences des constatations opérées lors des opérations de contrôle de la Sarl Enki, l'administration fiscale a notifié à M. A C, selon la procédure de rectification contradictoire prévue à l'article L. 55 du livre des procédures fiscales, des rehaussements dans les catégories des traitements et salaires et des revenus de catégorie mobiliers par deux propositions de rectification du 20 décembre 2017, pour l'année 2014, et du 16 mai 2018, pour les années 2015 et 2016. Les rectifications dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers ont été envisagées, au titre de l'année 2014, sur le fondement des dispositions du 2° du 1. de l'article 109 du code général des impôts et, au titre des années 2015 et 2016, sur le fondement des dispositions du 1° du 1 de l'article 109 et des a. et c. de l'article 111 du code général des impôts. La réclamation contentieuse que M. A C a formée le 7 juillet 2020 a été rejetée par une décision de l'administration fiscale du 16 mai 2022. Par la présente requête, M. A C demande la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales mises à sa charge au titre des années 2014 à 2016.
Sur la régularité des procédures d'impositions :
2. Aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. / () ". Si le contribuable conteste qu'une proposition de rectification lui a bien été notifiée, il incombe à l'administration fiscale d'établir qu'une telle notification lui a été régulièrement adressée et, lorsque le pli contenant cette notification a été renvoyé par le service postal au service expéditeur, de justifier de la régularité des opérations de présentation à l'adresse du destinataire. La preuve qui lui incombe ainsi peut résulter soit des mentions précises, claires et concordantes figurant sur les documents, le cas échéant électroniques, remis à l'expéditeur conformément à la règlementation postale soit, à défaut, d'une attestation de l'administration postale ou d'autres éléments de preuve établissant la délivrance par le préposé du service postal d'un avis de passage prévenant le destinataire de ce que le pli est à sa disposition au bureau de poste.
3. Il résulte de l'instruction et, notamment, des accusés de réception produits par l'administration fiscale, que les plis contenant les propositions de rectification des
20 décembre 2017 et 16 mai 2018 ont été distribués à l'adresse personnelle de
M. D A C ou Mme B E, respectivement les 21 décembre 2017 et
24 mai 2018, ainsi que l'a d'ailleurs reconnu M. A C dans les courriers des 16 janvier et 28 mai 2018 par lesquels il a sollicité de l'administration fiscale un délai pour présenter ses observations. Il en résulte que les propositions de rectification en litige ont été régulièrement notifiées à M. A C. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure d'imposition en méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales ne peut qu'être écarté.
Sur le bien-fondé de l'imposition :
4. A supposer qu'en soutenant, pour contester le bien-fondé de l'imposition, n'avoir pas eu de réponse à sa demande de " communication de l'intégralité des pièces de procédure et accusés de réception ", M. A C invoque la méconnaissance des dispositions de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales, ce moyen indexé au soutien de la contestation du bien-fondé de l'imposition mais qui se rapporte à la procédure d'imposition doit être écarté comme inopérant.
En ce qui concerne la charge de la preuve :
5. Aux termes de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales : " Lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré ".
6. M. A C n'a pas présenté d'observations en réponse aux propositions de rectification qui lui ont été adressées. En application des dispositions précitées de l'article R. 194 du livre des procédures fiscales, la charge de la preuve de l'exagération de l'imposition mise à sa charge lui incombe.
En ce qui concerne l'assiette des prélèvements sociaux :
7. En premier lieu, il résulte des articles L. 131-6, L. 136-3 et L. 136-6 du code de la sécurité sociale, alors applicables, que, si les revenus distribués ont en principe le caractère de revenus des capitaux mobiliers passibles de la contribution sociale sur les revenus du patrimoine, la part de ces revenus perçue par le gérant majoritaire d'une société à responsabilité limitée, relevant en cette qualité du régime des travailleurs non-salariés non agricoles, son conjoint ou le partenaire auquel il est lié par un pacte civil de solidarité ou leurs enfants mineurs non émancipés, doit être regardée, pour son assujettissement aux prélèvements sociaux, comme des revenus d'activité pour leur fraction excédant 10 % du capital social et des primes d'émission ainsi que des sommes versées en compte courant. Cette fraction entrant ainsi dans le champ des contributions portant sur les revenus d'activité, elle ne saurait être soumise à celles assises sur les revenus du patrimoine. Aux termes de l'article R. 131-2 du code de la sécurité sociale, désormais codifié à l'article R. 131-7 du code de la sécurité sociale en application de l'article 1er du décret n° 2016-192 du 25 février 2016, dispose dans sa rédaction alors en vigueur : " Pour l'application du troisième alinéa de l'article L. 131-6 : / 1° Les apports retenus pour la détermination du capital social sont les apports en numéraire intégralement libérés et les apports en nature à l'exclusion de ceux constitués par des biens incorporels qui n'ont fait l'objet ni d'une transaction préalable en numéraire ni d'une évaluation par un commissaire aux apports ; / 2° Les sommes versées en compte courant correspondent au solde moyen annuel du compte courant d'associé. Ce solde moyen annuel est égal à la somme des soldes moyens du compte courant de chaque mois divisée par le nombre de mois compris dans l'exercice ; / 3° Le montant du capital social, des primes d'émission et des sommes versées en compte courant d'associé est apprécié au dernier jour de l'exercice précédant la distribution des revenus mentionnés aux articles 108 à 115 du code général des impôts et le versement des revenus visés au 4° de l'article 124 du même code ".
8. Il résulte de ces dispositions que, si les revenus distribués ont en principe le caractère de revenus des capitaux mobiliers passibles de la contribution sociale sur les revenus du patrimoine, la part de ces revenus perçue par le gérant majoritaire d'une société à responsabilité limitée, relevant en cette qualité du régime des travailleurs non-salariés non agricoles, son conjoint ou le partenaire auquel il est lié par un pacte civil de solidarité ou leurs enfants mineurs non émancipés, doit être regardée, pour son assujettissement aux prélèvements sociaux, comme des revenus d'activité pour leur fraction excédant 10 % du capital social et des primes d'émission ainsi que des sommes versées en compte courant. Cette fraction entrant ainsi dans le champ des contributions portant sur les revenus d'activité, elle ne saurait être soumise à celles assises sur les revenus du patrimoine.
9. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve au contribuable, il appartient au juge de l'impôt, au vu de l'instruction et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si la situation du contribuable entre dans le champ de l'assujettissement à l'impôt ou, le cas échéant, s'il remplit les conditions légales d'une exonération.
10. M. A C soutient qu'en application de l'article L. 131-6 du code de la sécurité sociale, les revenus distribués provenant de la Sarl Enki devaient, pour leur fraction excédant
10 % du capital social, des primes d'émission et des sommes versées en compte courant, être regardés comme des revenus d'activité entrant dans l'assiette des cotisations sociales des revenus d'activités des travailleurs non-salariés compte tenu de son affiliation au régime social des indépendants à raison de ses fonctions de gérant majoritaire de la Sarl Enki. Toutefois, à supposer même que M. A C relève du régime d'assurance des travailleurs indépendants non agricoles, il n'allègue ni ne justifie du montant du capital social de la Sarl Enki à prendre en compte dans les conditions précédemment rappelées pour le calcul des impositions litigieuses ainsi que des sommes versées en compte-courant permettant de calculer le solde moyen annuel de ce compte, M. A C étant titulaire d'un compte assimilé à un compte-courant d'associé. Dans ces circonstances, alors qu'il est seul en mesure d'apporter les justifications nécessaires à la détermination de la fraction des revenus distribués excédant 10% du capital social de la Sarl Enki, M. A C n'est pas fondé à demander la réduction de l'assiette des contributions sociales sur les revenus du patrimoine.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins de décharge présentées par M. A C doivent être rejetées ainsi que ses conclusions présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, l'Etat n'étant pas partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A C et à la directrice départementale des finances publiques de Seine-et-Marne.
Délibéré après l'audience du 7 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Bonneau-Mathelot, présidente,
Mme Luneau, première conseillère,
M. Demas, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 novembre 2024.
Le rapporteur,
C. DEMAS
La présidente,
S. BONNEAU-MATHELOTLa greffière,
S. SCHILDER
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Strasbourg — N° TA67-2602087
Le Tribunal Administratif de Strasbourg a été saisi par M. B... d’une demande d’injonction, sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, visant à contraindre le préfet du Bas-Rhin à instruire les demandes de titres de voyage pour ses filles mineures. Le tribunal a rejeté la requête, estimant que la mesure sollicitée ferait obstacle à l’exécution d’une décision administrative implicite de rejet née du silence gardé par l’administration pendant deux mois, conformément aux articles L. 231-1 et L. 231-4 du code des relations entre le public et l’administration. Il a également jugé que la condition d’urgence n’était pas caractérisée, les circonstances invoquées par le requérant ne suffisant pas à l’établir.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Nantes — N° TA44-2405746
Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de Mme A..., une ressortissante algérienne, visant à annuler le refus de délivrance d'un visa de court séjour en France. Le tribunal a jugé que la décision explicite de rejet du 12 février 2024, dûment motivée, s'était substituée à la décision implicite initialement contestée, rendant irrecevable le moyen tiré de l'insuffisance de motivation. Il a estimé que l'administration avait légalement justifié son refus en relevant un risque de non-retour au pays d'origine, au regard notamment des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
08/04/2026
Tribunal Administratif de Nantes — N° TA44-2407604
Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête en annulation d'une décision implicite de rejet d'un visa de regroupement familial pour un enfant. Le juge a estimé que l'autorité consulaire était fondée à refuser le visa en raison du défaut d'authenticité des actes d'état civil produits, un motif relevant de l'ordre public. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment ses articles L. 434-1, L. 434-2 et D. 312-8-1.
08/04/2026
Tribunal Administratif de Nantes — N° TA44-2408427
Le Tribunal Administratif de Nantes rejette la requête d'un ressortissant marocain visant l'annulation du rejet implicite de son recours contre le refus d'un visa de long séjour en qualité de travailleur saisonnier. Le tribunal estime que l'administration consulaire était fondée à refuser le visa en raison d'un risque avéré de détournement de son objet, motif qu'elle a pu retenir indépendamment de la détention d'une autorisation de travail. La décision s'appuie sur les articles L. 312-2 et D. 312-8-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que sur l'article L. 5221-2 du code du travail.
08/04/2026