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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2211662

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2211662

vendredi 19 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2211662
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantLAHMER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 2 décembre 2022 et le 26 décembre 2022, M. A C, représenté par Me Lahmer, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 2 novembre 2022 par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer un titre de séjour dans le mois suivant la décision et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 avril 2023, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Pradalié a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant algérien né le 2 août 1988 à El Hammamet (Algérie), est entré en France le 12 mars 2020 sous-couvert d'un visa de type C. Il s'est vu remettre un certificat de résidence algérien d'un an portant la mention " conjoint de français " valable du 19 octobre 2021 au 18 novembre 2022. Il a sollicité le 18 octobre 2022 la délivrance d'un certificat de résidence algérien valable dix ans. Par une décision en date du 2 novembre 2022 le préfet de Seine-et-Marne a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination. M. C demande l'annulation de cette décision.

2. En premier lieu, la décision attaquée de refus de séjour vise l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, et les articles L. 611-1 3°, L. 611-3, L. 612-1, L. 612-5, L. 612-12, L. 613-3, L. 721-3, L. 722-1 et R. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle mentionne que M. C s'est marié le 25 septembre 2021 à Vaires-sur-Marne (Seine-et-Marne) avec Mme D B, de nationalité française ; que les services préfectoraux ont été informés que la vie commune entre les époux a cessé à compter du 25 juin 2022 ; que le requérant ne présente aucun document attestant d'une communauté de vie ; qu'il présente une main courante déposée le 15 juillet 2022 au commissariat de Villeparisis précisant que son épouse " l'a mis à la porte ". Ainsi rédigée, la décision litigieuse comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. L'autorité administrative n'est pas tenue de préciser tous les éléments de la situation d'un ressortissant étranger en l'absence d'obligation en ce sens et la motivation de l'arrêté attaqué s'apprécie indépendamment du bien-fondé des motifs retenus par le préfet. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté. Par ailleurs, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté contesté, ni des autres pièces du dossier, que le préfet aurait insuffisamment examiné sa situation avant de prendre la décision de refus d'admission au séjour.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " Le certificat de résidence valable dix ans est délivré de plein droit sous réserve de la régularité du séjour pour ce qui concerne les catégories visées au a), au b), au c) et au g) : a) Au ressortissant algérien, marié depuis au moins un an avec un ressortissant de nationalité française, dans les mêmes conditions que celles prévues à l'article 6 nouveau 2) et au dernier alinéa de ce même article ; () ". Aux termes de l'article 6 du même accord : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention vie privée et familiale est délivré de plein droit : () 2) au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ; () Le premier renouvellement du certificat de résidence délivré au titre du 2 ci-dessus est subordonné à une communauté de vie effective entre les époux ".

4. Il résulte de ces stipulations que le renouvellement du certificat de résidence valable un an et la délivrance d'un premier certificat de résidence valable dix ans en qualité de conjoint de français sont subordonnés à la condition que la communauté de vie entre les époux soit effective.

5. Pour refuser à M. C le renouvellement de son certificat de résidence algérien, et la délivrance d'un certificat valable dix ans, sur le fondement des stipulations précitées, le préfet de Seine-et-Marne s'est fondé sur la circonstance que l'effectivité de la communauté de vie avec son épouse française n'était pas démontrée, dès lors que M. C a remis aux services préfectoraux une main courante déposée le 15 juillet 2022 au commissariat de Villeparisis précisant que son épouse " l'a mis à la porte ". M. C soutient que " après leur séparation, à de nombreuses reprises, Mme B a pris attache avec M. C afin de lui demander de regagner le domicile. D'ailleurs, ce dernier avait effectivement repris une communauté de vie et avait décidé de donner une seconde chance à son couple. Suite à une dispute la veille du rendez-vous en Préfecture, Mme B a décidé de ne pas accompagner son époux et pire, elle lui a repris l'ensemble de ses pièces personnelles et nécessaires à la demande de renouvellement de son époux ". Toutefois, le requérant, qui réside dans un autre domicile que celui de son épouse, ne produit aucun élément établissant une communauté de vie avec Mme B à la date de la décision contestée, ni, au demeurant, postérieurement à cette date. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait estimé à tort qu'il ne remplit pas les conditions pour se voir délivrer le certificat de résidence algérien de dix ans prévu par l'accord franco-algérien du

27 décembre 1968 modifié en tant que conjoint d'une ressortissante rançaise et ne peut se prévaloir des stipulations de 7 bis a) de l'accord précité. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

6. En troisième lieu, d'une part, M. C se borne à établir, concernant sa vie professionnelle, une activité professionnelle de février 2022 à octobre 2022, et, d'autre part, concernant son intégration personnelle et familiale, il se borne à produire des attestations de sa famille, en l'occurrence d'une sœur, d'un beau-frère, et de plusieurs cousins. En outre, le requérant n'établit pas qu'il serait dépourvu d'attaches en Algérie, pays dans lequel il a vécu jusqu'à un âge adulte. Ainsi, eu égard à la durée et aux conditions de séjour de M. C en France, et compte tenu de ce qui a été dit au point 5, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation, de la méconnaissance des stipulations de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien et de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doivent être écartés.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de Seine-et-Marne.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

M. Lalande, président,

M. Dumas, premier conseiller,

M. Pradalié, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 19 juillet 2024.

Le rapporteur,

G. PRADALIELe président,

D. LALANDE

La greffière,

C. KIFFER

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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