Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, des mémoires et des pièces, enregistrés les 17 février 2023,
16 octobre 2025, 26 janvier 2026 et 6 février 2026, Mme A... B... doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) d’annuler la décision par laquelle le président de l’université Paris Est Créteil (UPEC) a rejeté sa demande indemnitaire préalable et sa demande tendant à la requalification de ses différents contrats en contrats à durée déterminée à compter du mois de septembre 2003 puis en contrat à durée indéterminée à compter de septembre 2009 ;
2°) de condamner l’UPEC à lui verser une somme totale de 23 146,24 euros en réparation de ses préjudices ;
3°) d’enjoindre à l’UPEC de procéder à la requalification de ses contrats en contrats à durée déterminée dès le mois de septembre 2003, puis en contrat à durée indéterminée à compter de septembre 2009 et de régulariser ses droits financiers et sociaux ainsi que ses droits à la retraite dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 2 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- ses contrats successifs auraient dû être requalifiés dès lors qu’elle a été recrutée pour occuper un emploi permanent ;
- l’illégalité de la décision de l’UPEC refusant de requalifier ses contrats successifs en contrats à durée déterminée constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l’université ;
- l’UPEC a commis une faute en n’établissant aucun contrat écrit de 2003 à 2011, puis de 2017 à 2019 ;
- elle a également abusivement recouru au statut de vacataire ;
- elle a encore commis une faute en ne respectant pas la procédure de saisine pour avis du comité de sélection lors de la conclusion de son contrat le 6 février 2020 ;
- elle a commis plusieurs détournements de pouvoir ;
- elle a subi un préjudice financier consistant en l’absence de prise en charge de la carte de transport Navigo à hauteur de la moitié pour un montant de 6 617,60 euros, de versement de l’indemnité de résidence pour un montant de 8 528,64 euros et de versement de l’indemnité compensatoire de congés non pris pour un montant de 16 251,10 euros ;
- elle a subi un préjudice moral et des troubles dans ses conditions d’existence à hauteur de 8 000 euros.
Par des pièces et un mémoire en défense, enregistrés les 17 octobre 2025 et
13 janvier 2026, la présidente de l’UPEC conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Une intervention du syndicat CGT FERC Sup, enregistrée le 28 janvier 2026, n’a pas été communiquée.
Par un courrier du 19 février 2026, les parties ont été informées, en application de l’article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement est susceptible d’être fondé sur le moyen relevé d’office tiré de l’irrecevabilité des conclusions de la requête tendant à la condamnation de l’UPEC à verser à Mme B... une somme totale de 23 146,24 euros en réparation de ses préjudices dès lors que les fautes invoquées relèvent d'un litige distinct.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive 1999/70/CE du 28 juin 1999 ;
- le code de l’éducation ;
- le code général de la fonction publique ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- le décret n° 87-889 du 29 octobre 1987 relatif aux conditions de recrutement et d’emploi de vacataires pour l’enseignement supérieur ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Delamotte, conseiller ;
- les conclusions de Mme Salenne-Bellet, rapporteure publique ;
- les observations de Mme B... ;
- et les observations de M. C... représentant le syndicat CGT FERC Sup, la présidente de l’UPEC n’étant ni présente ni représentée.
Considérant ce qui suit :
Mme B... a été employée en qualité de chargée d’enseignement vacataire par l’université Paris Est Créteil (UPEC), au sein du département d’enseignement de la langue, de la culture et des institutions françaises aux étrangers, entre 2004 et 2011. Le 30 novembre 2011, elle a conclu avec l’UPEC un contrat à durée déterminée pour une durée d’un an, du 1er octobre 2011 au 30 septembre 2012, en application de l’article L. 954-3 du code de l’éducation. Ce contrat a été régulièrement renouvelé jusqu’au 30 septembre 2016. A l’issue de ce contrat, Mme B... a été employée en qualité de chargé d’enseignement vacataire entre novembre 2016 et octobre 2019. Le 29 janvier 2020, Mme B... a conclu avec l’UPEC un nouveau contrat à durée déterminée pour une durée d’un an, du 1er septembre 2019 au 31 août 2020, en application de l’article L. 954-3 du code de l’éducation. Ce contrat a été régulièrement renouvelé par avenant jusqu’au 31 août 2022. Par courrier du 26 octobre 2022, Mme B... a formé une demande indemnitaire préalable et demandé à l’UPEC de procéder à la requalification de ses différents contrats en contrats à durée déterminée à compter de l’année 2003 puis en contrat à durée indéterminée à compter du
1er septembre 2009. Par la présente requête, Mme B... doit être regardée comme demandant dans le dernier état de ses écritures l’annulation de la décision par laquelle l’UPEC a implicitement rejeté sa demande de requalification de ses différents contrats et la condamnation de l’UPEC à lui verser la somme totale de 39 397,34 euros.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
D’une part, aux termes de l’article L. 311-1 du code général de la fonction publique : « Sauf dérogation prévue par une disposition législative, les emplois civils permanents de l'Etat, des régions, des départements, des communes et de leurs établissements publics à caractère administratif sont (…) occupés (...) par des fonctionnaires régis par le présent titre (…) ». Aux termes de l’article L. 332-1 du même code : « Outre les emplois mentionnés aux articles L. 341-1 et L. 342-1, les emplois permanents de l'Etat et de ses établissements publics à caractère administratif énumérés ci-après ne sont pas soumis à la règle énoncée à l'article L. 311-1 et peuvent dès lors être pourvus par des agents contractuels : / 1° Emplois des établissements publics de l'Etat, sous réserve des dispositions du code de la recherche pour les agents publics qui y sont soumis (…) ». Aux termes de l’article L. 332-2 du code général de la fonction publique : « Par dérogation à la règle énoncée à l'article L. 311-1, des agents contractuels de l'Etat peuvent être également recrutés dans les cas suivants : / 1° En l'absence de corps de fonctionnaires de l'Etat susceptibles d'assurer les fonctions correspondantes ; / 2° Lorsque la nature des fonctions ou les besoins des services le justifient (…) ». Aux termes de l’article L. 332-3 du même code : « Les fonctions répondant à un besoin permanent et exercées dans le cadre d'un service à temps incomplet d'une durée n'excédant pas 70 % d'un service à temps complet sont assurées par des agents contractuels de l'Etat ». Enfin, aux termes de l’article L. 332-4 du code général de la fonction publique : « Les contrats conclus en application du 1° de l'article L. 332-1 et des articles L. 332-2 et L. 332-3 peuvent l'être pour une durée indéterminée. / Lorsque ces contrats sont conclus pour une durée déterminée, cette durée est au maximum de trois ans. Ils sont renouvelables par reconduction expresse dans la limite d'une durée maximale de six ans. / Tout contrat conclu ou renouvelé en application des mêmes dispositions avec un agent contractuel de l'Etat qui justifie d'une durée de services publics de six ans dans des fonctions relevant de la même catégorie hiérarchique est conclu, par une décision expresse, pour une durée indéterminée. / La durée de six ans mentionnée à l'alinéa précédent est comptabilisée au titre de l'ensemble des services accomplis dans des emplois occupés en application du 1° de l'article L. 332-1 et des articles L. 332-2, L. 332-3 et L. 332-6. Elle doit avoir été accomplie dans sa totalité auprès du même département ministériel, de la même autorité publique ou du même établissement public. Pour l'appréciation de cette durée, les services accomplis à temps incomplet et à temps partiel sont assimilés à des services accomplis à temps complet. / Les services accomplis de manière discontinue sont pris en compte, sous réserve que la durée des interruptions entre deux contrats n'excède pas quatre mois. / Pour le calcul de la durée d'interruption entre deux contrats, toute période d'état d'urgence sanitaire déclaré sur le fondement des dispositions du code de la santé publique n'est pas prise en compte. / Lorsque les services accomplis par un agent contractuel atteignent la durée des six ans mentionnée au troisième alinéa avant l'échéance de son contrat en cours, celui-ci est réputé être conclu à durée indéterminée. L'autorité d'emploi adresse à l'agent contractuel concerné une proposition d'avenant confirmant la durée indéterminée de son contrat. L'agent qui refuse de conclure l'avenant proposé est maintenu en fonctions jusqu'au terme du contrat en cours ». Il résulte de ces dispositions que l’agent concerné, s’il estime remplir, avant l’échéance de son contrat en cours, les conditions de transformation de ce dernier en contrat à durée indéterminée, peut, à défaut de proposition d’avenant en ce sens adressée par l’autorité d’emploi, demander à cette dernière le bénéfice de cette transformation, et ce jusqu’à, au plus tard, deux mois après l’expiration de ce contrat.
D’autre part, aux termes de l’article L. 951-2 du code de l’éducation : « Les dispositions de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat, définissant les conditions dans lesquelles doivent être pourvus les emplois civils permanents de l'Etat et de ses établissements publics et autorisant l'intégration des agents non titulaires occupant de tels emplois, sont applicables aux établissements publics à caractère scientifique, culturel et professionnel. / Le régime des contrats à durée déterminée est fixé par les articles 4 et 6 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 précitée. / Lorsque les ressources nécessaires à la rémunération de personnels permanents sont suffisamment garanties, les emplois correspondants, dont la rémunération est couverte par voie de fonds de concours, peuvent être attribués aux établissements dans la limite du total des emplois inscrits à la loi de finances de l'année dans des conditions fixées par décret ». Aux termes de l’article L. 952-1 du même code : « Sous réserve des dispositions de l'article L. 951-2, le personnel enseignant comprend des enseignants-chercheurs appartenant à l'enseignement supérieur, d'autres enseignants ayant également la qualité de fonctionnaires, des enseignants associés ou invités, agents contractuels qui, par dérogation à l'article L. 311-1 du code général de la fonction publique, peuvent occuper des emplois permanents à temps complet d'enseignants chercheurs des établissements d'enseignement supérieur et de recherche, et des chargés d'enseignement. (….) / Les chargés d'enseignement apportent aux étudiants la contribution de leur expérience. Cette expérience peut être constituée par une fonction élective locale. Les chargés d'enseignement doivent exercer une activité professionnelle principale en dehors de leur activité d'enseignement ou une fonction exécutive locale. Ils sont nommés pour une durée limitée par le président de l'université, sur proposition de l'unité intéressée, ou le directeur de l'établissement. En cas de perte d'emploi, les chargés d'enseignement désignés précédemment peuvent voir leurs fonctions d'enseignement reconduites pour une durée maximale d'un an. (…) ». Aux termes de l’article L. 954-3 du code de l’éducation : « Le président peut recruter, pour une durée déterminée ou indéterminée, des agents contractuels : (…) / 2° Pour assurer, par dérogation au premier alinéa de l'article L. 952-6, des fonctions d'enseignement, de recherche ou d'enseignement et de recherche, après avis du comité de sélection prévu à l'article L. 952-6-1 ». Aux termes de l’article 1er du décret du 29 octobre 1987 relatif aux conditions de recrutement et d’emploi de vacataires pour l’enseignement supérieur : « Les établissements publics d'enseignement supérieur relevant du ministre de l'éducation nationale peuvent faire appel pour des fonctions d'enseignement, dans les disciplines autres que médicales et odontologiques, à des chargés d'enseignement vacataires et, dans toutes les disciplines, à des agents temporaires vacataires, dans les conditions définies par le présent décret ». Aux termes de l’article 2 du même décret : « Les chargés d'enseignement vacataires sont des personnalités choisies en raison de leur compétence dans les domaines scientifique, culturel ou professionnel, qui exercent, en dehors de leur activité de chargé d'enseignement, une activité professionnelle principale consistant : / - soit en la direction d'une entreprise ; / - soit en une activité salariée d'au moins neuf cents heures de travail par an ; / - soit en une activité non salariée à condition d'être assujetties à la taxe professionnelle ou de justifier qu'elles ont retiré de l'exercice de leur profession des moyens d'existence réguliers depuis au moins trois ans ».
Il résulte de ces dispositions que les fonctions d’enseignant au sein d’une université bénéficiant de responsabilités et de compétences élargies mentionnées à l’article L. 712-8 du code de l’éducation peuvent être exercées soit par le recrutement d’un chargé d’enseignement vacataire exerçant une activité principale en dehors de son activité d’enseignement, soit, depuis l’entrée en vigueur de l’article L. 954-3 du code de l’éducation le 11 août 2007, par un agent contractuel exerçant cette activité à titre principal.
Il résulte également des dispositions applicables aux chargés d’enseignement vacataires susvisées, qui n’ont pas été abrogées par la loi du 26 juillet 2005 ni par la loi du
12 mars 2012 et qui ne sont pas incompatibles avec les objectifs de la directive 1999/70/CE du Conseil du 28 juin 1999, que les contrats passés par les universités en vue de recruter des chargés d’enseignement vacataires ne peuvent être conclus que pour une durée déterminée.
Enfin, les dispositions de l’article L. 954-3 du code de l’éducation, qui doivent être interprétées dans un sens compatible avec les dispositions de la directive 1999/70/CE du
28 juin 1999 concernant l’accord-cadre CES, UNICE et CEEP sur le travail à durée déterminée, doivent être combinées avec celles de l’article L. 951-2 de ce code renvoyant aux articles 4 et 6 de la loi du 11 janvier 1984, ainsi qu’avec celles de l'article 6 bis de la même loi, désormais codifiées aux articles L. 332‑2, L. 332-3 et L. 332-4 du code général de la fonction publique. Par conséquent, lorsqu’un agent contractuel, recruté sur le fondement de l’article L. 954-3 du code de l’éducation, justifie d'une durée de services publics de six ans ou plus dans des fonctions relevant de la même catégorie hiérarchique auprès du même établissement public, son contrat est réputé être conclu à durée indéterminée. L’agent concerné, s’il estime remplir, avant l’échéance de son contrat en cours, les conditions de transformation de ce dernier en contrat à durée indéterminée, peut, à défaut de proposition d’avenant en ce sens adressée par l’autorité d’emploi, demander à cette dernière le bénéfice de cette transformation, et ce jusqu’à, au plus tard, deux mois après l’expiration de ce contrat.
En premier lieu, Mme B... soutient que, dès son recrutement par l’UPEC, elle aurait dû être employée en tant qu’agent contractuel répondant à un besoin permanent et exerçant l’activité d’enseignante à titre principal. Toutefois, d’une part et jusqu’à l’entrée en vigueur des dispositions de l’article L. 954-3 du code de l’éducation, l’activité d’enseignement ne pouvait être exercée qu’aux termes d’un contrat à durée déterminée de chargée d’enseignement vacataire. D’autre part, dès lors que Mme B... indique qu’à l’issue de ses études, elle a commencé à développer une double carrière en tant qu’interprète traductrice en albanais d’une part et enseignante d’autre part et qu’il ne ressort pas des pièces du dossier qu’elle aurait abandonné son activité de traductrice au profit de l’exercice, à titre principal, de l’activité d’enseignante, elle n’est pas fondée à soutenir que ses contrats de chargé d’enseignement vacataire antérieurs au
1er octobre 2011 auraient dû être requalifiés en contrats conclus sur le fondement l’article L. 954-3 du code de l’éducation postérieurement à l’entrée en vigueur de ces dispositions.
En deuxième lieu, Mme B... soutient que ses contrats successifs auraient dû être requalifiés en contrat à durée indéterminée à compter du 1er septembre 2009 dès lors qu’elle justifiait de six années de service public effectif. Toutefois, Mme B... ayant demandé cette requalification par courrier du 26 octobre 2022, reçu par l’UPEC le 28 octobre 2022, elle pouvait uniquement solliciter la requalification en contrat à durée indéterminée de son contrat conclu pour un temps incomplet le 6 février 2020 sur le fondement de l’article L. 954-3 du code de l’éducation, initialement pour la période allant du 1er septembre 2019 au 31 août 2020, régulièrement renouvelé et ayant pris fin le 31 août 2022, moins de deux mois avant la réception de la demande de requalification de la requérante.
En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme B... a été employée par l’UPEC aux termes d’un contrat à durée déterminée conclu sur le fondement de l’article L. 954-3 du code de l’éducation du 1er octobre 2011 au 30 septembre 2016 à temps complet pour un volume horaire de 1 607 heures par an puis du 1er septembre 2019 au 31 août 2022 à temps incomplet pour un volume horaire de 803,5 heures par an. Au cours de ces deux périodes,
Mme B... exerçait son activité d’enseignante à titre principal et répondait à un besoin permanent de l’UPEC. Il ressort également des pièces du dossier qu’entre le mois de novembre 2016 et le mois d’août 2019, Mme B... a été employée aux termes de contrats successifs en tant que chargé d’enseignement vacataire. Si, comme le fait valoir l’UPEC, les services accomplis aux termes d’un contrat de chargé d’enseignement vacataire ne peuvent, en principe, pas être pris en compte pour le calcul de la durée de six ans mentionnée à l’article L. 332-4 du code général de la fonction publique, il en va autrement lorsque, sous couvert d’un tel contrat, l’employeur entend recruter un agent qui effectue des prestations répondant à un besoin permanent dans les mêmes conditions que s’il avait recruté le chargé d’enseignement sur le fondement de l’article L. 954-3 du code de l’éducation. Or, en l’espèce, Mme B... soutient, sans être contredite, avoir respectivement accompli 1348, 966 et 1003 heures au service de l’UPEC au titre des années scolaires 2016-2017, 2017-2018 et 2018-2019, soit un volume horaire supérieur à celui qu’elle a réalisé à compter de l’année scolaire 2019-2020 sur le fondement de l’article L. 954-3 du code de l’éducation, en exerçant une activité d’enseignement à titre principal et en vue de répondre à un besoin permanent de l’université et au demeurant un volume supérieur à celui réalisé par un enseignant titulaire correspondant, s’agissant d’un temps complet, à 392 heures d’enseignement par an. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier qu’entre le second semestre de l’année 2017 et le premier semestre 2019, Mme B... assurait, outre un nombre important de cours, les fonctions de coordinatrice pour les cours de français langue étrangère (FLE) au sein du département d’enseignement de la langue, de la culture et des institutions françaises aux étrangers (DELCIFE). Dans ces conditions, Mme B... doit être regardée comme ayant répondu à un même besoin permanent de l’UPEC entre le 1er octobre 2011 et le 31 août 2022 sans interruption de plus de quatre mois. Elle justifiait ainsi, à l’issue de son dernier contrat conclu sur le fondement de l’article L. 954-3 du code de l’éducation, d'une durée de services publics de six ans dans des fonctions relevant de la même catégorie hiérarchique et accomplie pour le même employeur public. Par suite, ce contrat à temps incomplet aurait dû être conclu pour une durée indéterminée en application des dispositions précitées de l’article L. 332-4 du code général de la fonction publique et l’UPEC ne pouvait valablement refuser de faire droit à la demande de requalification de Mme B....
Il résulte de ce qui précède que Mme B... est fondée à demander l’annulation de la décision de l’UPEC en tant qu’elle refuse la requalification de son contrat conclu le
29 janvier 2020, régulièrement renouvelé jusqu’au 31 août 2022, en contrat à durée indéterminée.
Sur les conclusions à fin d’injonction et d’astreinte :
Aux termes de l’article L. 911-1 du code de justice administrative : « Lorsque sa décision implique nécessairement qu’une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d’un service public prenne une mesure d’exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d’un délai d’exécution. / La juridiction peut également prescrire d’office cette mesure ».
L’exécution du présent jugement implique nécessairement, eu égard au motif d’annulation retenu, d’enjoindre à l’UPEC, d’une part, de requalifier le contrat de Mme B... conclu le 6 février 2020 à temps incomplet en contrat à durée indéterminée, avec effet au
1er septembre 2019, et, d’autre part, d’en tirer toutes les conséquences sur le plan financier, notamment en lui allouant rétroactivement le bénéfice du traitement, des congés payés et des droits à la retraite susceptibles de découler de la transformation de ses contrats à durée déterminée en contrat à durée indéterminée, dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu’il soit nécessaire d’assortir cette injonction d’une astreinte.
Sur les conclusions à fin d’indemnisation :
En ce qui concerne l’existence d’une faute :
En premier lieu, si Mme B... soutient que l’UPEC a commis des fautes en l’engageant comme chargée d’enseignement vacataire sans recourir à un contrat écrit, en ayant abusivement recours à des contrats à durée déterminée, en ne sollicitant pas l’avis du comité de sélection préalablement à son recrutement le 6 février 2020 et en commettant un détournement de pouvoir, ces fautes relèvent d’un litige distinct et ne sauraient fonder l’engagement de la responsabilité de l’UPEC dans le cadre de la présente instance.
En second lieu, Mme B... est fondée à soutenir que l’illégalité entachant la décision par laquelle l’UPEC a implicitement refusé de requalifier ses contrats successifs en contrat à durée indéterminée pour la période postérieure au 1er septembre 2019 est constitutive d’une faute de nature à engager sa responsabilité.
En ce qui concerne les préjudices :
En premier lieu, Mme B... soutient qu’elle a subi un préjudice financier dès lors qu’entre 2003 et 2011 puis à compter de 2016, elle n’a perçu ni l’indemnité de résidence ni la prise en charge de ses frais de transport, ni l’indemnité compensatoire de congés non pris. Toutefois, d’une part, l’illégalité du refus de requalification de ses contrats successifs ne concerne que la période postérieure au 1er septembre 2019. D’autre part, il résulte de l’instruction, qu’à compter de cette date et dans le cadre de son contrat conclu en application des dispositions de l’article L. 954-3 du code de l’éducation, Mme B... a perçu l’indemnité de résidence et avait droit à la prise en charge de ses frais de transport qu’elle n’établit pas avoir sollicitée auprès de son employeur. En outre, Mme B... ne sollicite pas le versement d’une indemnité compensatoire de congés non pris au titre des années universitaires 2019-2020 à 2021-2022. S’agissant de la période postérieure au 31 août 2022, le versement d’éventuelles primes et prises en charge liées s’effectuera dans le cadre de la requalification du contrat de Mme B... en contrat à durée indéterminée dans les conditions mentionnées au point 14 du présent jugement. Par suite,
Mme B... n’est pas fondée à soutenir qu’elle a subi un préjudice financier lié au défaut de versement de l’indemnité de résidence et au défaut de prise en charge de ses frais de transport
En second lieu, si Mme B... soutient qu’elle a subi un préjudice moral à raison de l’illégalité de la décision implicite refusant la requalification de ses contrats successifs, elle ne l’établit pas.
En ce qui concerne les frais liés au litige :
Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’UPEC une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision par laquelle l’UPEC a implicitement rejeté la demande de Mme B... tendant à la requalification de ses différents contrats est annulée en tant qu’elle refuse la requalification en contrat à durée indéterminée de son contrat conclu le 6 février 2020 pour un service à temps incomplet sur le fondement de l’article L. 954-3 du code de l’éducation, initialement pour la période allant du 1er septembre 2019 au 31 août 2020, régulièrement renouvelé et ayant pris fin le 31 août 2022.
Article 2 : Il est enjoint à l’UPEC, dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, de requalifier le contrat de Mme B... conclu le 6 février 2020 en contrat à durée indéterminée, avec effet au 1er septembre 2019, et d’en tirer toutes les conséquences sur le plan financier, notamment en lui allouant rétroactivement le bénéfice du traitement, des congés payés et des droits à la retraite susceptibles de découler de la transformation de ses contrats à durée déterminée en contrat à durée indéterminée.
Article 3 : L’UPEC versera une somme de 1 000 euros à Mme B... en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A... B... et au ministre de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’espace de France.
Copie en sera adressée pour information à l’université Paris Est Créteil.
Délibéré après l’audience du 26 février 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Janicot, présidente,
M. Delamotte, conseiller,
M. Teste, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe 13 mars 2026.
Le rapporteur,
Signé : C. DELAMOTTE
La présidente,
Signé : M. JANICOT
La greffière,
Signé : V. DAVID
La République mande et ordonne au ministre de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’espace de France en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,