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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2304326

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2304326

jeudi 6 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2304326
TypeDécision
Formation5ème chambre
Avocat requérantOUEDRAOGO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 28 avril 2023 et 9 octobre 2024, M. C E D, représenté par Me Ouedraogo, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 1er août 2022 par laquelle le sous-préfet de Nogent-sur-Marne a refusé de faire droit à sa demande d'admission au séjour et l'a invité à quitter le territoire national dans les plus brefs délais ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-de-Marne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que la décision attaquée :

- est entachée d'un défaut d'examen sérieux et approfondi de sa situation ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée le 12 mai 2023 à la préfète du Val-de-Marne, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 16 septembre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 10 octobre 2024 à midi.

Par courrier du 6 février 2025, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision, dès lors que le sous-préfet de Nogent-sur-Marne ne pouvait prendre la décision attaquée en son nom propre.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 31 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Massengo,

- et les observations de Me Ouedraogo, représentant le requérant.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant ivoirien né en 1973, déclare être entré en France le 12 octobre 2002 muni d'un visa. Il a obtenu le bénéfice d'une carte de séjour temporaire en raison de son état de santé, renouvelée jusqu'au 24 octobre 2022. Par un arrêté du 7 janvier 2020, le préfet du Val-d'Oise a refusé de faire droit à sa demande d'admission exceptionnelle au séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. L'intéressé s'est maintenu sur le territoire français et a présenté une nouvelle demande de titre de séjour le 4 juillet 2022. Par une décision du 1er août 2022, le sous-préfet de Nogent-sur-Marne lui a rappelé le prononcé de l'obligation de quitter le territoire français, a confirmé cette décision, a refusé de procéder à la réouverture de son dossier et l'a invité à quitter le territoire dans les plus brefs délais. Par la présente requête, M. D demande l'annulation de la décision du 1er août 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article R. 311-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le titre de séjour est délivré par le préfet du département dans lequel l'étranger a sa résidence ". Le préfet du département, compétent pour la délivrance des titres de séjour, l'est également pour le rejet de telles demandes lorsque l'étranger ne remplit pas les conditions auxquelles les dispositions du code subordonnent la délivrance d'un tel titre. Si le sous-préfet d'arrondissement peut délivrer ou refuser un titre de séjour à l'étranger par délégation de signature du préfet de département, il ne peut le faire en son nom propre.

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiants de son état civil ; / 2° Les documents justifiants de sa nationalité ; / 3° Les documents justifiants de l'état civil et de la nationalité de son conjoint, de ses enfants et de ses parents lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour pour motif familial. La délivrance du premier récépissé et l'intervention de la décision relative au titre de séjour sollicité sont subordonnées à la production de ces documents. () ". Aux termes de l'article R. 431-11 du même code : " L'étranger qui sollicite la délivrance d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande les pièces justificatives dont la liste est fixée par arrêté annexé au présent code ". Aux termes de l'article R. 432-1 du même code : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. / () ".

4. Il résulte de ces dispositions qu'en dehors du cas d'une demande à caractère abusif ou dilatoire, l'autorité administrative chargée d'instruire une demande de titre de séjour ne peut refuser de l'enregistrer, et de délivrer le récépissé y afférent, que si le dossier présenté à l'appui de cette demande est incomplet. Le caractère abusif ou dilatoire de la demande doit s'apprécier compte tenu des éléments circonstanciés. Dès lors que le préfet dispose toujours de la faculté de faire usage de son pouvoir discrétionnaire en vue de régulariser la situation d'un ressortissant étranger et de prononcer l'abrogation d'une interdiction de retour, le simple fait que l'étranger a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français exécutoire ou que l'interdiction de retour prononcée à son encontre produisait encore ses effets ne suffit pas à caractériser le caractère abusif ou dilatoire d'une demande de titre de séjour.

5. En l'espèce, la décision du 1er août 2022 portant refus de réouverture de son dossier de demande d'admission exceptionnelle au séjour est motivée par la circonstance que celui-ci avait fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français par un arrêté du préfet du Val-d'Oise notifié le 10 janvier 2020 et par la circonstance que son courrier de demande ne faisait état d'aucun élément nouveau. Ainsi, eu égard à sa portée, la décision du 1er août 2022 doit être regardée comme une décision de refus de délivrance d'un titre de séjour. Or, elle a été signée par M. A B, sous-préfet de Nogent-sur-Marne en son nom propre, et aucune mention ne permet de la regarder comme ayant été signée pour la préfète du Val-de-Marne et par délégation. Par suite, la décision attaquée est entachée du vice d'incompétence de son auteur.

6. Il résulte de ce qui précède que la décision attaquée doit être annulée pour incompétence, sans qu'il soit besoin d'examiner les moyens de la requête.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. L'annulation de la décision du 1er août 2022 implique seulement que le préfet du Val-de-Marne, ou toute autre autorité territorialement compétente, réexamine la demande de titre de séjour présentée par M. D. Il y a lieu, dès lors, d'enjoindre au préfet du Val-de-Marne, ou à toute autre autorité territorialement compétente, d'y procéder dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

8. M. D a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de l'Etat (préfet du Val-de-Marne) une somme de 1 200 euros, à verser à Me Ouedraogo, avocate de M. D, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du sous-préfet de Nogent-sur-Marne du 1er août 2022 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-de-Marne, ou à toute autre autorité territorialement compétente, de réexaminer la demande d'admission au séjour de M. D dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat (préfet du Val-de-Marne) versera au conseil de M. D, Me Ouedraogo, une somme de 1 200 euros, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C E D, à Me Ouedraogo et au préfet du Val-de-Marne.

Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 13 février 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Billandon, présidente,

Mme Massengo, conseillère,

Mme Bourrel Jalon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 mars 2025.

La rapporteure,

C. MASSENGOLa présidente,

I. BILLANDONLa greffière,

C. TRÉMOUREUX

La République mande et ordonne au préfet du Val-de-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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