mercredi 14 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2305867 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | RAULT |
Vu les procédures suivantes :
Par une requête, enregistrée le 12 juin 2023 sous le n° 2305867, M. B A, demeurant 11 avenue Thiers à Melun (77000), représenté par Me Desenlis, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la suspension de la décision de refus du 12 juin 2023, par laquelle l'aide sociale à l'enfance (ASE) du département de Seine-et-Marne mettra fin à sa prise en charge après la date du 13 juin 2023 et a rejeté son recours administratif obligatoire avec toutes conséquences de droit ;
2°) d'enjoindre au président du conseil départemental de Seine-et-Marne de procéder au réexamen de la demande de renouvellement du contrat de jeune majeur de Monsieur B A dans un délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance et de lui procurer, dans un délai de 48 heures, une solution d'hébergement et une prise en charge de ses besoins alimentaires, sanitaires et médicaux, sous astreinte de 200 € par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge du conseil départemental de Seine-et-Marne la somme de
1 500 euros à verser à Me Desenlis par application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
M. A soutient que :
* l'urgence est caractérisée dans la mesure où, sans prise en charge, sa situation est aujourd'hui extrêmement préoccupante ; il ne dispose ni d'une place en foyer jeunes travailleurs, ni d'une place en SIAO ; il est seul sur le territoire national et le risque est grand qu'il se retrouve dans une situation de danger sans hébergement et sans accompagnement ;
* en choisissant de le mettre à la rue, les services de l'ASE ont bafoué son droit à l'éducation reconnu comme liberté fondamentale par le Conseil d'Etat dans son arrêt du 8 juin 2017 n° 411227) puisque, se retrouvant à la rue, il ne pourra finaliser sa formation jusque fin juin 2023, ni s'insérer sur le territoire national pour débuter son activité professionnelle ou s'inscrire dans une autre formation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 juin 2023, le département de Seine-et-Marne, représenté par Me Rault, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de M. A de la somme de 1 euro sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative en faisant valoir que :
- l'extrême urgence de l'article L. 521-2 du code de justice administrative n'est pas établie dès lors que le requérant a indiqué à son éducateur avoir trouvé une colocation avec un ami au Mée-sur-Seine et avoir commencé à ramener ses affaires dans son nouvel appartement ; de plus, selon son éducateur, " B (prénom de M. A) est désormais totalement autonome " et le service " a mené à terme son accompagnement " ; il estime que " les outils CJM ou PJM ont peu d'intérêt éducatif dans son cas " ;
- il n'est porté aucune atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales invoquées par M. A dès lors qu'un accompagnement éducatif a été mis en place pendant plusieurs années, que le conseil départemental lui a permis de réaliser une formation en vue d'obtenir un titre professionnel, d'agent de restauration débutée en juin 2022, que l'intéressé a pu se constituer une épargne de l'ordre de 3 400 euros sur son livret A et de 648 euros sur son compte courant, qu'il bénéficie d'un récépissé de demande de titre de séjour lui permettant de continuer de travailler, et qu'il a indiqué avoir trouvé une colocation avec un ami.
Vu :
- la décision litigieuse du 12 juin 2023 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Freydefont, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référés.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue le 14 juin 2023 en présence de Mme Aubret, greffière d'audience, M. Freydefont a lu son rapport ;
- les observations de Me Geoffroy substituant Me Rault, représentant le département de Seine-et-Marne, défendeur, qui reprend les conclusions de son mémoire en défense par les mêmes moyens
M. A, requérant, ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 10 heures 40.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
En ce qui concerne l'office du juge du référé liberté :
1. D'une part, aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. " ; aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. " ; enfin, aux termes de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit contenir l'exposé au moins sommaire des faits et moyens et justifier de l'urgence de l'affaire. / A peine d'irrecevabilité, les conclusions tendant à la suspension d'une décision administrative ou de certains de ses effets doivent être présentées par requête distincte de la requête à fin d'annulation ou de réformation et accompagnées d'une copie de cette dernière. "
2. D'autre part, aux termes de l'article L. 134-1 du code de l'action sociale et des familles : " Le contentieux relevant du présent chapitre comprend les litiges relatifs aux décisions du président du conseil départemental () en matière de prestations légales d'aide sociale prévues par le présent code. ". L'article L. 134-2 du même code dispose que : " Les recours contentieux formés contre les décisions mentionnées à l'article L. 134-1 sont précédés d'un recours administratif préalable exercé devant l'auteur de la décision contestée. L'auteur du recours administratif préalable, accompagné de la personne ou de l'organisme de son choix, est entendu, lorsqu'il le souhaite, devant l'auteur de la décision contestée () ".
3. L'objet même du référé organisé par les dispositions du Titre II du Livre V du code de justice administrative est de permettre, dans tous les cas où l'urgence le justifie, la suspension dans les meilleurs délais d'une décision administrative contestée par le demandeur. Une telle possibilité est ouverte y compris dans le cas où un texte législatif ou réglementaire impose l'exercice d'un recours administratif préalable avant de saisir le juge de l'excès de pouvoir, sans donner un caractère suspensif à ce recours obligatoire. Dans une telle hypothèse, la suspension peut être demandée au juge des référés sans attendre que l'administration ait statué sur le recours préalable, dès lors que l'intéressé a justifié, en produisant une copie de ce recours, qu'il a engagé les démarches nécessaires auprès de l'administration pour obtenir l'annulation ou la réformation de la décision contestée. Saisi d'une telle demande de suspension, le juge des référés peut y faire droit si l'urgence justifie la suspension avant même que l'administration ait statué sur le recours préalable. Sauf s'il en décide autrement, la mesure qu'il ordonne en ce sens vaut, au plus tard, jusqu'à l'intervention de la décision administrative prise sur le recours présenté par l'intéressé.
En ce qui concerne les dispositions applicables :
4. L'article L. 221-1 du code de l'action sociale et des familles prévoit que : " Le service de l'aide sociale à l'enfance est un service non personnalisé du département chargé des missions suivantes : / 1° Apporter un soutien matériel, éducatif et psychologique tant aux mineurs et à leur famille ou à tout détenteur de l'autorité parentale, confrontés à des difficultés risquant de mettre en danger la santé, la sécurité, la moralité de ces mineurs ou de compromettre gravement leur éducation ou leur développement physique, affectif, intellectuel et social, qu'aux mineurs émancipés et majeurs de moins de vingt et un ans confrontés à des difficultés familiales, sociales et éducatives susceptibles de compromettre gravement leur équilibre () ". L'article L. 222-5 du même code prévoit que : " Sont pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance sur décision du président du Conseil départemental : / 1° Les mineurs qui ne peuvent demeurer provisoirement dans leur milieu de vie habituel et dont la situation requiert un accueil à temps complet ou partiel (). Peuvent être également pris en charge à titre temporaire par le service chargé de l'aide sociale à l'enfance les mineurs émancipés et les majeurs âgés de moins de vingt et un ans qui éprouvent des difficultés d'insertion sociale faute de ressources ou d'un soutien familial suffisant. / Un accompagnement est proposé aux jeunes mentionnés au 1° du présent article devenus majeurs et aux majeurs mentionnés à l'avant-dernier alinéa, au-delà du terme de la mesure, pour leur permettre de terminer l'année scolaire ou universitaire engagée ".
5. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles que, depuis l'entrée en vigueur du I de l'article 10 de la loi du 7 février 2022 relative à la protection des enfants dont elles sont issues, les jeunes majeurs de moins de vingt et un an ayant été pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance d'un département avant leur majorité bénéficient d'un droit à une nouvelle prise en charge à titre temporaire par ce service, lorsqu'ils ne disposent pas de ressources ou d'un soutien familial suffisant. Il lui incombe ainsi d'assurer l'accompagnement vers l'autonomie des mineurs pris en charge par ce service lorsqu'ils parviennent à la majorité et notamment, à ce titre, de proposer à ceux d'entre eux qui éprouvent des difficultés d'insertion sociale faute de ressources ou d'un soutien familial suffisants toute mesure, adaptée à leurs besoins en matière éducative, sociale, de santé, de logement, de formation, d'emploi et de ressources, propre à leur permettre de terminer l'année scolaire ou universitaire engagée.
En ce qui concerne la demande en référé :
6. Il résulte de l'instruction que M. B A, ressortissant gambien né le
13 juin 2005 à Gunjur, pris en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance (ASE) du département de Seine-et-Marne jusqu'à sa majorité le 13 juin 2023, a sollicité le 7 avril 2023 un contrat jeune majeur. Le silence gardé sur cette demande pendant plus de deux mois a fait naître le
8 juin 2023 une décision implicite de rejet dont M. A demande, sur le fondement de L. 521-2 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution.
S'agissant de l'urgence :
7. D'une part, lorsqu'un requérant fonde son action non sur la procédure de suspension régie par l'article L. 521-1 du code de justice administrative mais sur la procédure de protection particulière instituée par l'article L. 521-2 précité de ce code, il lui appartient de justifier de circonstances caractérisant une situation d'urgence qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par l'article L. 521-2 soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures. L'urgence doit s'apprécier objectivement et globalement et tenir compte du fait que le requérant ne se soit pas placé lui-même dans une situation qui ne lui permette pas d'invoquer utilement -ni sérieusement- la notion d'urgence ; il en est notamment ainsi lorsque la situation d'urgence découle directement de la négligence ou de la carence du requérant, ou de tout autre acte positif qui lui est directement imputable. Enfin, la condition d'urgence s'apprécie à la date de la présente ordonnance.
8. D'autre part, eu égard aux effets particuliers d'une décision refusant de poursuivre la prise en charge, au titre des deux derniers alinéas de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles, d'un jeune jusque-là confié à l'aide sociale à l'enfance, la condition d'urgence doit en principe être constatée lorsqu'il demande la suspension d'une telle décision de refus. Il peut toutefois en aller autrement dans les cas où l'administration justifie de circonstances particulières, qu'il appartient au juge des référés de prendre en considération en procédant à une appréciation globale des circonstances de l'espèce qui lui est soumise.
9. Pour justifier de l'extrême urgence de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, M. A soutient que sa situation est aujourd'hui extrêmement préoccupante ; en effet, il fait valoir qu'il ne dispose ni d'une place en foyer jeunes travailleurs, ni d'une place en service intégré d'accueil et d'orientation (SIAO) et qu'il est seul sur le territoire national ; le risque est grand qu'il se retrouve dans une situation de danger sans hébergement et sans accompagnement.
10. Toutefois, le département fait valoir en défense, sans être sérieusement contredit par le requérant qui n'a pas produit de mémoire en réplique et n'était ni présent ni représenté lors de l'audience publique du 14 juin 2023que M. A a indiqué à son éducateur avoir trouvé une colocation avec un ami au Mée-sur-Seine et avoir commencé à ramener ses affaires dans son nouvel appartement ; de plus, il n'est pas non plus contesté que l'intéressé a obtenu grâce à l'accompagnement du département une formation en vue d'obtenir un titre professionnel, d'agent de restauration débutée en juin 2022 grâce à laquelle il a pu se constituer une épargne de l'ordre de 3 400 euros sur son livret A et de 648 euros sur son compte courant ; enfin, M. A bénéficie d'un récépissé de demande de titre de séjour lui permettant de justifier sa régularité au séjour sur le territoire français et de continuer de travailler.
11. Par ces éléments, le département de Seine-et-Marne renverse la présomption d'urgence énoncée au point 9 et démontre que l'urgence n'est pas caractérisée.
12. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'atteinte grave et immédiate portée à une ou plusieurs libertés fondamentales, les conclusions à fin d'annulation de la décision litigieuse présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative doivent être rejetée ; par voie de conséquence, il convient également de rejeter les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles tendant au bénéfice des articles L. 761-1 du même code et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
O R D O N N E
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au conseil départemental de Seine-et-Marne.
Fait à Melun, le 14 juin 2023.
Le juge des référés,
Signé : C. FreydefontLa greffière,
Signé : S. Aubret
La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne, en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Conseil d'État — N° 516229
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de M. B... qui demandait la suspension de l'exécution de la loi du pays n° 2026-4 du 15 mai 2026 portant création du code des douanes de Polynésie française. Le requérant invoquait une atteinte grave à plusieurs libertés fondamentales, mais le juge a estimé qu'il n'apportait aucun élément caractérisant une situation d'urgence justifiant une mesure de sauvegarde à très bref délai. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, en application de la procédure simplifiée prévue à l'article L. 522-3 du même code.
01/06/2026
Conseil d'État — N° 515333
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de Mme A..., magistrate, qui demandait le report et l'encadrement de ses auditions par l'inspection générale de la justice (IGJ) dans le cadre d'une enquête administrative. La requérante invoquait une atteinte grave à ses droits de la défense, à sa dignité et à l'indépendance juridictionnelle. Le juge a estimé que l'audition prévue du 4 au 7 mai 2026, qui ne préjugeait pas de l'issue de l'enquête ni d'éventuelles poursuites disciplinaires, n'était pas susceptible de porter une atteinte manifestement disproportionnée à ses droits. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la condition d'urgence n'étant pas retenue comme caractérisant une illégalité grave.
03/05/2026
Conseil d'État — N° 509298
Le Conseil d'État rejette la requête de M. A... pour défaut d'intérêt à agir, les circonstances invoquées (qualité de citoyen, d'usager ou de professionnel) n'étant pas suffisamment directes et certaines pour contester la nomination du président du conseil d'administration de l'OFII. La portée de cette décision est de rappeler la rigueur du contrôle de l'intérêt à agir en matière de nominations aux emplois publics.
09/04/2026