mardi 18 mars 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2307550 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | FOURCADE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 20 juillet 2023 et le 5 février 2024, M. B A, représenté par Me Berlan, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 13 juin 2023 par laquelle le ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion a annulé la décision de l'inspectrice du travail du 25 janvier 2023 et a autorisé la société Leroy Merlin France à le licencier pour motif disciplinaire ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision contestée a été prise en l'absence d'information et de consultation du comité social et économique ;
- le délai imparti entre la convocation à un entretien préalable et la demande d'autorisation de licenciement n'a pas été respecté ;
- la décision contestée est insuffisamment motivée ;
- le principe du contradictoire n'a pas été respecté ;
- la matérialité des faits qui lui sont reprochés n'est pas établie ;
- la demande d'autorisation de licenciement présente un lien avec son mandat.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 30 novembre 2023 et le 4 mars 2024, la société Leroy Merlin France, représentée par Me Fourcade, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de M. A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
La requête a été communiquée au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Marine Robin, conseillère,
- les conclusions de M. Rémi Grand, rapporteur public,
- et les observations de Me Berlan, avocat de M. A, et de Me Fouquoire, avocat de la société Leroy Merlin France.
Considérant ce qui suit :
1. Le 26 décembre 2022, la société Leroy Merlin France a sollicité auprès de l'administration l'autorisation de procéder au licenciement de M. A, salarié protégé, pour motif disciplinaire. Par une décision du 25 janvier 2023, l'inspectrice du travail a refusé d'accorder à la société Leroy Merlin France l'autorisation de licencier le salarié. Par une décision
du 13 juin 2023, le ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion, saisi par la société Leroy Merlin France d'un recours hiérarchique, a retiré la décision de l'inspectrice du travail et l'a autorisée à licencier M. A. Par la requête visée ci-dessus, M. A demande au tribunal d'annuler cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En vertu des dispositions du code du travail, le licenciement des salariés légalement investis de fonctions représentatives, qui bénéficient d'une protection exceptionnelle dans l'intérêt de l'ensemble des travailleurs qu'ils représentent, ne peut intervenir que sur autorisation de l'inspecteur du travail. Lorsque leur licenciement est envisagé, celui-ci ne doit pas être en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées ou avec leur appartenance syndicale. Dans le cas où la demande de licenciement est motivée par un comportement fautif, il appartient à l'inspecteur du travail saisi et, le cas échéant, au ministre compétent, de rechercher, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, si les faits reprochés au salarié sont d'une gravité suffisante pour justifier le licenciement, compte tenu de l'ensemble des règles applicables au contrat de travail de l'intéressé et des exigences propres à l'exécution normale du mandat dont il est investi.
3. D'une part, pour autoriser la société Leroy Merlin France à procéder au licenciement de M. A, le ministre a retenu, d'une part, que le salarié a délibérément maintenu sur une nacelle, à plusieurs mètres de hauteur, sa supérieure hiérarchique. Toutefois, alors que le requérant conteste la matérialité de ce grief, les défendeurs se bornent à produire une lettre du médecin du travail relatant les faits ainsi qu'un diagnostic établi par un cabinet de conseil, qui ne font qu'évoquer l'implication de l'intéressé dans de tels faits sans toutefois que soit produit le témoignage de l'intéressée ou d'autres personnes. Dans ces conditions, le requérant est fondé à soutenir que, contrairement à ce qu'a estimé le ministre, la matérialité du premier grief qui lui est reproché n'est pas établie.
4. D'autre part, s'agissant du deuxième grief reproché au requérant, le ministre s'est fondé sur les courriers électroniques, qu'il qualifie de " dénigrants " et de " menaçants ", adressés par M. A à la secrétaire du comité social et économique entre le 22 octobre et
le 17 novembre 2022. Il ressort des pièces du dossier que sur cette période, M. A a demandé à la secrétaire du comité social et économique, de manière insistante, la communication des procès-verbaux des réunions du comité social et économique depuis l'année 2019, en réitérant sa demande à quelques jours d'intervalle et en mettant en copie de ses courriers électroniques la direction du magasin Leroy Merlin et la direction régionale interdépartementale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Île-de-France. Le ministre a considéré que l'intéressé a ainsi cherché à exercer une pression sur la secrétaire du comité social et économique en employant un ton dénigrant et menaçant. Toutefois, il n'est pas contesté que le salarié a réitéré ses demandes en raison de l'absence de réponse de la secrétaire du comité et s'il ressort des pièces du dossier, notamment de l'échange de courriers électroniques, que M. A a accusé la secrétaire de retenir volontairement des informations, aucune suite n'a été donnée à ces accusations. Dans ces conditions, eu égard notamment à l'absence de précédent disciplinaire du salarié, si les faits, dont la matérialité et l'imputabilité sont établies, sont constitutifs d'une faute, ils ne sont, en revanche, pas d'une gravité suffisante pour justifier le licenciement du salarié, contrairement à ce que relève la décision attaquée.
5. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 13 juin 2023 par laquelle le ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion a autorisé son licenciement pour motif disciplinaire.
Sur les frais liés au litige :
6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. A, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la société Leroy Merlin France demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion du 13 juin 2023 est annulée.
Article 2 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles et à la société Leroy Merlin France.
Copie pour information en sera transmise au directeur régional et interdépartemental de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Ile-de-France.
Délibéré après l'audience du 28 février 2025, à laquelle siégeaient :
M. Timothée Gallaud, président,
Mme Marine Robin, conseillère,
Mme Héloïse Mathon, conseillère
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 mars 2025.
La rapporteure,
M. Robin
Le président,
T. GallaudLa greffière,
L. Potin
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-25PA02134
08/04/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-25PA02150
08/04/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-25PA03459
08/04/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-25PA03472
08/04/2026