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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2311745

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2311745

vendredi 7 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2311745
TypeDécision
Formation4ème chambre
Avocat requérantKOHEN

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun a été saisi par des riverains d’une demande d’annulation d’un arrêté du 6 septembre 2023 par lequel le maire de Thorigny-sur-Marne a délivré à la SAS ELGEA un permis de construire modificatif pour un projet de 34 logements collectifs. Les requérants contestaient notamment la légalité de ce permis modificatif, arguant qu’il faisait suite à un permis tacite annulé et qu’il méconnaissait le plan local d’urbanisme applicable. Le tribunal a rejeté la requête, considérant que le permis modificatif était régulier et que les moyens soulevés, notamment ceux tirés de l’erreur de droit et de la dangerosité de l’accès, n’étaient pas fondés. La solution retenue s’appuie sur les dispositions du code de l’urbanisme, en particulier les articles relatifs aux permis modificatifs et aux règles de desserte.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 6 novembre 2023 et le 25 avril 2024, M. O et Mme M C, M. L et Mme N D, M. G et Mme H K, Mme I F, M. J et Mme P E, représentés par Me Pelloquin, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 septembre 2023 par lequel le maire de Thorigny-sur-Marne a délivré à la SAS ELGEA un permis de construire autorisant le projet tendant à la construction de 34 logements collectifs sur un terrain situé au 92 rue de Claye à Thorigny-sur-Marne, ainsi que les modifications mentionnées dans la demande de permis de construire modificatif déposée le 24 juin 2022 ;

2°) de mettre à la charge de la SAS ELGEA une somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- le permis de construire modificatif est illégal dès lors que l'annulation, par le jugement du 24 février 2023 du présent tribunal, du permis de construire tacite du 25 février 2021 autorisant le projet initial fait obstacle à la délivrance d'un permis de construire modificatif ;

- il est entaché d'une erreur de droit dès lors que la demande de la SAS ELGEA aurait dû être instruite sur le fondement du règlement du plan local d'urbanisme approuvé le 10 février 2022 ;

- il méconnait l'article Ut 3 du règlement du plan local d'urbanisme dès lors que l'accès au terrain d'assiette du projet par la rue de Claye entraîne des conditions de desserte dangereuse ;

- les conclusions reconventionnelles présentées par la SAS ELGEA sont irrecevables faute d'avoir été présentées dans un mémoire distinct conformément à l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 janvier 2024, la SAS ELGEA, représentée par Me Kohen, conclut au rejet de la requête, à la condamnation solidaire des requérants à lui verser une somme de 250 000 euros au titre de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme et à ce qu'une somme de 5 000 euros soit mise solidairement à leur charge au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- son projet pouvait faire l'objet d'un permis de construire modificatif ;

- il devait être instruit au regard des dispositions du plan local d'urbanisme approuvées le 9 juillet 2012 dès lors que le nouveau plan local d'urbanisme en cours d'élaboration à la date de délivrance du certificat d'urbanisme du 24 janvier 2022 dont elle bénéficie n'aurait pas justifié, à cette date, que lui soit opposé un sursis à statuer ;

- le moyen tiré de la méconnaissance de l'article Ut 3 du règlement du plan local d'urbanisme est inopérant dès lors que le projet autorisé par le permis de construire modificatif n'est pas modifié sur ce point par rapport au projet initial ;

- le recours présente un caractère abusif et lui cause un préjudice économique du fait du retard pris dans les travaux et de la hausse des coûts de construction.

La requête a été communiquée à la commune de Thorigny-sur-Marne qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une lettre du 11 avril 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de la période à laquelle il était envisagé d'appeler l'affaire à une audience et que l'instruction pourrait être close à partir du 26 avril 2024.

Une ordonnance portant clôture de l'instruction immédiate a été prise le 14 juin 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Collen-Renaux, rapporteur ;

- les conclusions de Mme Blanc, rapporteure publique ;

- les observations de Me Pelloquin, représentant les requérants ;

- et les observations de Me Robert, représentant la SAS ELGEA.

Considérant ce qui suit :

1. Le 30 juillet 2015, la SAS ELGEA a sollicité la délivrance d'un permis de construire aux fins de démolition d'un bâtiment existant et d'édification de deux bâtiments d'habitation collective de 34 logements à caractère social sur un terrain constitué des parcelles cadastrées section AK nos 9, 48 et 362 et situées au 92 rue de Claye à Thorigny-sur-Marne. Par un arrêté du 21 août 2015, le maire de cette commune a opposé un sursis à statuer à la demande pour une durée de deux ans. La légalité de cet arrêté a été confirmée par un jugement n° 1601589 du 9 mars 2018 du présent tribunal. Au terme du délai de sursis à statuer, le maire de Thorigny-sur-Marne a opposé un refus à la demande de permis de construire par un arrêté n° 2018/570 du 30 avril 2018. Cet arrêté, qui devait être regardé comme procédant au retrait d'un permis de construire délivré tacitement à la SAS ELGEA, a été annulé par un jugement n° 1809044 du 31 décembre 2020 du présent tribunal. En exécution de ce jugement, le maire de Thorigny-sur-Marne a délivré à la société pétitionnaire un certificat de permis de construire tacite le 25 février 2021. Saisi par des tiers d'un recours en excès de pouvoir contre le permis de construire délivré tacitement, le tribunal a sursis à statuer, par un jugement avant dire droit n° 2102808 du 15 avril 2022, afin de permettre à la commune ou à la SAS ELGEA de notifier un permis de construire modificatif régularisant les vices tenant à la méconnaissance des dispositions du f) de l'article R. 431-16 du code de l'urbanisme et des dispositions des articles Ut 6 et Ut 11 du règlement du plan local d'urbanisme. Le 24 juin 2022, la SAS ELGEA a sollicité la délivrance d'un permis de construire modificatif afin de régulariser les vices mentionnés. Par un arrêté du 19 septembre 2022, le maire de Thorigny-sur-Marne a refusé de délivrer à la SAS ELGEA le permis de construire modificatif sollicité. Par un jugement n° 2102808 du 24 février 2023, le présent tribunal, en l'absence de délivrance d'un permis de construire modificatif régularisant les vices précédemment identifiés, a annulé l'arrêté du 25 février 2021 par lequel le maire de Thorigny-sur-Marne a délivré un certificat de permis tacite à la SAS ELGEA, ainsi que le permis de construire qui lui avait été délivré tacitement. Par un jugement n° 2209600, le présent tribunal a annulé l'arrêté du 19 septembre 2022. Par un arrêté du 6 septembre 2023, le maire de Thorigny-sur-Marne a délivré un permis de construire à la SAS ELGEA. Par la présente requête, les requérants demandent au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur l'étendue du litige :

2. Par un jugement n° 2102808 du 24 février 2023, le présent tribunal a annulé l'arrêté du 25 février 2021 par lequel le maire de Thorigny-sur-Marne a délivré un certificat de permis tacite à la SAS ELGEA, ainsi que le permis de construire qui lui avait été délivré tacitement. Par un jugement n°2209600 du 7 juillet 2023, le présent tribunal a annulé l'arrêté du 19 septembre 2022 par lequel le maire de Thorigny-sur-Marne a refusé de délivrer à la SAS ELGEA le permis de construire modificatif sollicité pour régulariser les vices identifiés dans le jugement avant dire droit n° 2102808 du 15 avril 2022 et enjoint au maire de Thorigny-sur-Marne de délivrer le permis de construire sollicité, qui doit être regardé comme autorisant le projet dans son ensemble, y compris les modifications qu'il était envisagé d'y apporter. Il ressort des termes de l'arrêté du 6 septembre 2023 que celui-ci autorise les travaux tendant à la construction de 34 logements collectifs répartis sur deux bâtiments pour une surface de plancher de 2 1872 m2, ainsi que les modifications décrites dans la demande de permis de construire modificatif du 24 juin 2022. Par suite, il y a lieu de regarder le permis de construire délivré le 6 septembre 2023 comme autorisant le projet de la SAS ELGEA tendant à la construction de 34 logements collectifs sur un terrain situé au 92 rue de Claye à Thorigny-sur-Marne, ainsi que les modifications mentionnées dans la demande de permis de construire modificatif déposée le 24 juin 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, les requérants font valoir que le projet litigieux ne pouvait faire l'objet d'un permis de construire modificatif dès lors que le permis de construire tacite du 25 février 2021 autorisant le projet initial a été annulé par le jugement précité du 24 février 2023 qui est devenu définitif. Toutefois, compte-tenu de ce qui a été dit au point précédent, le permis de construire délivré le 6 septembre 2023 ne saurait être regardé comme un permis de construire modificatif mais comme un permis de construire autorisant le projet de la SAS ELGEA tendant à la construction de 34 logements collectifs sur un terrain situé au 92 rue de Claye à Thorigny-sur-Marne, ainsi que les modifications mentionnées dans la demande de permis de construire modificatif déposée le 24 juin 2022. La circonstance que le permis de construire tacite du 25 février 2021 a été annulé ne privait pas le maire de Thorigny-sur-Marne de délivrer ultérieurement un nouveau permis de construire autorisant le projet de la SAS ELEGA comprenant, notamment, les modifications sollicitées dans la demande du 24 juin 2022. Ainsi, c'est sans commettre d'erreur de droit que le maire de Thorigny-sur-Marne a pu délivrer le permis de construire litigieux. Par suite, le moyen doit être écarté.

4. En deuxième lieu, les requérants font valoir que le permis de construire litigieux est entaché d'une erreur de droit dès lors que la demande de la SAS ELGEA aurait dû être instruite sur le fondement du règlement du plan local d'urbanisme approuvé le 10 février 2022.

5. Aux termes de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme : " Le certificat d'urbanisme, en fonction de la demande présentée : a) Indique les dispositions d'urbanisme, les limitations administratives au droit de propriété et la liste des taxes et participations d'urbanisme applicables à un terrain ; b) Indique en outre, lorsque la demande a précisé la nature de l'opération envisagée ainsi que la localisation approximative et la destination des bâtiments projetés, si le terrain peut être utilisé pour la réalisation de cette opération ainsi que l'état des équipements publics existants ou prévus. Lorsqu'une demande d'autorisation ou une déclaration préalable est déposée dans le délai de dix-huit mois à compter de la délivrance d'un certificat d'urbanisme, les dispositions d'urbanisme, le régime des taxes et participations d'urbanisme ainsi que les limitations administratives au droit de propriété tels qu'ils existaient à la date du certificat ne peuvent être remis en cause à l'exception des dispositions qui ont pour objet la préservation de la sécurité ou de la salubrité publique / Lorsque le projet est soumis à avis ou accord d'un service de l'État, les certificats d'urbanisme le mentionnent expressément. Il en est de même lorsqu'un sursis à statuer serait opposable à une déclaration préalable ou à une demande de permis. Le certificat d'urbanisme précise alors expressément laquelle ou lesquelles des circonstances prévues aux deuxième à sixième alinéas de l'article L. 424-1 permettraient d'opposer le sursis à statuer. / () ". Aux termes de l'article L. 424-1 de ce code : " L'autorité compétente se prononce par arrêté sur la demande de permis ou, en cas d'opposition ou de prescriptions, sur la déclaration préalable. / Il peut être sursis à statuer sur toute demande d'autorisation concernant des travaux, constructions ou installations dans les cas prévus au 6° de l'article L. 102-13 et aux articles L. 121-22-3, L. 121-22-7, L. 153-11 et L. 311-2 du présent code et par l'article L. 331-6 du code de l'environnement. / () ". Aux termes de l'article L. 153-11 de ce code : " () L'autorité compétente peut décider de surseoir à statuer, dans les conditions et délai prévus à l'article L. 424-1, sur les demandes d'autorisation concernant des constructions, installations ou opérations qui seraient de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse l'exécution du futur plan dès lors qu'a eu lieu le débat sur les orientations générales du projet d'aménagement et de développement durable ".

6. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que tout certificat d'urbanisme délivré sur le fondement de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme a pour effet de garantir un droit à voir toute demande d'autorisation ou de déclaration préalable déposée dans le délai indiqué examinée au regard des règles d'urbanismes applicables à la date de la délivrance du certificat. Figure cependant parmi ces règles la possibilité, lorsqu'est remplie, à la date de délivrance du certificat, la condition mentionnée à l'article L. 153-11 du même code, de se voir opposer un sursis à statuer à une déclaration préalable ou à une demande de permis concernant un projet qui serait de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse l'exécution du futur plan. Lorsque le plan en cours d'élaboration et qui aurait justifié, à la date de délivrance du certificat d'urbanisme, que soit opposé un sursis à une demande de permis ou à une déclaration préalable, entre en vigueur dans le délai du certificat, les dispositions issues du nouveau plan sont applicables à la demande de permis de construire ou à la déclaration préalable.

7. Les requérants soutiennent que, bien que la SAS ELGEA soit titulaire d'un certificat d'urbanisme sur le terrain d'assiette du projet depuis le 24 janvier 2022, les dispositions du plan local d'urbanisme approuvées le 10 février 2022 devaient être appliquées au motif que le projet litigieux est de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse l'exécution de ce plan local d'urbanisme. B déterminer si ces dispositions du plan local d'urbanisme approuvées le 10 février 2022 sont applicables au projet litigieux, il y a lieu de rechercher si, en délivrant le permis de construire litigieux, le maire de Thorigny-sur-Marne a commis une erreur manifeste d'appréciation dès lors que le plan local d'urbanisme en cours d'élaboration aurait justifié, à la date de délivrance du certificat d'urbanisme, que soit opposé un sursis à la demande de permis de construire présentée par la SAS ELGEA.

8. Aux termes de l'article Ut 6 du projet de règlement de plan local d'urbanisme de la commune de Thorigny-sur-Marne arrêté le 23 mars 2021 : " Les constructions nouvelles doivent être implantées avec un recul minimum de 6 m. () ". Aux termes de l'article Ut 7 de ce projet de ce même projet de règlement : " Dispositions générales. / B les constructions incluses dans une bande inférieure à 36 m par rapport aux emprises et voies publiques : Les constructions nouvelles doivent s'implanter sur une limite séparative latérale au maximum. En cas de retrait par rapport aux limites séparatives, celui-ci doit respecter une distance minimum L, où L = H/2 (H étant la hauteur maximale de la construction) avec un minimum de 6 m. A le cas d'un mur aveugle, le minimum pourra être de 4 m. / B les constructions incluses dans une bande supérieure à 36 m par rapport aux emprises et voies publiques : Le retrait sera obligatoire vis-à-vis des limites séparatives, avec une distance minimale L=H/2 (H étant la hauteur maximale de la construction), avec un minimum de 8 m. A le cas d'un mur aveugle, ce minimum peut être réduit à 4 m ". Enfin, aux termes de l'article Ut 10 de ce même projet de règlement : " () B les constructions incluses dans une bande supérieure à 36 m par rapport aux emprises et voies publiques : la hauteur maximale est limitée à 9 mètres ".

9. D'une part, les requérants font valoir que le projet de la SAS ELGEA méconnait l'article Ut 6 du projet de règlement du plan local d'urbanisme dès lors que le bâtiment A est situé en recul de seulement 5 mètres par rapport à l'alignement de l'emprise publique et que le projet litigieux méconnait l'article Ut 10 du même projet de règlement de plan local d'urbanisme dès lors que la hauteur du bâtiment B à l'acrotère est de 10 mètres. Il est constant que le projet de la SAS ELGEA prévoit une implantation du bâtiment A en retrait de 5 mètres par rapport à l'alignement de l'emprise publique au lieu du recul de 6 mètres prévu par les dispositions précitées du projet de règlement du plan local d'urbanisme et que le bâtiment B a une hauteur de 10 mètres à l'acrotère, en méconnaissance des dispositions précitées qui prévoient une hauteur maximale limitée à 9 mètres pour les constructions incluses dans une bande supérieure à 36 mètres par rapport à la voie publique. Toutefois, ces deux méconnaissances des règles ainsi édictées pour seulement un mètre ne sont pas d'une importance telles que le projet puisse être regardé comme étant de nature à compromettre ou rendre plus onéreuse l'exécution du futur plan local d'urbanisme. D'autre part, si, ainsi que le soutiennent les requérants, le projet litigieux méconnait l'article Ut 7 du même projet de règlement de plan local d'urbanisme aux motifs, d'une part, que le bâtiment A, situé dans une bande inférieure à 36 mètres par rapport à la rue de Claye, s'implante sur les deux limites séparatives et, d'autre part, que le bâtiment B, situé au-delà de la bande de 36 mètres par rapport à la rue de Claye, s'implante sur la limite séparative latérale constituée de la parcelle cadastrée section AK n°464, il ressort toutefois des pièces du dossier que, alors que ces règles ont été édictées, notamment, pour préserver les espaces verts de respiration et renforcer la trame verte locale, le projet litigieux ne méconnaît ni les règles relatives à l'emprise au sol, ni celles relatives aux espaces verts. Il en résulte que la méconnaissance des dispositions de l'article Ut 7 du projet de règlement du plan local d'urbanisme n'est pas d'une importance telle que le projet puisse être regardé comme étant de nature à compromettre ou rendre plus onéreuse l'exécution du futur plan local d'urbanisme. Enfin, si les requérants soutiennent que le projet litigieux est de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse l'exécution du futur plan local d'urbanisme dès lors qu'il méconnait l'orientation du projet d'aménagement et de développement durables visant à " permettre un développement de l'offre en logements cohérent avec l'identité des quartiers d'habitat " et, notamment, l'objectif tenant à l'intégration des quartiers d'habitat à la trame verte locale, notamment par la préservation des cœurs d'îlots plantés, ainsi que l'objectif tenant à la préservation du paysage urbain, d'une part, le projet de projet d'aménagement et de développement durables n'est pas en tant que tel opposable à un permis de construire et, d'autre part, en tout état de cause, le projet de projet d'aménagement et de développement durables prévoit également qu'environ 113 logements par an devront être créés, en construisant, notamment, dans les dents creuses, afin de favoriser, notamment, la construction de logements sociaux. Il résulte de tout ce qui précède que le plan local d'urbanisme en cours d'élaboration à la date de délivrance du certificat d'urbanisme n'aurait pas justifié que soit opposé un sursis à statuer sur la demande de permis de construire présentée par la SAS ELGEA. Les dispositions applicables au projet litigieux sont donc celles issues du plan local d'urbanisme dans sa version en vigueur à la date de la délivrance du certificat d'urbanisme du 24 janvier 2022, c'est-à-dire le plan local d'urbanisme approuvé le 9 juillet 2012. Par suite, le moyen tiré de ce que la demande de la SAS ELGEA aurait dû être instruite sur le fondement du plan local d'urbanisme approuvé le 10 février 2022 doit être écarté.

10. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article Ut 3 du règlement du plan local d'urbanisme approuvé le 9 juillet 2012 : " Tout accès à une voie publique ou privée doit permettre d'assurer la sécurité des usagers des voies et des accès. Cette sécurité est appréciée compte tenu, notamment, de la position de l'accès, de sa configuration, ainsi que de la nature et de l'intensité du trafic. En conséquence, des accès peuvent être interdits du fait de leur position vis-à-vis de la voie ou des aménagements spécifiques exigés ".

11. Il ressort des pièces du dossier que le projet de la SAS ELGEA prévoit un accès des véhicules au terrain d'assiette du projet depuis la route départementale de la rue de Claye par une double-voie d'une largeur de 3,76 mètres qui jouxte une voie d'accès spécifique pour les piétons d'une largeur de 1,21 mètre. De plus, il existe une distance de plus de cinq mètres entre la rue de Claye et le portail d'entrée des véhicules, ce qui permet aux véhicules d'accéder au terrain d'assiette du projet ou de s'insérer sur la voie publique en assurant la sécurité des usagers des voies et des accès. A ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que le projet litigieux représente un risque pour la sécurité des usagers au niveau de l'accès des véhicules au terrain d'assiette du projet par la rue de Claye. Par suite, le moyen doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 6 septembre 2023 par lequel le maire de Thorigny-sur-Marne a délivré à la SAS ELGEA un permis de construire autorisant le projet de la construction de 34 logements collectifs sur un terrain situé au 92 rue de Claye à Thorigny-sur-Marne, ainsi que des modifications mentionnées dans la demande de permis de construire modificatif déposée le 24 juin 2022 doivent être rejetées.

Sur les conclusions reconventionnelles présentées par la SAS ELGEA :

13. Aux termes de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme : " Lorsque le droit de former un recours pour excès de pouvoir contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager est mis en œuvre dans des conditions qui traduisent un comportement abusif de la part du requérant et qui causent un préjudice au bénéficiaire du permis, celui-ci peut demander, par un mémoire distinct, au juge administratif saisi du recours de condamner l'auteur de celui-ci à lui allouer des dommages et intérêts. () ".

14. Ainsi que le soutiennent les requérants, la SAS ELGEA n'a pas présenté, par un mémoire distinct, ses conclusions en indemnisation, contrairement à ce qu'exigent les dispositions de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme. Par suite, ces conclusions ne sont pas recevables et ne peuvent dès lors qu'être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la SAS ELGEA, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demandent les requérants au titre des frais d'instance. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre solidairement à leur charge une somme de 1 500 euros à verser à la SAS ELGEA au titre des frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme C et autres est rejetée.

Article 2 : M. et Mme C, M. et Mme D, M. et Mme K, Mme F, M. et Mme E verseront solidairement à la SAS ELGEA une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions présentées par la SAS ELGEA au titre de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. O et Mme M C, premiers dénommés pour l'ensemble des requérants, à la commune de Thorigny-sur-Marne et à la SAS ELGEA.

Délibéré après l'audience du 14 février 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Mullié, présidente,

Mme Senichault de Izaguirre, conseillère,

M. Collen-Renaux, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mars 2025.

Le rapporteur,

T. COLLEN-RENAUXLa présidente,

N. MULLIÉ

La greffière,

H. KELI

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

B expédition conforme,

La greffière

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