mardi 12 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2313106 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | RAULT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 8 décembre 2023, M. A B, représenté par Me Desenlis, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de la décision du 4 décembre 2023, par laquelle le président du conseil départemental de Seine-et-Marne a refusé la délivrance d'un contrat jeune majeur à M. B ;
2°) d'enjoindre au président du conseil départemental de Seine-et-Marne de procéder au réexamen de la demande de renouvellement du contrat de jeune majeur de M. B, dans un délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance et de lui procurer, dans un délai de 48 heures, une solution d'hébergement et une prise en charge de ses besoins alimentaires, sanitaires et médicaux, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge du département de Seine-et-Marne une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'urgence est constituée dès lors qu'il ne dispose ni d'une place en foyer jeunes travailleurs, ni d'une place en SIAO ; qu'il ne dispose pas d'un hébergement, et qu'il est isolé sur le territoire national. ;
- la décision litigieuse porte une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale, dès lors que l'interruption de la prise en charge réduira à néant tous les efforts qu'il a pu fournir dans le cadre de son insertion, de son autonomisation et est incohérente avec l'objectif initial de la prise en charge par l'ASE, à savoir fournir un diplôme qualifiant et une insertion sociale pour un mineur, devenu majeur, en grande difficulté sociale ; s'agissant du refus de prise en charge, tant concernant l'aspect matériel (hébergement) que l'aspect social (possibilité de prétendre à une formation, à une scolarité), l'atteinte aux libertés fondamentales est particulièrement grave.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 décembre 2023, le président du conseil départemental de Seine-et-Marne, représenté par Me Rault, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit versé au département une somme d'un euro en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que l'urgence n'est pas constituée et que la décision ne porte aucune atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Lalande, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Darnal, greffière d'audience, M. Lalande a lu son rapport et entendu :
- les observations de Me Desenlis, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que sa requête,
- les observations de Me Ouizeman substituant Me Rault, représentant le président du conseil départemental de Seine-et-Marne, qui conclut aux mêmes fins que ses écritures.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".
2. Par un jugement en assistance éducative du 11 juillet 2023, M. B, ressortissant malien qui indique être né en 2008, a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance de Seine-et-Marne jusqu'au 10 décembre 2023, après avoir fait diligenter une expertise, qui a conclu que le requérant était âgé de 17 ans et demi. M. B a demandé la poursuite temporaire de sa prise en charge par le même service au-delà de cette date sous la forme d'un contrat " jeune majeur ". Il demande la suspension de l'exécution, sur le fondement des dispositions citées au point précédent, de la décision du 4 décembre 2023 par laquelle le président du conseil départemental de Seine-et-Marne a refusé de faire droit à cette demande.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
En ce qui concerne l'urgence :
3. L'usage par le juge des référés des pouvoirs qu'il tient des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative citées au point 1 est subordonné à la condition qu'une urgence particulière rende nécessaire l'intervention d'une mesure destinée à la sauvegarde d'une liberté fondamentale dans les quarante-huit heures.
4. Il résulte de l'instruction, y compris, notamment, des déclarations qu'il a faites lors de l'audience par l'intermédiaire de son conseil, et ce, sans être contredit, qu'à la date de la présente ordonnance, M. B est dépourvu de soutien familial en France, qu'il ne bénéficie d'aucune ressource, qu'il n'a plus d'hébergement et qu'il ne dispose d'aucun document de séjour. Si le département fait valoir que le requérant se présente comme étant mineur, tout en sollicitant la poursuite de sa prise en charge sous la forme d'un contrat en qualité de jeune majeur, une telle circonstance n'est toutefois pas suffisante pour regarder la situation de M. B comme n'étant pas urgente. Le requérant se trouve ainsi dans une situation qui, dans les circonstances de l'espèce, doit être regardée comme étant de nature à caractériser une urgence particulière au sens indiqué au point précédent.
En ce qui concerne l'existence d'une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale :
5. Aux termes de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles : " Sont pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance sur décision du président du conseil départemental : / () 5° Les majeurs âgés de moins de vingt et un ans et les mineurs émancipés qui ne bénéficient pas de ressources ou d'un soutien familial suffisants, lorsqu'ils ont été confiés à l'aide sociale à l'enfance avant leur majorité, y compris lorsqu'ils ne bénéficient plus d'aucune prise en charge par l'aide sociale à l'enfance au moment de la décision mentionnée au premier alinéa du présent article (). ". Il résulte de ces dispositions que, depuis l'entrée en vigueur de celles du I de l'article 10 de la loi du 7 février 2022 relative à la protection des enfants, dont elles sont issues, les jeunes majeurs de moins de vingt et un an ayant été pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance d'un département avant leur majorité bénéficient d'un droit à une nouvelle prise en charge à titre temporaire par ce service lorsqu'ils ne disposent pas de ressources ou d'un soutien familial suffisants.
6. Une carence caractérisée dans l'accomplissement par le président du conseil départemental des missions fixées par les dispositions rappelées au point précédents, notamment dans les modalités de prise en charge des besoins du mineur ou du jeune majeur relevant de l'aide sociale à l'enfance, lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour l'intéressé, est de nature à porter une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale.
7. Il résulte de l'instruction que M. B a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance de Seine-et-Marne jusqu'au 10 décembre 2023 par un jugement en assistance éducative du 11 juillet 2023, qui a conclu, après avoir fait diligenter une expertise, que le requérant était âgé de 17 ans et demi. M. B, qui serait dorénavant majeur, ne peut être regardé comme bénéficiant de ressources ou d'un soutien familial suffisants, et est ainsi au nombre des jeunes majeurs mentionnés au 5° de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles. Si le département de Seine-et-Marne relève, dans une note d'incident du 23 juillet 2023, que M. B s'est montré nerveux et insultant à l'égard d'un référent éducatif qui lui demandait de cesser de jouer au ballon dans le garage du foyer dans lequel il était placé, cette seule circonstance n'est pas suffisante pour faire regarder M. B comme ne bénéficiant pas d'un droit à une nouvelle prise en charge à titre temporaire, alors qu'il est constant qu'il ne dispose pas de ressources ou d'un soutien familial suffisants. Il s'ensuit que le président du conseil départemental ne pouvait, sans méconnaitre les dispositions de cet article, refuser de poursuivre la prise en charge de l'intéressé au titre de l'aide sociale à l'enfance. Le refus de satisfaire à cette obligation résultant de la décision litigieuse révèle ainsi une carence caractérisée dans l'accomplissement des missions qui lui incombent en vertu des mêmes dispositions. Or, eu égard à ce qui a été dit précédemment, en particulier à son incidence sur l'hébergement du requérant, ce refus porte, dans les circonstances de l'espèce, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale.
8. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du président du conseil départemental de Seine-et-Marne en date du 4 décembre 2023.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
9. Il y a lieu d'enjoindre au président du conseil départemental de Seine-et-Marne, dès lors que la suspension de l'exécution de la décision en litige implique nécessairement que de telles mesures soient prises, d'une part, de réexaminer, dans un délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance, la demande de M. B tendant à la poursuite de sa prise en charge au titre de l'aide sociale à l'enfance sous la forme d'un contrat " jeune majeur ", d'autre part, de procurer à l'intéressé, dans un délai de quarante-huit heures, une solution d'hébergement ainsi qu'une prise en charge de ses besoins alimentaires, sanitaires et médicaux. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
10. Aux termes du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou qui perd son procès, et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à payer à l'avocat du bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, partielle ou totale, une somme qu'il détermine et qui ne saurait être inférieure à la part contributive de l'État, au titre des honoraires et frais non compris dans les dépens que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions citées au point précédent du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. En application de ces dispositions, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du département de Seine-et-Marne le versement d'une somme de 1 000 euros à Me Desenlis, avocate de M. B, au titre des honoraires et frais que celui-ci aurait exposés s'il n'avait pas bénéficié de l'aide juridictionnelle.
O R D O N N E :
Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'exécution de la décision du président du conseil départemental de Seine-et-Marne en date du 4 décembre 2023 est suspendue.
Article 3 : Il est enjoint au président du conseil départemental de Seine-et-Marne, d'une part, de réexaminer, dans un délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance, la demande de M. B tendant à la poursuite de sa prise en charge au titre de l'aide sociale à l'enfance sous la forme d'un contrat " jeune majeur ", d'autre part, de procurer à l'intéressé, dans un délai de quarante-huit heures, une solution d'hébergement ainsi qu'une prise en charge de ses besoins alimentaires, sanitaires et médicaux.
Article 4 : Le département de Seine-et-Marne versera une somme de 1 000 euros à Me Desenlis en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, au département de Seine-et-Marne et à Me Desenlis.
Le juge des référés,
Signé : D. LALANDE
La greffière,
Signé : L. DARNAL
La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Conseil d'État — N° 516229
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de M. B... qui demandait la suspension de l'exécution de la loi du pays n° 2026-4 du 15 mai 2026 portant création du code des douanes de Polynésie française. Le requérant invoquait une atteinte grave à plusieurs libertés fondamentales, mais le juge a estimé qu'il n'apportait aucun élément caractérisant une situation d'urgence justifiant une mesure de sauvegarde à très bref délai. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, en application de la procédure simplifiée prévue à l'article L. 522-3 du même code.
01/06/2026
Conseil d'État — N° 515333
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de Mme A..., magistrate, qui demandait le report et l'encadrement de ses auditions par l'inspection générale de la justice (IGJ) dans le cadre d'une enquête administrative. La requérante invoquait une atteinte grave à ses droits de la défense, à sa dignité et à l'indépendance juridictionnelle. Le juge a estimé que l'audition prévue du 4 au 7 mai 2026, qui ne préjugeait pas de l'issue de l'enquête ni d'éventuelles poursuites disciplinaires, n'était pas susceptible de porter une atteinte manifestement disproportionnée à ses droits. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la condition d'urgence n'étant pas retenue comme caractérisant une illégalité grave.
03/05/2026
Conseil d'État — N° 509298
Le Conseil d'État rejette la requête de M. A... pour défaut d'intérêt à agir, les circonstances invoquées (qualité de citoyen, d'usager ou de professionnel) n'étant pas suffisamment directes et certaines pour contester la nomination du président du conseil d'administration de l'OFII. La portée de cette décision est de rappeler la rigueur du contrôle de l'intérêt à agir en matière de nominations aux emplois publics.
09/04/2026