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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2401361

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2401361

jeudi 10 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2401361
TypeDécision
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantBOUZID AVOCAT

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Melun a rejeté la requête de M. A, ressortissant tunisien, qui contestait le retrait de sa carte de séjour pluriannuelle "salarié" par le préfet de Seine-et-Marne. Le tribunal a jugé que la décision de retrait, fondée sur l'article L. 432-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, était légalement motivée. Il a estimé que la présence en France de M. A constituait une menace pour l'ordre public, compte tenu de sa condamnation pénale pour vol aggravé et de ses multiples mentions au fichier des antécédents judiciaires. La solution retenue est donc le rejet de l'ensemble des conclusions de M. A, y compris celles relatives à la violation de sa vie privée et familiale.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 février 2024, M. B A, représenté par

Me Bouzid, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 20 décembre 2023 par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a procédé au retrait de sa carte de séjour pluriannuel portant la mention " salarié ", valable jusqu'au 28 avril 2025 ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans un délai de deux mois à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, et de lui délivrer, en attendant qu'il soit statué sur sa demande, une autorisation de séjour et de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée en fait ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 432-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public ; le préfet de Seine-et-Marne n'a pas procédé à un examen de sa situation personnelle ; la décision en litige a été prise en méconnaissance de sa situation personnelle ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; la décision attaquée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ainsi qu'à l'intérêt supérieur de son enfant garantie par les stipulations de l'article 3.1 de la convention de New-York du 26 janvier 1990 ; elle a été prise en méconnaissance de sa situation individuelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles du paragraphe 1er de l'article 3 de la convention internationale sur les droits de l'enfant ; elle est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 mars 2024, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale sur les droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail fait à Paris le 17 mars 1988 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Dessain a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant tunisien, s'est vu délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " salarié " valable du 29 avril 2021 au 28 avril 2025. Par un arrêté du 20 décembre 2023, le préfet de Seine-et-Marne a décidé de retirer sa carte de séjour pluriannuelle aux motifs que l'intéressé a été condamné le 4 septembre 2023, par le tribunal correctionnel d'Angers à une peine d'emprisonnement d'un an et huit mois pour vol aggravé par deux circonstances et qu'il est l'objet de multiples mentions au fichier de traitement des antécédents judiciaires (TAJ) pour des faits de recel et de vol en bande organisée notamment. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 432-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle peut, par une décision motivée, être retirée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. Une carte de résident ou la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " peut, par décision motivée, être retirée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace grave pour l'ordre public ".

3. La décision attaquée, qui vise les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment, l'article L. 432-4, fait mention d'éléments de la situation personnelle de M. A. Il précise ainsi que l'intéressé a été condamné à un an et huit mois d'emprisonnement pour vol aggravé par deux circonstances, le 4 septembre 2023, par le tribunal correctionnel d'Angers, qu'il est connu du fichier du TAJ pour des faits de recel, infraction à la capacité de conduire et quinze faits de vol en bande organisée du mois de juillet 2022 au mois de mai 2023 et conclut que sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public. Il indique, en outre, qu'il n'apporte aucun élément quant à sa vie privée et familiale en France, qu'il n'est pas dépourvu de toutes attaches dans son pays d'origine et qu'il n'a pas été porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Il suit de là que la décision attaquée, qui comporte l'énoncé suffisant des considérations de droit et de fait sur lesquelles s'est fondé le préfet de Seine-et-Marne, est motivée.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 432-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle peut, par une décision motivée, être retirée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ". Aux termes de l'article L. 432-6 du même code : " Une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle peut être retirée à l'étranger ayant commis les faits qui l'exposent à l'une des condamnations prévues aux articles 222-34 à 222-40, 224-1-A à 224-1-C, 225-4-1 à 225-4-4, 225-4-7, 225-5 à 225-11, 225-12-1 et 225-12-2, 225-12-5 à 225-12-7, 225-13 à 225-15, au 7° de l'article 311-4 et aux articles 312-12-1 et 321-6-1 du code pénal ".

5. Lorsque l'administration oppose à un ressortissant étranger un motif lié à la menace à l'ordre public pour lui retirer son titre de séjour, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu'elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision. La menace pour l'ordre public s'apprécie au regard de l'ensemble des éléments de fait et de droit caractérisant le comportement personnel de l'étranger en cause. Il n'est donc ni nécessaire, ni suffisant que le demandeur ait fait l'objet de condamnations pénales. L'existence de celles-ci constitue cependant un élément d'appréciation au même titre que d'autres éléments tels que la nature, l'ancienneté ou la gravité des faits reprochés à la personne ou encore son comportement habituel.

6. En l'espèce, pour retirer la carte de séjour pluriannuelle dont M. A était titulaire, le préfet de Seine-et-Marne s'est fondé sur la circonstance que le comportement de l'intéressé représente une menace pour l'ordre public. Il ressort des pièces du dossier, que M. A a été condamné, le 4 septembre 2023, à une peine d'un an et huit mois d'emprisonnement par le tribunal correctionnel d'Angers pour des faits de vol aggravé par deux circonstances. Dans ces conditions, nonobstant les démarches de réinsertion professionnelle dans la fibre optique qu'il déclare avoir engagées, sans en justifier, en vue de sa sortie de détention, le préfet de Seine-et-Marne a pu, sans erreur d'appréciation, eu égard à la gravité des faits reprochés à M. A, retirer son titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 432-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de cet arrêté, ni des autres pièces versées au dossier, que le préfet de Seine-et-Marne n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. A.

8. En quatrième lieu, M. A n'ayant pas sollicité son admission au séjour au titre de de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le préfet de Seine-et-Marne n'ayant pas apprécié son droit au séjour au regard de cet article, il ne peut utilement s'en prévaloir à l'appui de ses conclusions à fin d'annulation de la décision attaquée.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

10. M. A soutient que, depuis plus de huit ans qu'il est présent en France, il s'est parfaitement intégré et peut se prévaloir d'attaches privées intenses sur le territoire. Toutefois, il ne justifie pas résider habituellement en France depuis huit ans. Si M. A fait valoir qu'il est le père d'un enfant de nationalité française avec lequel il a des liens intenses, il n'apporte aucun élément à l'appui de cette allégation ni d'éléments probants d'une contribution effective à l'entretien et l'éducation de son enfant et de la réalité d'une communauté de vie avec la mère de son enfant. Il n'apporte pas davantage d' élément de nature à démontrer l'intensité des liens privés et familiaux qu'il aurait tissés en France. En outre, s'il soutient avoir travaillé et se prévaut d'une promesse d'embauche sous contrat à durée indéterminée en prévision de sa sortie de prison, il n'apporte pas élément à l'appui de son argumentation de nature à établir une intégration professionnelle particulière. Dans ces circonstances, eu égard à la durée et aux conditions du séjour de M. A en France et au fait qu'il ne peut être regardé comme dépourvu de toute attache dans son pays d'origine, la décision attaquée n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et n'a, par suite, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. En dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

12. Pour contester la décision en litige, M. A fait valoir qu'elle porte gravement atteinte à l'intérêt supérieur de son enfant. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 10 du présent jugement, M. A n'établit pas contribuer à l'éducation et à l'entretien de son enfant de nationalité française et n'apporte pas d'éléments permettant d'établir la réalité de liens affectifs avec lui. Au demeurant, la décision en litige se borne à lui retirer son titre pluriannuel et ne comporte aucune obligation de quitter le territoire. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant retrait de sa carte de séjour pluriannuelle. Il y a lieu de rejeter ses conclusions à fin d'annulation ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de Seine-et-Marne.

Copie en sera adressée au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 27 mars 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Bonneau-Mathelot, présidente,

M. Binet, premier conseiller,

M. Dessain, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 avril 2025.

Le rapporteur,

A. DESSAIN

La présidente,

S. BONNEAU-MATHELOTLa greffière,

S. SCHILDER

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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