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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2402237

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2402237

mardi 2 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2402237
TypeDécision
Avocat requérantSELARL NEGREVERGNE-FONTAINE-DESENLIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 février 2024, complétée les 29 février, 1er et 5 mars 2024, M. C B, représenté par Me Desenlis, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, après l'avoir admis à l'aide juridictionnelle provisoire :

1°) d'ordonner la suspension de la décision de refus du 4 février 2024, par laquelle l'Aide Sociale à l'Enfance a rejeté sa demande de contrat " jeune majeur " ;

2°) d'enjoindre au conseil départemental de Seine-et-Marne de procéder au réexamen de sa demande de renouvellement de son contrat de jeune majeur dans un délai de sept jours à compter de la notification de l'ordonnance et de lui procurer, dans un délai de 24 heures, une solution d'hébergement et une prise en charge de ses besoins alimentaires, sanitaires et médicaux, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge du conseil départementale de Seine-et-Marne la somme de 1.500 euros à payer à son conseil par application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, que le bénéficiaire aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide.

Il indique que, de nationalité malienne, il a été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance du département de Seine-et-Marne, qu'il a sollicité le 4 décembre 2023, la conclusion d'un contrat " jeune majeur " à sa majorité, le 14 mars 2024, mais que sa demande a fait l'objet d'une décision implicité de rejet à la date du 4 février 2024.

Il soutient que la condition d'urgence est satisfaite car il n'aura pas de logement et, sur le doute sérieux, que cette décision méconnait les dispositions de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles car il n'a trouvé aucune solution d'hébergement et qu'elle porte atteinte à son droit à l'éducation et à la protection de la santé.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 mars 2024, le département de Seine-et-Marne, représenté par Me Cano, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la condition d'urgence n'est pas satisfaite, car l'intéressé est toujours hébergé et que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu

- le code de l'action sociale et des familles ;

-le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 modifié pris pour son application ;

- le code de justice administrative.

Par une requête enregistrée le 23 février 2024, sous le numéro 2402240, M. B a demandé l'annulation de la décision attaquée.

La présidente du tribunal administratif de Melun a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer en tant que juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Après avoir, au cours de l'audience publique du 5 mars 2024, en présence de Madame Aubret, greffière d'audience, présenté son rapport et entendu :

- les observations de Me Desenlis, représentant M. B, requérant, présent, qui indique qu'il sera majeur le 14 mars 2024, et que, sans contrat " jeune majeur ", il ne pourra rester dans son logement, qu'il n'a ni récépissé, ni titre ni travail, que sa demande de formation pour carreleur a été refusée, qu'l ne lui est possible d'obtenir une carte consulaire car les services de l'ambassade du Mali sont fermés, et qu'il ne peut donc pas demande de titre de séjour ;

- les observations de Me Coquillon, représentant le département de Seine-et-Marne, qui constate que le requérant ne démontre par aucune pièce que la condition d'urgence est satisfaite, qu'il n'y a pas de projet pour le faire quitter son hébergement, que le département n'est pas responsable de ses problèmes avec son ambassade et qu'il peut assurer son logement par ses propres moyens.

Considérant ce qui suit :

1 M. C B, ressortissant malien né le 14 mars 2006 à Bamako, entré en France selon ses dires en juin 2022, a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance de Seine-et-Marne à compter du 23 janvier 2023 et jusqu'à sa majorité, par une ordonnance du juge des enfants du tribunal judiciaire de Créteil (Val-de-Marne) du même jour. Par un courrier notifié le 4 décembre 2023, il a demandé au président du conseil départemental de Seine-et-Marne la conclusion d'un contrat " jeune majeur " à compter du 14 mars 2024. Il n'a reçu aucune réponse et a considéré qu'une décision implicite de rejet à la date du 4 février 2024. Il a formé un recours préalable le 23 février 2024 et a demandé au présent tribunal, le même jour, l'annulation de sa cette décision et sollicite du juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de son exécution.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2 Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3 Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 : " () L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre le requérant, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

4 Aux termes de l'article L. 521-1 du même code : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

5 Aux termes de l'article L. 221-1 du code de l'aide sociale et des familles : " Le service de l'aide sociale à l'enfance est un service non personnalisé du département chargé des missions suivantes : / 1° Apporter un soutien matériel, éducatif et psychologique tant aux mineurs et à leur famille ou à tout détenteur de l'autorité parentale, confrontés à des difficultés risquant de mettre en danger la santé, la sécurité, la moralité de ces mineurs ou de compromettre gravement leur éducation ou leur développement physique, affectif, intellectuel et social, qu'aux mineurs émancipés et majeurs de moins de vingt et un ans confrontés à des difficultés familiales, sociales et éducatives susceptibles de compromettre gravement leur équilibre () ". Aux termes de l'article L. 222-5 du même code : " Sont pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance sur décision du président du conseil départemental : (.) : 5° Les majeurs âgés de moins de vingt et un ans et les mineurs émancipés qui ne bénéficient pas de ressources ou d'un soutien familial suffisants, lorsqu'ils ont été confiés à l'aide sociale à l'enfance avant leur majorité, y compris lorsqu'ils ne bénéficient plus d'aucune prise en charge par l'aide sociale à l'enfance au moment de la décision mentionnée au premier alinéa du présent article et à l'exclusion de ceux faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.".

6 Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles que, depuis l'entrée en vigueur du I de l'article 10 de la loi du 7 février 2022 relative à la protection des enfants, qui a modifié cet article sur ce point, les jeunes majeurs de moins de vingt et un ans ayant été pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance d'un département avant leur majorité bénéficient d'un droit à une nouvelle prise en charge par ce service, lorsqu'ils ne disposent pas de ressources ou d'un soutien familial suffisants.

7 En l'espèce, le président du conseil du conseil départemental de Seine-et-Marne soutient que la condition d'urgence n'est pas satisfaite car il ne serait pas démontré qu'il ait été demandé à M. B de quitter son lieu d'hébergement à la date du 14 mars 2024. Toutefois, il n'est pas soutenu qu'un délai, dont l'octroi ne dépend que de la seule volonté du président du conseil départemental, lui aurait été accordé à cette date, le temps pour lui de trouver une solution de logement, alors qu'il n'est pas contesté qu'il est totalement isolé sur le territoire et n'a aucun revenu. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que l'intéressé est engagé dans un parcours de formation qui a débuté le 21 février 2024 et qui doit s'achever le 9 août 2024, de sorte qu'il incombe au département de lui permettre de le mener à bien conformément à ce qui a été rappelé au point 6. Enfin, si effectivement le département ne saurait être tenu pour responsable des difficultés rencontrées par M. B pour obtenir une carte consulaire auprès de son ambassade, en raison de la situation intérieure au Mali, nécessaire pour le dépôt d'une demande de titre de séjour auprès de la préfecture de Seine-et-Marne, cette circonstance est sans incidence sur l'obligation qui incombe au département de Seine-et-Marne telles que mentionnées aux articles L. 221-1 et L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles, dès lors également que le département ne soutient pas qu'il serait intervenu auprès du préfet de Seine-et-Marne pour trouver une solution à cette difficulté, l'intéressé disposant notamment d'un extrait d'acte de naissance.

8 Dans ces conditions, à la date de la présente décision, la situation particulière de M. B apparaît propre à créer un doute sérieux quant à la légalité d'un défaut de prise en charge, en qualité de jeune majeur, par le service de l'aide sociale à l'enfance du département de Seine-et-Marne.

9 Il résulte de ce qui précède que les deux conditions auxquelles les dispositions, de l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonnent le prononcé d'une mesure de suspension sont réunies. Il y a lieu de faire droit aux conclusions de M. B aux fins de suspension de l'exécution de la décision implicite opposée par le président du conseil départemental de Seine-et-Marne à sa demande de prise en charge en qualité de " jeune majeur " à compter du 14 mars 2024.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10 Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire () ". Aux termes de l'article L. 911-3 du même livre : " La juridiction peut assortir, dans la même décision l'injonction d'une astreinte () ".

11 En vertu de ces dispositions, il appartient au juge des référés d'assortir sa décision de suspension des seules obligations provisoires qui en découlent pour l'administration. Il y a lieu, dès lors, d'enjoindre au département de Seine-et-Marne d'accorder provisoirement au requérant, dans un délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance, et au plus tard jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de la décision litigieuse, le bénéfice de la prise en charge temporaire prévue en faveur des jeunes majeurs par l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais irrépétibles :

12 Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

13 Aux termes de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " () Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou qui perd son procès, et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à payer à l'avocat du bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, partielle ou totale, une somme qu'il détermine et qui ne saurait être inférieure à la part contributive de l'État, au titre des honoraires et frais non compris dans les dépens que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. Si l'avocat du bénéficiaire de l'aide recouvre cette somme, il renonce à percevoir la part contributive de l'État. S'il n'en recouvre qu'une partie, la fraction recouvrée vient en déduction de la part contributive de l'État. Si, à l'issue du délai de douze mois à compter du jour où la décision est passée en force de chose jugée, l'avocat n'a pas demandé le versement de tout ou partie de la part contributive de l'État, il est réputé avoir renoncé à celle-ci () ".

14 Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du département de Seine-et-Marne une somme de 1.500 euros qui sera versée à Me Desenlis, conseil de M. B, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour celle-ci de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui aura été confiée. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas attribuée à l'intéressé, cette somme lui sera versée directement.

O R D O N N E :

Article 1er : M. B est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'exécution de la décision implicite opposée par le président du conseil départemental de Seine-et-Marne à la demande présentée par M. B le 4 décembre 2023 et tendant à ce qu'il soit pris en charge en qualité de " jeune majeur " à sa majorité, est suspendue.

Article 3 : Il est enjoint au département de Seine-et-Marne d'accorder provisoirement à M. B, dans un délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance, et au plus tard jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de la décision, le bénéfice de la prise en charge temporaire prévue en faveur des jeunes majeurs par l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles.

Article 4 : Le département de Seine-et-Marne versera une somme de 1.500 euros à Me Desenlis, conseil de M. B, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour celle-ci de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui aura été confiée. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas attribuée à l'intéressé, cette somme lui sera versée directement.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B, à Me Desenlis et au département de Seine-et-Marne.

Copie en sera communiquée au préfet de Seine-et-Marne.

Le juge des référés,La greffière,

A : M. AymardA : S. Aubret

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2402237

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