lundi 4 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2402239 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | RAULT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 23 février 2024, M. C B, représenté par Me Desenlis, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, après l'avoir admis à l'aide juridictionnelle provisoire :
1°) d'ordonner la suspension de la décision en date du 8 février 2024 par laquelle l'aide sociale à l'enfance de Seine-et-Marne a mis fin à sa prise en charge à compter du 15 février 2024 ;
2°) d'enjoindre au président du conseil départemental de Seine-et-Marne de procéder au réexamen de sa demande de renouvellement de son contrat " jeune majeur " dans un délai de sept jours à compter de la notification de l'ordonnance et de lui procurer, dans un délai de 48 heures, une solution d'hébergement et une prise en charge de ses besoins alimentaires, sanitaires et médicaux, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de condamner le conseil départemental de Seine-et-Marne à payer à son conseil la somme de 1 500 euros par application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, que le bénéficiaire aurait exposé s'il n'avait pas eu cette aide.
Il indique que, de nationalité marocaine, il a été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance depuis plusieurs mois, qu'il a bénéficié d'un contrat " jeune majeur " pendant trois semaines à sa majorité qui ne sera pas renouvelé le 15 février 2024 alors qu'il est en pleine scolarité et qu'il ne dispose que d'un récépissé de demande de titre de séjour.
Il soutient que la condition d'urgence est satisfaite dès lors qu'il n'a aucun soutien et n'a plus d'hébergement et que la décision contestée porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit à bénéficier d'un accompagnement en qualité de " jeune majeur " en application de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles.
Par un mémoire en défense enregistré le 26 février 2024, le président du conseil départemental de Seine-et-Marne, représenté par Me Rault, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens ne sont pas fondés, et qu'en tout état de cause la condition d'urgence n'est pas satisfaite, l'intéressé disposant de toutes les informations nécessaires pour solliciter les aides de droit commun et qu'il n'a engagé aucune démarche en ce sens, et ayant sur le territoire des membres de sa famille susceptibles de lui venir en aide.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 modifié pris pour son application ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Melun a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer en tant que juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Après avoir, au cours de l'audience publique du 27 février 2024, tenue en présence de Mme Aubret, greffière d'audience, présenté son rapport et entendu :
- les observations de Me Desenlis, représentant M. B, requérant, présent, qui rappelle qu'il a bénéficié d'un contrat " jeune majeur " pendant trois semaines, qu'il a passé son titre professionnel de serveur, qu'il n'a pas de logement depuis le 16 février 2024 et ne peut plus suivre sa formation dans la restauration et qu'il n'a pas de titre de séjour mais uniquement un récépissé de demande de titre de séjour valable jusqu'en juillet 2024, que le renouvellement de son contrat a été demandé par son éducateur, qu'il n'est pas possible d'avoir un hébergement dans sa famille car l'aide sociale à l'enfance a été motivée par le fait qu'il a été expulsé de chez sa tante et que ses amis ne sont pas susceptibles de l'aider ;
- et les observations de Me Geoffroy, représentant le conseil départemental de Seine-et-Marne, qui maintient que la condition d'urgence n'est pas satisfaite car l'intéressé peut entrer dans la vie active car il a un titre professionnel, que toutes les démarches ont été faites, qu'il n'est pas isolé sur le territoire car il a des membres de sa famille proche en France et dispose de ressources.
Considérant ce qui suit :
1 M. B, ressortissant marocain né le 21 janvier 2006 à Sidi Bouhria (Région de l'Oriental), entré en France en le 25 octobre 2022, a été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance du conseil départemental de Seine-et-Marne que le 13 février 2023 et a bénéficié, à sa majorité, d'un contrat " jeune majeur " qui est arrivé à échéance le 15 février 2024. Il en a demandé le renouvellement et, par une décision du 8 février 2024, le président du conseil départemental de Seine-et-Marne a refusé de faire droit à sa demande. Par sa requête enregistrée le 23 février 2024, il sollicite du juge des référés la suspension de cette décision et qu'il soit enjoint au président du conseil départemental de Seine-et-Marne de lui faire bénéficier d'un contrat " jeune majeur ". Il a formé un recours administratif préalable obligatoire le 18 février 2024.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 : " () L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre le requérant, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
4. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. / Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".
5. Il résulte de la combinaison des dispositions des articles L. 511-1, L. 521-2 et L. 521-4 du code de justice administrative qu'il appartient au juge des référés, lorsqu'il est saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 de ce code et qu'il constate une atteinte grave et manifestement illégale portée par une personne morale de droit public à une liberté fondamentale, de prendre les mesures qui sont de nature à faire disparaître les effets de cette atteinte. Ces mesures doivent en principe présenter un caractère provisoire, sauf lorsque aucune mesure de cette nature n'est susceptible de sauvegarder l'exercice effectif de la liberté fondamentale à laquelle il est porté atteinte.
6. Aux termes de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles : " Sont pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance sur décision du président du conseil départemental : () Les majeurs âgés de moins de vingt et un ans et les mineurs émancipés qui ne bénéficient pas de ressources ou d'un soutien familial suffisants, lorsqu'ils ont été confiés à l'aide sociale à l'enfance avant leur majorité, y compris lorsqu'ils ne bénéficient plus d'aucune prise en charge par l'aide sociale à l'enfance au moment de la décision mentionnée au premier alinéa du présent article et à l'exclusion de ceux faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. () Un accompagnement est proposé aux jeunes mentionnés au 1° du présent article devenus majeurs et aux majeurs mentionnés au 5° et à l'avant-dernier alinéa, au-delà du terme de la mesure, pour leur permettre de terminer l'année scolaire ou universitaire engagée. ".
7. D'une part, il résulte des dispositions de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles que les jeunes majeurs de moins de vingt-et-un ans ayant été pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance d'un département avant leur majorité bénéficie d'un droit à une nouvelle prise en charge par ce service, lorsqu'ils ne disposent pas de ressources ou d'un soutien familial suffisants.
8. D'autre part, il résulte des dispositions de l'article L. 222-5-1 du même code qu'un projet d'accès à l'autonomie, élaboré par le président du conseil départemental avec le mineur, en y associant d'autres institutions et organismes concernés, vise à apporter au mineur pris en charge au titre de l'aide sociale à l'enfance une réponse globale adaptée à ses besoins en matière éducative, sociale, de santé, de logement, de formation, d'emploi et de ressources. Ce projet est complété, si nécessaire, en fonction des besoins particuliers du jeune majeur en application de l'article R. 222-6 de ce code, pour les jeunes majeurs de moins de vingt-et-un ans mentionnés au 5° de l'article L. 222-5, qui continuent de relever d'une prise en charge au titre de l'aide sociale à l'enfance. Cette prise en charge prend la forme du document dénommé " contrat jeune majeur " qui a pour objet de formaliser les relations entre le service de l'aide sociale à l'enfance et le jeune majeur, dans un but de responsabilisation de ce dernier.
9. Une carence caractérisée dans l'accomplissement par le président du conseil départemental des missions fixées par les dispositions rappelées aux points précédents, notamment dans les modalités de prise en charge des besoins du mineur ou du jeune majeur relevant de l'aide sociale à l'enfance, lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour l'intéressé, est de nature à porter une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale, quand bien même l'intéressé n'aurait pas formellement demandé à en bénéficier avant sa majorité dès lors qu'il résulte des dispositions citées aux points précédents que le président du conseil départemental est tenu de proposer cet accompagnement à un mineur accueilli, sauf à ce qu'il lui soit possible de démontrer, après un examen personnalisé et approfondi de sa situation, qu'il n'en aurait pas besoin, en particulier parce qu'il disposerait d'un hébergement par ailleurs et d'une situation administrative lui permettant en particulier de trouver un emploi.
10. En l'espèce, M. B, entré en France en octobre 2022, à l'âge de 16 ans et 9 mois, n'a été pris en charge à l'aide sociale à l'enfance qu'en février 2023. Il était hébergé jusqu'à cette date par une tante maternelle, résidant dans le département, et a pu engager une formation dans la restauration qui lui a donné un titre professionnel et lui permet d'accéder à un emploi. Il dispose par ailleurs d'une allocation comme stagiaire dans le cadre de sa formation continue jusqu'au 24 juillet 2024 et le préfet de Seine-et-Marne lui a délivré un récépissé de demande de carte de séjour valable jusqu'à cette même date. Dans ces conditions, ses seuls besoins réels d'accompagnement résident dans un hébergement le temps qu'il puisse bénéficier d'une place en foyer de jeune travailleur ou en service intégré d'accueil et d'orientation. Or, il ressort des pièces du dossier qu'il dispose sur le territoire national d'au moins deux membres de sa famille proche, soit un frère et une sœur de sa mère, dont il n'est pas établi qu'ils ne seraient pas en capacité de lui apporter le " soutien familial suffisant " au sens de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles en l'hébergeant ou en l'aidant à trouver un hébergement.
11. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en refusant de renouveler son contrat " jeune majeur " au-delà du 15 février 2024, le président du conseil départemental a porté une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale et à demander, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 8 février 2024.
12. Par suite, la requête de M. B ne pourra qu'être rejetée.
O R D O N N E :
Article 1er : M. B est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de M. B est rejetée.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B, à Me Desenlis, au président du conseil départemental de Seine-et-Marne et au préfet de Seine-et-Marne.
Le juge des référés,La greffière,
A : M. AymardA : S. Aubret
La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Conseil d'État — N° 516229
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de M. B... qui demandait la suspension de l'exécution de la loi du pays n° 2026-4 du 15 mai 2026 portant création du code des douanes de Polynésie française. Le requérant invoquait une atteinte grave à plusieurs libertés fondamentales, mais le juge a estimé qu'il n'apportait aucun élément caractérisant une situation d'urgence justifiant une mesure de sauvegarde à très bref délai. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, en application de la procédure simplifiée prévue à l'article L. 522-3 du même code.
01/06/2026
Conseil d'État — N° 515333
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de Mme A..., magistrate, qui demandait le report et l'encadrement de ses auditions par l'inspection générale de la justice (IGJ) dans le cadre d'une enquête administrative. La requérante invoquait une atteinte grave à ses droits de la défense, à sa dignité et à l'indépendance juridictionnelle. Le juge a estimé que l'audition prévue du 4 au 7 mai 2026, qui ne préjugeait pas de l'issue de l'enquête ni d'éventuelles poursuites disciplinaires, n'était pas susceptible de porter une atteinte manifestement disproportionnée à ses droits. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la condition d'urgence n'étant pas retenue comme caractérisant une illégalité grave.
03/05/2026
Conseil d'État — N° 509298
Le Conseil d'État rejette la requête de M. A... pour défaut d'intérêt à agir, les circonstances invoquées (qualité de citoyen, d'usager ou de professionnel) n'étant pas suffisamment directes et certaines pour contester la nomination du président du conseil d'administration de l'OFII. La portée de cette décision est de rappeler la rigueur du contrôle de l'intérêt à agir en matière de nominations aux emplois publics.
09/04/2026
Conseil d'État — N° 507528
Le Conseil d'État refuse d'admettre le pourvoi de La Poste contre l'ordonnance ayant suspendu la révocation de M. B..., estimant qu'aucun moyen sérieux n'est soulevé.
09/04/2026