Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête sommaire, enregistrée le 28 février 2024 sous le n° 2402442, un mémoire en réplique enregistré le 15 juillet 2024 et un mémoire récapitulatif enregistré le 6 février 2025, M. B... A..., représenté par d'abord Me Trennec puis par Me La Burthe, doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) de prononcer la décharge totale de la cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties à laquelle il a été assujetti au titre de l’année 2023 à raison du bien immobilier dont est propriétaire la société civile immobilière (SCI) Adrysame dont il est co-gérant ;
2°) de lui accorder le bénéfice de l’aide juridictionnelle.
M. A... soutient que :
- il a bénéficié du dégrèvement de la taxe foncière au titre des quatre années antérieures à 2023 ;
- le refus de dégrèvement qui lui a été opposé au titre de l’année 2023 est incompréhensible dans la mesure où sa situation n’a pas changé ; il est en effet handicapé à plus de 80% et ses revenus se limitent à l’allocation aux adultes handicapés (AAH) d’un montant mensuel inchangé de 971 euros ;
- l’administration fiscale lui oppose le fait que ce n’est pas lui qui est redevable de la taxe litigieuse, mais la SCI Adrysame ; toutefois, lorsque la SCI n’a aucun revenu et ne peut régler la taxe, c’est lui que l’administration fiscale met en demeure de la régler à la place de la SCI ;
- la SCI Adrysame ne dispose d’aucun revenu et ne saurait dans ses conditions être assujettie à la taxe foncière ;
- compte tenu de la transparence de la SCI, l’exonération dont bénéficie M. A... au titre de son statut d’handicapé à 80% devrait également s’appliquer à la taxe foncière à laquelle la SCI est assujettie ;
- son revenu est manifestement modeste au sens des dispositions de l’article 1390 du code général des impôts puisqu’il se limite à l’allocation aux adultes handicapés (AAH) ;
- il existe en droit fiscal une notion de société civile immobilière (SCI) familiale constituée entre membres de la même famille, comme c’est le cas en l’espèce puisque la SCI Adrysame Mme A... et son épouse, Mme C..., portent seuls les parts sociales de la société au capital de 1 000 euros, savoir pour l’époux 95% et pour l’épouse 5% ; l’administration fiscale assimile la SCI familiale à la propriété directe concernant l’application de l’article 15 du code général des impôts ;
- concernant la taxe foncière, les SCI sont d’ailleurs soumises au même régime déclaratif que les particuliers d’après l’arrêt du Conseil d’Etat du 12 décembre 2022 n° 453503 ;
- dans ces conditions, il serait particulièrement contraire au principe d’égalité prévu notamment par les articles 1er de la Constitution et 1er de la Déclaration des droits de l’Homme et qui trouvent de nombreuses de refuser au requérant le bénéfice de l’exonération prévue à l’article 1390 du code général des impôts ;
- enfin, l’administration fiscale est liée par ses précédents dégrèvements.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 6 juin et 23 juillet 2024, le directeur départemental des finances publiques de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête en faisant valoir que :
- les dispositions des articles 1390 et 1391 du code général des impôts qui exonèrent de taxe foncière les titulaires de l'allocation de solidarité aux personnes âgées ou de l'allocation supplémentaire d'invalidité mentionnée et les bénéficiaires de l'allocation adulte handicapé ne trouvent pas à s’appliquer au cas d’espèce dans la mesure le bien concerné sis 10 bis avenue de libération à Mitry-Mory (77290) n’est pas un bien propre de M. A....
Vu :
- la décision du 2 janvier 2024 par laquelle il a été statué sur la réclamation préalable ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Mme Salenne-Bellet, rapporteure publique, a été, sur sa proposition, dispensée de conclure dans cette affaire en application des dispositions des articles L. 732-1 et R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience ;
A été entendu au cours de l'audience publique du 17 février 2026, en présence de Mme Rouillard, greffière d’audience, M. Freydefont, rapporteur, qui a lu son rapport.
Ni le requérant, ni le défendeur ne sont présents ou représentés
Considérant ce qui suit :
1. Il résulte de l’instruction que la SCI Adrysame dont M. B... A... et cogérant et dont il détient avec son épouse l’intégralité des parts, a été assujettie à la taxe foncière sur les propriétés bâties au titre de l’année 2023 pour un montant de 1 428 euros à raison du bien immobilier du 10 bis rue de la Libération à Mitry-Mory (77290) dans le département de Seine-et-Marne dont elle est propriétaire et qui sert de logement à M. B... A.... Par la requête susvisée, ce dernier demande la décharge partielle de cette cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties.
Sur les conclusions tendant au bénéfice de l’aide juridictionnelle :
2. Il résulte de l’instruction que M. A... a été admis au bénéfice l’aide juridictionnelle totale par décision du bureau d’aide juridictionnelle en date du 17 avril 2024. Par suite, ses conclusions tendant à ce que lui soit accordée l’aide juridictionnelle sont devenues sans objet ; il n’y a plus lieu d’y statuer.
Sur les conclusions à fin de décharge :
En ce qui concerne les dispositions applicables :
3. Aux termes de l’article 1380 du code général des impôts : « La taxe foncière est établie annuellement sur les propriétés bâties sises en France à l'exception de celles qui en sont expressément exonérées par les dispositions du présent code. » ; aux termes de l’article 1415 dudit code : « La taxe foncière sur les propriétés bâties, la taxe foncière sur les propriétés non bâties et la taxe d'habitation sont établies pour l'année entière d'après les faits existants au 1er janvier de l'année de l'imposition. »
4. De plus, aux termes du I de l’article 1390 du code général des impôts : « Les titulaires de l'allocation de solidarité aux personnes âgées mentionnée à l'article L. 815-1 du code de la sécurité sociale ou de l'allocation supplémentaire d'invalidité mentionnée à l'article L. 815-24 du même code sont exonérés de la taxe foncière sur les propriétés bâties dont ils sont passibles à raison de leur habitation principale. » Aux termes du I de l’article 1391 de ce code : « Les redevables âgés de plus de soixante-quinze ans au 1er janvier de l'année de l'imposition sont exonérés de la taxe foncière sur les propriétés bâties pour l'immeuble habité par eux, lorsque le montant des revenus de l'année précédente n'excède pas la limite prévue à l'article 1417. » Enfin, aux termes du I de cet article 1417, dans sa rédaction applicable à l’année d’imposition litigieuse : « Les dispositions des articles 1391 et 1391 B sont applicables aux contribuables dont le montant des revenus de l'année précédant celle au titre de laquelle l'imposition est établie n'excède pas la somme de 11 276 €, pour la première part de quotient familial, majorée de 3 011 € pour chaque demi-part supplémentaire, retenues pour le calcul de l'impôt sur le revenu afférent auxdits revenus. »
5. En outre, en vertu du paragraphe 40 de l’instruction publiée au bulletin officiel des impôts sous la référence BOI-IF-TFB-10-55-10 publiée dans ses versions des 22 décembre 2020 et 27 juin 2023 : « Le bénéfice de l'exonération de taxe foncière sur les propriétés bâties prévue au I de l'article 1390 du CGI est étendu, pour leur habitation principale, aux contribuables percevant l'allocation aux adultes handicapés définie à l’article L. 821-1 du code de la sécurité sociale et dont le revenu fiscal de référence de l’année précédant celle au titre de laquelle la TFPB est due n’excède pas la limite prévue au I de l’article 1417 du CGI ».
En ce qui concerne les différents moyens soulevés :
6. En premier lieu, M. A... soutient qu’il est handicapé à plus de 80% et que ses revenus se limitent à l’allocation aux adultes handicapés (AAH) d’un montant mensuel inchangé de 971 euros ; son revenu est donc manifestement modeste au sens des dispositions de l’article 1390 du code général des impôts puisqu’il se limite à l’allocation aux adultes handicapés (AAH). Par un tel argumentaire, M. A... doit être regardé comme se prévalant des dispositions des articles 1390 et 1391 précités du code général des impôts, ainsi que de la doctrine administrative citée au point 5.
7. Toutefois, d’une part, il résulte des dispositions citées au point 4 que M. A..., en tant que titulaire de l’allocation adulte handicapé (AAH), ne pourrait, sur le terrain de loi fiscale, valablement revendiquer l’exonération de taxe foncière sur les propriétés bâties (TFPB) prévue au I de l’article 1390 du code général des impôts, que le législateur a entendu réserver aux titulaires de l'allocation de solidarité aux personnes âgées ou de l'allocation supplémentaire d'invalidité. De même, il ne saurait non plus, sur le terrain de la loi fiscale, se prévaloir des dispositions de l’article 1391 du code général des impôts dans la mesure où il n’est ni démontré, ni même d’ailleurs soutenu, qu’il était âgé de plus de 75 ans au 1er janvier 2023.
8. D’autre part, le paragraphe de la documentation administrative précitée au point 5 se borne à étendre, sans se référer au moindre fondement légal, l’exonération prévue à l’article 1390 du code général des impôts à une catégorie de personnes non visée par ce texte. Il ne constitue donc pas l’interprétation d’un texte fiscal mais une mesure de tolérance prise par l’administration fiscale, au bénéfice des contribuables titulaires de l’allocation aux adultes handicapés, hors de tout cadre légal. Dans ces conditions, à supposer que M. A... puisse être regardé comme se prévalant, sur le fondement de l’article L. 80 A du livre des procédures fiscales, des énonciations de ce paragraphe 40, une telle invocation est inopérante.
9. En tout état de cause, ainsi que le fait valoir l’administration fiscale en défense, les dispositions des articles 1390 et 1391 du code général des impôts complétées par la doctrine administrative référencée BOI-IF-TFB-10-55-10 qui exonèrent de taxe foncière les titulaires de l'allocation aux adultes handicapés ne trouvent pas à s’appliquer au cas d’espèce dans la mesure le bien objet de la taxe litigieuse n’est pas un bien propre de M. A... mais est la propriété de la SCI Adrysame au nom laquelle la taxe querellée a été établie.
10. M. A... soutient que l’administration fiscale ne saurait valablement lui opposer ce fait dans la mesure où il existe en droit fiscal une notion de société civile immobilière (SCI) familiale ou de famille lorsqu’elle constituée entre membres de la même famille, comme c’est le cas en l’espèce puisque la SCI Adrysame Mme A... et son épouse, Mme C..., portent seuls les parts sociales de la société au capital de 1 000 euros, savoir pour l’époux 95% et pour l’épouse 5% ; il fait également valoir que l’administration fiscale assimile la SCI familiale à la propriété directe concernant l’application de l’article 15 du code général des impôts et que, concernant la taxe foncière, les SCI sont d’ailleurs soumises au même régime déclaratif que les particuliers ainsi que l’a jugé le Conseil d’Etat dans un arrêt du 12 décembre 2022 n° 453503.
11. Toutefois, aucune disposition législative ou règlementaire, aucune jurisprudence ni aucune doctrine administrative n’a consacré cette notion de « SCI familiale » ou de « SCI de famille », notamment en ce qui concerne l’établissement de la taxe foncière. De plus, l’invocation de l’article 15 du code général des impôts, qui dispose que les revenus des logements dont le propriétaire se réserve la jouissance ne sont pas soumis à l'impôt sur le revenu, est sans incidence sur le présent litige qui est relatif à la taxe foncière et non à l’impôt sur le revenu. Enfin, l’arrêt n° 453503 du Conseil d’Etat invoqué par le requérant, qui concerne l’obligation déclarative dans le cadre de la réévaluation foncière des locaux professionnels de l’article 1502 du code général des impôts est également sans rapport avec le présent litige.
12. Il résulte de ce qui précède que ce premier moyen sera écarté en toutes ses branches.
13. En deuxième lieu, M. A... soutient que, compte tenu de la transparence de la SCI, l’exonération dont il bénéficie au titre de son statut d’handicapé à 80% devrait également s’appliquer à la taxe foncière à laquelle la SCI est assujettie. Toutefois, ainsi qu’il a été dit aux points 7 et 8, M. A... n’était pas éligible à l’exonération de taxe foncière à raison de son handicap ou de ses revenus modestes, tant sur le terrain de la loi fiscale que sur celui de la doctrine administrative.
14. En troisième lieu, M. A... soutient que la SCI Adrysame ne dispose d’aucun revenu et ne saurait dans ses conditions être assujettie à la taxe foncière. Toutefois, les dispositions précitées du I de l’article 1391 du code général des impôts relatives à l’exonération de taxe foncière en cas de revenus inférieurs au seuil fixé à l’article 1417 du même code ne s’appliquent qu’aux redevables âgés de plus de 75 ans au 1er janvier de l’année d’imposition et ne sont donc pas applicables à la SCI Adrysame.
15. En quatrième lieu, M. A... soutient qu’il serait particulièrement contraire au principe d’égalité prévu notamment par les articles 1er de la Constitution et 1er de la Déclaration des droits de l’Homme et qui trouvent de nombreuses de refuser au requérant le bénéfice de l’exonération prévue à l’article 1390 du code général des impôts. Toutefois, ainsi qu’il a été dit aux points 7 et 8, M. A... n’était pas éligible à l’exonération de taxe foncière prévue à l’article 1390 du code général des impôts, tant sur le terrain de la loi fiscale que sur celui de la doctrine administrative.
16. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l’article L. 80 A du livre des procédures fiscales : « Il ne sera procédé à aucun rehaussement d'impositions antérieures si la cause du rehaussement poursuivi par l'administration est un différend sur l'interprétation par le redevable de bonne foi du texte fiscal et s'il est démontré que l'interprétation sur laquelle est fondée la première décision a été, à l'époque, formellement admise par l'administration. » ; aux termes de l’article L. 80 B du même livre : « La garantie prévue au premier alinéa de l'article L. 80 A est applicable : / 1° Lorsque l'administration a formellement pris position sur l'appréciation d'une situation de fait au regard d'un texte fiscal ; elle se prononce dans un délai de trois mois lorsqu'elle est saisie d'une demande écrite, précise et complète par un redevable de bonne foi. »
17. M. A... soutient qu’il a bénéficié du dégrèvement de la taxe foncière au titre des quatre années antérieures à 2023 et que l’administration fiscale est liée par ses précédents dégrèvements. A supposer que, par un tel argumentaire, le requérant se prévale d’une prise de position formelle de l’administration fiscale au sens de l’article L. 80 B précité du livre des procédures fiscales, il est de jurisprudence constante qu’un dégrèvement, au demeurant non motivé, opéré au titre d’une année antérieure ne saurait constituer une prise de position formelle de l’administration fiscale.
18. Il résulte de tout ce qui précède que tous moyens soulevés par A... dans ses différentes écritures doivent être écartés ; par suite, ses conclusions à fin de décharge seront rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au directeur départemental des finances publiques de Seine-et-Marne.
Copie dématérialisée en sera adressée à la direction départementale des finances publiques du Val-de-Marne.
Délibéré après l'audience du 17 février 2026.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 mars 2026.
Le président,
C. Freydefont
La greffière,
C. Rouillard
La République mande et ordonne au ministre de l’économie, des finances, de l'industrie et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,