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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2407992

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2407992

mercredi 12 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2407992
TypeDécision
PublicationD
Formation12ème chambre, éloignement
Avocat requérantSCHMID

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 27 juin 2024 et le 27 février 2025, M. B A, représenté par Me Schmid, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 25 juin 2024 par lequel le préfet de Seine-et-Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné, et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une période de trois ans ;

2°) d'enjoindre à la même autorité de réexaminer sa situation, dans le délai de

trois mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 75 euros par jour de retard, et de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le fichier système d'information Schengen ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il méconnait son droit d'être entendu prévu par l'article 41-2 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- il est entaché d'erreur de droit dès lors que le préfet n'a pas procédé à l'examen particulier de sa situation ;

- il est entaché d'erreur de droit ;

- il a été pris en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article

3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 novembre 2024, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu :

- les décisions attaquées ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Bourgau en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors en vigueur.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bourgau, magistrat désigné ;

- et les observations de M. A, accompagné de la personne l'assistant dans ses démarches administratives, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et répond aux questions du tribunal ;

- le préfet de Seine-et-Marne n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée dans les conditions prévues par l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. Par décisions en date du 25 juin 2024, le préfet de la Seine-et-Marne a obligé M. B A, ressortissant guinéen né le 19 juillet 2000, à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel l'intéressé est susceptible d'être éloigné et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une période de trois ans. M. A demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / () ".

3. Alors que le préfet s'est fondé sur l'irrégularité de l'entrée et du séjour en France de M. A pour lui faire obligation de quitter le territoire français, il ressort des pièces du dossier que le requérant, entré en France le 8 février 2017, a été placé sous tutelle en qualité de mineur isolé par ordonnance du 21 juin 2017 du juge des tutelles des mineurs du tribunal de grande instance de Meaux. Scolarisé du 20 novembre 2017 au 7 juillet 2018 en classe de seconde adaptée, pôle de remobilisation en langue française, dans le cadre de la mission de lutte contre le décrochage scolaire, il produit un bilan de scolarisation ainsi que ses bulletins scolaires attestant de son sérieux et de son implication dans ses études en dépit de l'éloignement de son lieu d'hébergement du lycée et des difficultés résultant des grèves ayant eu lieu dans le secteur ferroviaire au premier semestre 2018. N'ayant pu intégrer une seconde professionnelle, faute pour sa structure d'accueil d'avoir alors transmis les documents nécessaires dans les délais impartis, il a suivi, par la voie de l'apprentissage entre septembre 2018 et août 2021, la formation en vue de la délivrance d'un certificat d'aptitude professionnelle de cuisinier, qu'il a obtenu le 5 juillet 2021. A cette occasion son implication dans sa formation a été soulignée tant par ses enseignants que par l'entreprise au sein de laquelle il a réalisé son apprentissage. Embauché dès le 1er septembre 2021 en contrat à durée indéterminée à temps plein en qualité de cuisinier par l'entreprise de restauration au sein de laquelle il a effectué son apprentissage, il a ensuite été embauché à temps plein par une autre entreprise du même secteur en qualité d'aide cuisine à compter du 1er octobre 2022, puis de serveur à compter de septembre 2023. Par ailleurs, M. A justifie avoir obtenu le 17 juillet 2018 le diplôme d'études en langue française de niveau A2. M. A justifie ce faisant de l'ancienneté de son séjour en France ainsi que de son insertion sociale et professionnelle. De plus, s'il ne dispose pas d'attaches familiales en France, étant célibataire et sans enfants, sa mère résidant dans son pays d'origine et son père étant décédé, il résulte néanmoins des déclarations précises et circonstanciées à l'audience de la personne qui l'assiste dans ses démarches depuis septembre 2018 ainsi que de son employeur qu'il a noué avec ces derniers des liens privés anciens, stables et intenses. Enfin, il ressort également des pièces du dossier que lors de la fouille du domicile du requérant par les services de police dans le cadre d'une enquête pour suspicion de trafic de stupéfiants, ont été trouvés une balance de précision, des sachets de conditionnement vides, quatre sachets de conditionnement contenant de la résine de cannabis pour un poids total de 6 grammes, huit sachets de conditionnement contenant de la résine de cannabis pour un poids total de 23 grammes ainsi qu'un morceau de résine de cannabis d'un poids de 45 grammes. Interpellé et placé en garde à vue le 25 juin 2024 pour des faits d'acquisition, détention, offre ou cession illicite de stupéfiants, M. A a reconnu être propriétaire de l'ensemble des éléments trouvés. Il a indiqué consommer quotidiennement du cannabis qu'il achète en gros et divise en petites quantités afin de limiter sa consommation, précisant que la drogue et le matériel trouvé sont dédiés à sa consommation personnelle et non à une activité de revente au détail. Et le préfet, ni présent ni représenté à l'audience, ne produit aucun élément permettant d'apprécier les éventuelles suites pénales données à la garde à vue de M. A, de sorte que les faits de cession et d'offre illicite de stupéfiants ne peuvent être tenus pour établis. Ainsi, en l'état du dossier, compte tenu du caractère isolé des seuls faits établis d'acquisition et de détention de stupéfiants et alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A serait connu des services de police ou aurait été condamné pour d'autres faits, la présence de M. A sur le territoire français ne peut être regardée comme constituant une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, ce dernier est fondé à soutenir que l'arrêté attaqué est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 25 juin 2024 par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a obligé M. A à quitter le territoire français sans délai, fixé son pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une période de trois ans doit être annulé.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

5. Aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai

déterminé. / () ".

6. De plus, aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ". Aux termes de l'article L. 613-5 du même code : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. / Les modalités de suppression du signalement de l'étranger en cas d'annulation ou d'abrogation de l'interdiction de retour sont fixées par voie réglementaire. ".

7. Eu égard au motif qui en constitue le fondement, l'annulation prononcée par le présent jugement implique nécessairement que la situation de M. A soit réexaminée et, dans l'attente, que lui soit délivrée une autorisation provisoire de séjour. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne ou à tout autre préfet territorialement compétent de procéder à ce réexamen dans un délai de trois mois et, dans l'attente, de délivrer au requérant une autorisation provisoire de séjour sans délai. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

8. De plus, l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français implique nécessairement que soit supprimé le signalement dont fait l'objet M. A aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne ou à tout autre préfet territorialement compétent de prendre, dans un délai d'un mois, toute mesure propre à mettre fin au signalement de M. A dans le système d'information Schengen.

Sur les frais liés à l'instance :

9. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante, la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté en date du 25 juin 2024 par lequel le préfet de la Seine-et-Marne a obligé M. A à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de trois ans est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Seine-et-Marne ou à tout préfet territorialement compétent, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, de réexaminer la situation de M. A et, dans l'attente, de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de Seine-et-Marne ou à tout autre préfet territorialement compétent, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, de prendre toute mesure propre à mettre fin au signalement de M. A dans le système d'information Schengen.

Article 4 : L'Etat versera à M. A la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de Seine-et-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mars 2025.

Le magistrat,

T. BOURGAULa greffière,

C. MAHIEU

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-et-Marne, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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