Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2410022

vendredi 23 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2410022
TypeDécision

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de l'arrêté du 14 juin 2024 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a refusé le renouvellement du titre de séjour "étudiant" de M. A, ressortissant camerounais. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, faute pour le requérant de justifier d'une inscription scolaire en cours ou d'une progression dans ses études. La décision s'appuie sur l'article L. 521-1 du code de justice administrative et l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 août 2024, M. B A, représenté par Me Erol, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) de suspendre la décision du 14 juin 2024 par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a rejeté sa demande de titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de lui délivrer une carte de séjour temporaire à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 200 euros par jour de retard, ou à défaut d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans le délai de quinze jours à compter de la même notification et sous la même astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la condition tenant à l'urgence est remplie dès lors que la décision en litige fait obstacle à la validation de son inscription en BTS " Gestion des transports et logistique associée ", qui implique la signature d'un contrat en alternance ;

- cette décision n'est pas suffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors qu'il a dû faire face à des difficultés d'ordre personnel ;

- elle porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale, garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 août 2024, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la condition tenant à l'urgence n'est pas remplie dès lors que M. A se borne à soutenir que la décision en litige a des effets sur sa scolarité, alors qu'il a échoué à ses examens au titre de l'année 2022-2023 et qu'il ne justifie d'aucune inscription scolaire pour l'année 2023-2024 ;

- cette décision comporte l'exposé des considérations de droit et de fait qui la fondent et a fait l'objet d'un examen sérieux de la situation du requérant ;

- elle est fondée, dès lors que M. A ne justifie d'aucune progression dans ses études et ne démontre pas le caractère réel et sérieux de ces dernières ;

- la seule durée de présence du requérant en France ne suffit pas à lui conférer un droit au séjour, alors qu'il est célibataire et sans charge de famille en France.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Letort, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référés, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 22 août 2024 à 11h00 en présence de

Mme Schilder, greffière d'audience, Mme Letort a lu son rapport.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur le surplus des conclusions de la requête :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an ".

4. M. A, ressortissant camerounais né le 12 mars 2002 à Douala (Cameroun), entré en France le 12 juin 2011 sous couvert d'un visa C, a bénéficié à partir de sa majorité de cartes de séjour mention " étudiant " régulièrement renouvelées jusqu'au

22 avril 2023. Le 10 avril 2024, le requérant a présenté sur la plateforme " Administration Numérique des Etrangers en France " (ANEF) une demande de renouvellement de son dernier titre de séjour. Par un arrêté du 14 juin 2024, le préfet de Seine-et-Marne a rejeté cette demande. M. A demande la suspension de l'exécution de cette décision implicite.

5. Il résulte de l'instruction que pour rejeter la demande du 10 janvier 2024 de renouvellement de la carte de séjour temporaire mention " étudiant " arrivée à expiration le 22 avril 2023, le préfet de Seine-et-Marne s'est fondé sur l'échec de M. A aux examens de sa seconde année de BTS " Gestion Transport Logistique " de l'année 2022-2023, sur l'absence d'inscription scolaire au titre de l'année 2023-2024 ainsi que sur l'insuffisance des revenus dont le requérant a justifié. Si M. A démontre avoir présenté sur Parcoursup deux demandes d'inscription en BTS pour lesquelles il est retenu, sous réserve de justifier d'un contrat d'apprentissage, d'une part, il ne ressort pas de cette pièce que ces circonstances seraient antérieures à la décision attaquée, et d'autre part, que de telles inscriptions auraient été validées, alors que les messages produits retiennent sa candidature sous couvert d'un nombre de places suffisant. Dès lors, aucun des moyens soulevés par la requête n'est, en l'état de l'instruction, de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté du

14 juin 2024.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'urgence, que les conclusions présentées par M. A sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doivent être rejetées. Doivent également être rejetées, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction avec astreinte, ainsi que celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de Seine-et-Marne.

La juge des référés, La greffière,

C. Letort S. Schilder

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,