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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2410500

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2410500

jeudi 27 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2410500
TypeDécision
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSAMBA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2412128 du 22 août 2024, le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a, en application des articles R. 351-3, R. 312-8 et R. 221-3 du code de justice administrative, renvoyé au présent tribunal le dossier de la requête de M. A.

Par cette requête et un mémoire, enregistrés le 22 août 2024 et le 29 décembre 2024,

M. B A, représenté par Me Samba, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 août 2024, par lequel le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée d'un an à compter de l'exécution de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de procéder à l'effacement du signalement dont il fait l'objet dans le système d'information Schengen à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :

- elles sont insuffisamment motivées.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle méconnait les dispositions des articles L. 234-1, L. 251-1 et L. 251-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle.

Sur la décision refusant un délai de départ volontaire :

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale en tant qu'elle se fonde sur la décision d'obligation de quitter le territoire français qui est elle-même illégale.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 décembre 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Une lettre du 26 novembre 2024 a informé les parties, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, que la clôture de l'instruction était susceptible d'intervenir à compter du 1er janvier 2025.

Une ordonnance du 21 janvier 2025 a prononcé la clôture immédiate de l'instruction.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Le rapport de M. Fanjaud a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant polonais né le 8 septembre 1984 à Gorlice (Pologne), déclare être entré sur le territoire français en 2004 et s'y être maintenu depuis lors. Le 2 août 2024, M. A a été placé en garde à vue au commissariat de police de Courbevoie. Par un arrêté du 2 août 2024, le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée d'un an à compter de l'exécution de la mesure d'éloignement. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : () / 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société / (). ". Aux termes de l'article

L. 251-2 du même code : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 251-1 les citoyens de l'Union européenne ainsi que les membres de leur famille qui bénéficient du droit au séjour permanent prévu par l'article

L. 234-1. ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 233-1 du même code : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : / 1° Ils exercent une activité professionnelle en France (). ". Enfin, l'article L. 234-1 du même code dispose que : " Les citoyens de l'Union européenne mentionnés à l'article L. 233-1 qui ont résidé de manière légale et ininterrompue en France pendant les cinq années précédentes acquièrent un droit au séjour permanent sur l'ensemble du territoire français ".

3. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, et en particulier des nombreux bulletins de salaires produits que, à la date d'intervention de l'arrêté attaqué, le 2 août 2024, M. A, de nationalité polonaise, et donc citoyen de l'union européenne, résidait depuis plus de cinq années sur le territoire français, travaillant en qualité d'ouvrier, pour la société M.B.D. en 2019, pour la société Alma entre les années 2020 et 2023, puis pour la société MG construction depuis le

26 mai 2023, sous le régime d'un contrat à durée indéterminée. Dès lors, en application des dispositions combinées des articles L. 234-1 et L. 251-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'intéressé disposait d'un droit au séjour permanent faisant obstacle à ce que soit prononcée à son encontre une obligation de quitter le territoire français. Par suite,

M. A est fondé à soutenir que cette mesure d'éloignement, contenue dans l'arrêté attaqué, est entachée d'illégalité. Il en va de même, par voie de conséquence, s'agissant des décisions portant refus de délai de départ volontaire, fixation du pays de renvoi et interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée d'un an, contenues dans ce même arrêté.

4. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 2 août 2024 pris à son encontre par le préfet des Hauts-de-Seine.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

5. Il ne résulte pas de l'instruction que M. A ait fait l'objet d'une inscription au fichier du système d'information Schengen, l'arrêté attaqué ne prescrivant d'ailleurs pas une telle inscription. Par suite, il n'y a pas lieu d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de procéder à l'effacement de l'interdiction de circulation de M. A du système d'information Schengen.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre une somme de 1 200 euros à la charge de l'Etat au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 2 août 2024 est annulé.

Article 2 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Hauts-de-Seine.

Copie en sera adressée au préfet de Seine-et-Marne.

Délibéré après l'audience du 6 février 2025, à laquelle siégeaient :

M. Lalande, président,

M. Arassus, première conseillère,

M. Fanjaud, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 février 2025.

Le rapporteur,

C. FANJAUD Le président,

D. LALANDE

La greffière,

C. KIFFER

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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