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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2410642

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2410642

jeudi 27 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2410642
TypeDécision
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantLAMBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2412106 du 22 août 2024, le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a, en application des articles R. 351-3, R. 312-8 et R. 221-3 du code de justice administrative, renvoyé au présent tribunal le dossier de la requête de M. B D.

Par cette requête et un mémoire, enregistrés le 21 août 2024 et le 9 janvier 2025,

M. E B D, représenté par Me Lambert, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 juillet 2024, par lequel le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter le territoire français et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an à compter de l'exécution de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de procéder à l'effacement de son signalement dans le système d'information Schengen dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :

- elles sont entachées d'une incompétence de l'auteur de l'acte.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale en tant qu'elle se fonde sur la décision d'obligation de quitter le territoire français qui est elle-même illégale ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 décembre 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Une lettre du 26 novembre 2024 a informé les parties, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, que la clôture de l'instruction était susceptible d'intervenir à compter du 1er janvier 2025.

Une ordonnance du 21 janvier 2025 a prononcé la clôture immédiate de l'instruction.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Le rapport de M. Fanjaud a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B D, ressortissant algérien né le 24 septembre 1992 à Relizane (Algérie), déclare être entré sur le territoire français en 2019 et s'y être maintenu depuis lors. Le 23 juillet 2024, M. B D a été placé en garde à vue au commissariat de police de Clamart pour des faits de défaut de permis de conduire et d'usage de faux documents administratifs. A cette occasion, il a été entendu sur sa situation administrative. Par un arrêté du 24 juillet 2024, le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an à compter de l'exécution de la mesure d'éloignement. Par la présente requête, M. B D demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :

2. Par un arrêté n° 2024-31 du 2 juillet 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs le même jour, le préfet des Hauts-de-Seine a donné à Mme C A, attachée d'administration de l'Etat et adjoint à la cheffe du bureau des examens spécialisés et de l'éloignement, délégation de signature aux fins de signer notamment les décisions portant obligation de quitter le territoire français assorties ou non d'un délai de départ volontaire, les décisions fixant le pays de renvoi et les décisions d'interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. M. B D soutient qu'il est présent sur le territoire français depuis 2019, qu'il vit en concubinage avec une ressortissante française depuis le mois de février 2022 et que celle-ci est enceinte d'un enfant à naitre, qu'il a reconnu à la mairie de Villejuif, par acte de reconnaissance en date du 9 août 2024. Il ressort toutefois des pièces du dossier, qu'à la date de la décision attaquée, l'intéressé n'avait pas d'enfant à sa charge en France et n'établissait une présence sur le territoire français que pour une durée légèrement supérieure à trois années. Par ailleurs, il ne démontre pas être dépourvu de tout lien familial et amical dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 28 ans. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

5. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ".

6. M. B D soutient que l'interdiction de retour prononcée à son encontre pour une durée d'un an méconnaît les dispositions précitées de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment en ce que des circonstances humanitaires feraient obstacle à cette décision dès lors que l'intéressé vit en concubinage avec une ressortissante française avec qui il envisage de se marier et qu'il a reconnu un enfant à naître de cette union. Si, il est vrai, le requérant n'a reconnu l'enfant à naitre de sa compagne que postérieurement à la décision litigieuse, il ressort toutefois des pièces du dossier, et notamment d'un certificat établi par un médecin gynécologue le 9 août 2024 à Vitry-sur-Seine, que le début de grossesse de la concubine de l'intéressé remonte au 9 juillet 2024 pour un accouchement prévu le 7 avril 2025. Ainsi, la décision d'interdiction de retour sur le territoire français aurait pour effet de priver toute possibilité pour le requérant d'accompagner sa compagne et son enfant à naitre dans les premiers mois de son existence. Dans ces conditions, compte tenu de cette circonstance de fait, qui préexistait à la décision attaquée, le requérant doit être regardé comme justifiant l'existence de circonstances humanitaires qui pouvaient justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour sur le territoire français. Il s'ensuit que, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'autre moyen invoqué, M. B D est fondé à demander l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

7. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution / () ".

8. Aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifié une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 20/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. / Les modalités de suppression du signalement de l'étranger en cas d'annulation ou d'abrogation de l'interdiction de retour sont fixées par voie réglementaire. ". Aux termes de l'article R. 613-7 du même code : " Les modalités de suppression du signalement d'un étranger effectué au titre d'une décision d'interdiction de retour sont celles qui s'appliquent, en vertu de l'article 7 du décret n° 2010-569 du 28 mai 2010, au fichier des personnes recherchées, aux cas d'extinction du motif d'inscription dans ce traitement. ". Aux termes de l'article 7 du décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 susvisé : " Les données à caractère personnel enregistrées dans le fichier sont effacées sans délai en cas d'aboutissement de la recherche ou d'extinction du motif de l'inscription () ".

9. Le présent jugement qui annule la décision portant interdiction de retour sur le territoire français prononcée à l'encontre de M. B D, implique nécessairement l'effacement du signalement de l'intéressé aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen qui en résultait. Il y a donc lieu d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de faire procéder, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, à la suppression, par les services compétents, du signalement du requérant aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Sur les frais liés au litige :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre une somme de 800 euros à la charge de l'Etat au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 24 juillet 2024, par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a prononcé à l'encontre du requérant une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine, de faire procéder, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, à la suppression, par les services compétents, du signalement du requérant aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Article 3 : L'Etat versera à M. B D une somme de 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. E B D et au préfet des Hauts-de-Seine.

Copie en sera adressée au préfet du Val-de-Marne.

Délibéré après l'audience du 6 février 2025, à laquelle siégeaient :

M. Lalande, président,

M. Arassus, première conseillère,

M. Fanjaud, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 février 2025.

Le rapporteur,

C. FANJAUD Le président,

D. LALANDE

La greffière,

C. KIFFER

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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